CAN 2002

PostHeaderIcon Le jatiguiya en application : Pour que le Duman se sente chez lui

L’on ne peut pas entièrement présumer de ce qui va se passer aux mois de janvier et février prochains. Mais selon les rumeurs qui nous parviennent, le Mali sera à cette période une destination très courue pour les Africains et même les Européens.

Le jatiguiya en application : Pour que le Duman se sente chez lui

Les raisons de cet engouement ? Nous avons la réputation d’être un pays facile à vivre et sans gros problème de sécurité. Deux critères essentiels pour les visiteurs. L’occasion sera donc donnée de mettre en œuvre le fameux concept de jatiguiya, prôné par nos autorités. Ce concept varie selon les coutumes, les traditions et les cultures de chaque ethnie au Mali. Seulement ces différentes variantes ne se contredisent point. Elles se complètent, d’ailleurs. Dans sa signification bamanan, le "Jatiguiya" signifie le fait d’être momentanément "gestionnaire d’images", des images de soi et de celles de l’autre. Ce concept, selon nos éminents hommes de culture, se fonde sur une construction sémantique dont l’analyse lexicale dévoile plusieurs entendements. "Ja" est "l’ombre" de la chose, le double, cette partie de la personne que les sorciers manipulent de façon occulte. "Ja" l’image est la projection de l’être hors de lui-même. Il se veut le reflet exact de ce qu’il est censé représenter, sa qualité étant la fidélité. Le "jatigui", l’hôte, est le gestionnaire d’images. Celui qui reçoit l’autre se comporte de façon à constituer auprès de son visiteur un capital d’images sur soi et partant, sur sa société, sur son pays. Ces images peuvent être positives ou négatives suivant le comportement du jatigui au niveau de l’hébergement, l’alimentation et la protection du visiteur. Le "Jatiguiya", c’est l’hospitalité qui se conçoit donc comme un ensemble de valeurs permettant à celui qui accueille de gérer au mieux son image, celles de sa communauté, de son pays en répondant de son mieux aux attentes du "Dunan", le visiteur, l’étranger. Ce dernier doit se sentir chez lui dans un cadre appelé "Jatiguiya", lieu d’hébergement. Le visiteur à son tour doit se comporter de façon à donner le meilleur reflet de lui-même, celui de sa communauté et de son pays d’origine. Il s’agit donc d’un processus de découverte mutuelle. Le contenu du "Jatiguiya" inclut donc l’accueil, l’hébergement, la restauration, la disponibilité, la courtoisie, l’abnégation, le dévouement, l’assistance et la protection du visiteur. Le rapport jatigui-dunan est avant tout un rapport de complémentarité nécessaire à la connaissance de soi et de l’autre. Les populations maliennes le traduisent à travers de merveilleux adages : "Celui qui renonce à son confort domestique pour affronter les rigueurs du voyage et vous rendre visite est assurément meilleur que vous", "L’étranger a de gros yeux, il ne voit rien", et bien d’autres dans la même veine. Un art de vivre typiquement malien conseille le savoir accueillir, le savoir recevoir, le savoir entretenir et le savoir raccompagner. Pour la CAN, les "jatigui" ordinaires seront renforcés par des "jatigui" professionnels que sont les personnels des ambassades du Mali, des aéroports, des agences de voyages, sans oublier les transporteurs et les restaurateurs. A Bamako, depuis le 8 septembre dernier, jour où les équipes des deux poules ont été affectées aux différentes communes, les autorités municipales se sont mises au travail. En Commune IV par exemple, toutes les couches socio-professionnelles ont été consultées pour que la plus grande convivialité puisse bénéficier à l’Egypte et à l’Algérie. Les élèves et étudiants de structures scolaires implantées dans la commune seront mobilisés pour supporter ces deux équipes lorsqu’elles évolueront. La mairie de la Commune IV prévoit même la création de mosquée, à la proximité des résidences des visiteurs et même des imams pour officier les prières. Des femmes leaders du quartier seront mises à contribution pour tenir les cantines qui seront installées aux alentours des lieux de résidence des supporters étrangers. Manifestations folkloriques, animations par les chasseurs meubleront les "inter-matches". En Commune III, on s’apprête à envoyer une délégation d’information au Nigeria, car l’hyper centre du district devrait être transformé en gros bourg nigérian. A Sikasso, le "Jatiguiya" a déjà pris corps depuis le 22 septembre dernier. Les autorités municipales ont profité de l’occasion, pour procéder à la répartition des quatre pays de la poule C entre les quartiers de la ville, regroupés en secteurs. Ainsi le Cameroun a été confié au secteur 1 composé de 11 quartiers et villages parmi lesquels Sanoubougou I et II, Bougoula hameau ; la Côte d’Ivoire au secteur 2 qui comprend 12 quartiers et villages dont Wayerma1 et 2 ainsi que Mamassoni qui abrite le village CAN. Les Togolais seront les hôtes du secteur 3, composé de 11 quartiers parmi lesquels figurent Bougoula ville, Fama et Médine où se trouve le stade de compétition. Enfin le secteur 4 comportant 13 quartiers et villages, s’occupera de la République démocratique du Congo. Mancourani et Kaboïla 1 et 2 figurent parmi ces 13 quartiers. Les grands établissements implantés dans ces différents secteurs seront aménagés et serviront à accueillir les supporters les moins nantis des pays concernés. En plus, des populations de chaque secteur, les établissements scolaires constitueront des groupes de supporters pour chaque compétiteur. Sikasso a créé quatre espaces culturels et les a baptisés du nom des pays de sa poule. Comme pour la place CAN de Bamako, ces espaces seront identifiés par les emblèmes de différentes sélections. Aux principaux rond points de la cité du Kénédougou seront installés des feux de signalisation par la fluidité de la circulation. Ces travaux de feux de signalisation financés sur fonds propre de la ville, coûteront 96 millions. Deux cliniques privées et deux CESCOM renforceront l’hôpital régional dans la couverture sanitaire. Dans la cité du Kénédougou tout le monde est persuadé que le palme du Jatiguiya reviendra à Sikasso. Le gouvernement et le COCAN vont jouer un rôle moteur dans la mise en œuvre du Jatiguiya. Cependant, il revient aussi à chaque ville d’adapter ce concept aux valeurs qui lui sont propres afin de préserver et de promouvoir son identité. Beaucoup pensent déjà au regard des affectations des pays, que le Sénégal aurait dû, de fait, être confié à la Commune III, notamment aux quartiers de Ouolofobougou, Dravela, Bamako-Coura, où réside une forte colonie de Sénégalais, et dans lesquels quartiers on retrouve un nombre conséquent de restaurants sénégalais. Mieux une rue porte déjà en Commune III, le nom de "Dakar". Il n’est pas encore trop tard pour restaurer cette logique.