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Artisanat à Ségou : LE MARASME S’INSTALLE DANS LES ATELIERS

Peu d’engouement des Maliens pour les
produits artisanaux, absence de
commandes publiques, réduction du nombre des touristes… les artisans de la capitale de la Cité des Balanzans croulent sous le poids des facteurs défavorables. Mais ils sont loin de céder au découragement

Les artisans proposent que le bogolan soit valorisé comme le faso dan fani des Burkinabé

Un silence pesant règne dans l’atelier de Souleymane Dembélé. Nous sommes dans le quartier Somono de Ségou. Interrogé sur l’état du secteur de l’artisanat, sa réponse trahit une certaine amertume : «les affaires ne marchent pas et les temps sont durs». Mais l’homme est loin de céder au découragement. Il a son explication sur les causes du marasme qui frappe le secteur de l’artisanat à Ségou. Selon lui, nos produits locaux sont délaissés au profit des articles importés. Il s’insurge contre la propension de nos compatriotes à croire que les produits importés sont de meilleure qualité. Et que le «made in Mali» est forcément de qualité médiocre. Il faut, selon lui, sensibiliser les consommateurs pour vaincre ce complexe d’infériorité vis-à-vis de l’extérieur.
La Région de Ségou regorge de structures fortes regroupant des artisans dont la dextérité est reconnue dans la confection du pagne tissé et la teinture. Le Centre «Ndomo» en est un. Les artisans de cette structure fabriquent des tissus de grande qualité. La structure a également pour vocation de former des jeunes en vue de faciliter leur insertion dans la vie active. Le Centre «Ndomo» a une réputation bien établie dans la production de tissus «bogolan». Ses produits de qualité supérieure sont vendus partout à travers le monde. Ses artisans maitrisent parfaitement les techniques du «bogolan» et du «basilan». Rappelons que le «bogolan» est une technique traditionnelle consistant à appliquer la teinture naturelle sur du tissu en coton. Quant au «basilan», c’est tout simplement l’application des couleurs végétales (ocre-marron, ocre-jaune) sur le textile.
Le Centre «Ndomo » joue donc un grand rôle dans la sauvegarde et l’innovation des techniques traditionnelles de teinture naturelle qui sont appliquées sur les tissus 100% coton biologique ou conventionnel. Boubacar Doumbia est le promoteur du Centre «Ndomo». Il explique que depuis la crise de 2012, les touristes ont presque abandonné le pays. Seuls quelques expatriés viennent de temps en temps faire des achats. «Beaucoup d’ateliers qui faisaient du «bogolan» ont mis la clé sous la porte. Le «Ndomo» a su se maintenir, tout en maintenant une clientèle à l’extérieur, a-t-il indiqué.
Les artisans comptent sur les touristes et autres expatriés pour faire écouler leur tissu «bogolan» parce que les Maliens s’y intéressent peu. Nous n’arrivons pas à faire du «bogolan» ce que les Burkinabé ont réussi à faire avec leur «faso dan fani». A ce propos, Boubacar Doumbia pense que nous devons promouvoir le «bogolanfini», en prenant l’exemple du Burkina Faso où le président de la République s’habille en pagne tissé du pays à chacune de ses apparitions. Cela motive la population et les artisans dans leur travail, estime notre interlocuteur. Boubacar Doumbia déplore le fait que la jeunesse a un grand penchant pour le prêt-à-porter importé qui envahit le marché.
Selon lui, cette frange de la population a besoin de quelque chose de plus contemporaine. Cette tache, dira-t-il, revient aux stylistes qui doivent mettre sur le marché des chemises «bogolan» modernes qui répondent aux goûts de la jeunesse.
Le Centre «Ndomo» explore toutes les opportunités qui permettent de perpétuer ses activités. Il a créé un site web pour profiter du boom du commerce en ligne. L’évolution technologue, la démocratisation de la connexion internet donnent un succès impressionnant à la vente et l’achat en ligne. Le site web est une plateforme qui permet au Centre «Ndomo» d’augmenter la visibilité de ses produits et en même temps accroitre les possibilités d’achats par les étrangers. «Les clients peuvent visualiser et faire la commande en ligne. L’envoi peut être fait par le canal des colis postaux. Tous les deux ans, le centre participe au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), qui est un marché potentiel pour les artisans d’Afrique», explique Boubacar Doumbia.

L’ARTISANAT À L’ÉCOLE – Notre interlocuteur affirme également qu’il existe des potentialités inexploitées. «Aujourd’hui, la technique a beaucoup évolué, le design aussi. On laisse libre cours à nos inspirations pour faire de nouvelles créations. Ce qui permet de commercialiser le produit sur le plan national et international», relève-t-il.
Le président de la Conférence régionale des chambres de métiers de Ségou (CRCMS), Soumaila Sanogo, est lui aussi d’avis que si les potentialités sont bien exploitées, le secteur de l’artisanat peut créer beaucoup d’emplois. Il révèle qu’une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a prouvé que dans notre pays, un maître artisan qualifié fait vivre au minimum une douzaine de personnes. «Ce secteur est d’une importance capitale pour le développement du pays. Si l’Etat appuie le secteur de l’artisanat dans sa globalité, il y aura moins de chômage», estime Soumaila Sanogo.
En outre, le président de la CRCMS assure que les artisans se heurtent à un éventail de problèmes qui sont, entre autres, la non valorisation du métier d’artisan, les difficultés d’accès au crédit, l’insuffisance des équipements, etc. «Il faut une réelle volonté politique pour favoriser la consommation de nos produits locaux et cela passe par la sensibilisation», analyse Soumaila Sanogo.
Avec son épaisse moustache parfaitement taillée et du haut de ses 41 ans, Souleymane Coulibaly a grandi dans la quatrième région du pays. Après le baccalauréat, il s’est intéressé à l’art avec une prédilection pour le dessin. Artiste et peintre du «bogolan», il exerce ce métier avec passion, depuis 18 ans. Il est le premier jeune artiste et styliste à construire, sur fonds propres, le plus grand centre d’art et de culture appelé «Soroble».
Aujourd’hui, l’atelier ne compte qu’une dizaine de personnes. Auparavant, il employait 26 jeunes. Pourquoi cette baisse de l’effectif ? Souleymane Coulibaly répond que cela est dû au fait que nos concitoyens n’ont pas beaucoup de considération pour nos produits. Comme solution, il préconise une meilleure structuration du secteur et la valorisation des métiers de l’artisanat en milieu scolaire. Ce qui, estime-t-il, suscitera un regain d’attention chez les jeunes.
Les artisanes ne sont pas en reste dans l’organisation de structures pour développer leurs activités. L’Association des femmes artisanes en tissage traditionnel (AFFAT) est un bon exemple. Collette Traoré, est la présidente de l’AFFAT qui, à ses débuts en l’an 2000, ne comptait que 10 membres.
Aujourd’hui, l’association en compte 102. Avec la diminution du nombre des touristes, explique-t-elle, son organisation a réduit sa production du «bogolan». La population locale n’achète pas beaucoup les tissus «bogolan» dont le prix oscille pourtant entre 1500 à 5000 Fcfa. Comme difficulté, Collette Traoré évoquera l’achat du fil à tisser dont le prix est beaucoup trop élevé. Afin de stimuler la promotion du pagne tissé «made in Mali» dans le contexte concurrentiel d’aujourd’hui, elle invite nos dirigeants à s’approprier nos tissus pour permettre à chaque artisan de pouvoir vivre de son métier.

Mamadou SY
AMAP-Ségou

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