STADE DU 26 MARS

PostHeaderIcon Stade du 26 mars. La 3è et la 4ème mi-temps

Ce furent des moments de pure (pire) folie avec des moteurs emballés, des conducteurs en sueur, tendus vers la conquête du moindre centimètre, des passagers plus crispés et enragés encore que les chauffeurs, balancés au gré des brutales accélérations suivies dans la seconde de sauvages coups de freins, des motocyclistes sous pression, martyrisant leur poignée d’accélérateur à la recherche d’un passage inexistant, des piétons se faufilant hargneusement entre les bolides grondants.

Stade du 26 mars. La 3è et la 4ème mi-temps

Cette énorme chenille d’acier vrombissante, clouée sur le bitume, se tordait pour s’arracher par soubresauts, par spasmes de vingt, trente centimètres dans un vacarme de bielles torturées, de cris de fureur, d’exclamations de détresse noyés dans un nuage compact d’âcre et piquante fumée d’échappement, de vapeurs d’huile brûlée et de poussière rouge. Le chacun pour soi à la sortie vendredi du stade du 26 Mars fut terrible, primitif, insensé et indigne de l’organisation qui aurait du accompagner le grand événement. Les mesures vigoureuses annoncées le lendemain à grand renfort de publicité ont révélé la totale impréparation de la journée inaugurale. L’organisation n’a pas été dépassée par le rush : personne n’y a pensé. A preuve aucun plan de circulation si sommaire soit-il ne fut ébauché et aucune disposition particulière ne fut prise. Pourtant la configuration des lieux aurait du inciter les spécialistes de la circulation à l’inquiétude. En effet pour accéder au stade du 26 Mars il n’y a pas dix possibilités mais une seule : la route de Ségou, une voie surfréquentée en temps normal de poids lourds, bus, véhicules de toutes sortes. Tout ce qui arrive de Gao, Mopti et Ségou passe par là pour Bamako et vice versa. Or la portion qui mène au stade est très abîmée avec une chaussée bitumée étroite -deux automobiles s’y croisent avec peine- des bordures déchiquetées et un accotement abrupt. A cette configuration en goulot d’étranglement qui préparait le désastre à venir se soin greffés des facteurs aggravants pour une part prévisible. Premièrement, l’arène étant éloignée, les spectateurs ne pouvaient arriver qu’en automobile (transports publics ou privés) ou en moto contrairement au stade Modibo Keita dont le tiers ou la moitié des spectateurs viennent à pied. Le site étant nouveau pour la plupart des arrivants, les conducteurs, sans repères et sans assistance, se sont rapidement sentis perdus. Leur indiscipline a fait le reste et comme on le voit dans tous les mariages, ils se sont garés n’importe comment, rétrécissant une voie riquiqui lorsqu’ils ne barraient pas la circulation. La plupart d’entre eux n’ayant même pas pris la précaution de se remettre dans la direction du centre-ville avant de se garer, leurs manœuvres pour faire demi-tour ne pouvaient que compliquer la sortie. Quelques minutes après la fin de la rencontre Mali-Afrique du Sud la grande pagaille était déjà installée car les premiers véhicules qui quittèrent le stade calèrent sur les poids lourds et bus qui tentaient de se frayer un passage sur la route de Ségou. Notre voiture de reportage mit plus qu’une mi-temps pour franchir les 100 mètres qui séparent la porte du Stade de la grande route. A l’intersection un agent de police et deux ou trois gendarmes s’époumonaient à ouvrir un illusoire passage. Sur la route, elle-même, autos, motos, piétons se débattaient pour échapper à la nasse inextricable qui s’était créée. Un vrai capharnaüm qui ne s’aéra relativement, qu’une autre mi-temps plus loin, à la station Mobil de Banankabougou d’où quelques échappatoires sont disponibles. Les bouchons reprirent évidemment sur l’Avenue de l’OUA où par moment quatre files se formèrent et où à un carrefour, une benne eut la bonne idée de tomber en panne. Pour éviter la réédition de cette soirée de cauchemar un plan de circulation fut mis au point le lendemain. Échaudés, nombre de cobayes du premier jour ne s’y laissèrent pas prendre car ils avaient compris que le problème était tel qu’il ne pouvait y avoir dans l’immédiat de bonnes solutions, justes de moins mauvaises. Ils n’eurent pas tout a fait tort car, dimanche malgré le dispositif, le bus des Aigles mit 45 minutes du stade à l’hôtel Faso. A la réfection de l’ancienne route, à la construction d’une nouvelle qui longera le fleuve et au plan de circulation qui nécessitera d’être reconduit et renforcé pour les grands matches, devront, à vue de nez, s’ajouter au moins la clôture des parkings auto avec des sorties bien orientées pour éviter la ruée en désordre, la création de véritables parkings moto (celles que l’on a vus étaient de véritables pousse-au-crime), la moralisation de la vente des billets (un point noir que personne ne fait mine de toucher) qui a contribué vendredi au désordre en créant une pénurie artificielle alors que le stade n’était pas plein. Toutes ces mesures atténueront et organiseront le bouchon mais ne pourront l’empêcher les jours de grande foule comme dans tous les stades du monde. On n’en demande pas plus.