Le football pris en otage par des opérateurs de téléphonie, eux-mêmes engagés dans une féroce concurrence depuis la privatisation de la Sotelma ?
C’est ce que l’on pourrait croire sauf que dans le cas d’espèce, le football est un otage volontaire et apparemment heureux d’être déchiré par les appétits de ses sponsors. Ce consentement irraisonné explique la profonde dégradation des relations entre les clubs de Ligue 1 et la Fédération malienne de football et l’impasse dans laquelle s’est engouffré le championnat national. Au départ, si on fait abstraction des différentes manœuvres d’approche, pas toujours franches, d’Orange et de la Sotelma, la première faute est venue de la fédération. En concluant sans concertation, avec Orange, un contrat de sponsoring dont les clauses mordaient notablement sur les « 18 mètres » des clubs, l’instance fédérale avait suscité une révolte légitime de ceux-ci. D’autant que la Sotelma avait déjà capté une bonne partie des formations de la première division. Devant le tollé soulevé notamment par des quotas financiers déséquilibrés (le contrat Orange est nettement moins généreux pour les clubs que l’accord Sotelma), la FMF révisa le contrat signé, concédant aux clubs le droit de jouer le championnat avec les maillots frappé du logo de leur parraineur. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais la reculade fédérale ne provoqua nulle démobilisation des clubs en ordre de bataille. Au contraire, ceux-ci poussèrent leur avantage et exigèrent alors le respect plein des clauses du contrat qu’ils avaient eux-mêmes signé avec leur propre sponsor parmi lesquelles l’obligation d’étendre des banderoles à ses couleurs dans les stades où ils évoluent. Sciemment, les clubs copiaient en tous points l’attitude cavalière de la fédération : sans concertation, ils s’arrogeaient des prérogatives qui ne leur appartenaient pas. Car en s’engageant auprès de leur sponsor, ils ne pouvaient ignorer qu’ils n’avaient pouvoir ni sur le stade, ni sur la compétition, tous deux du ressort fédéral. On ne fera cependant pas injure aux clubs de les croire ignorant du règlement à ce point. Leur stratégie, pensons-nous, est de contraindre par l’épreuve de force la FMF à desserrer les cordons de la bourse (éventuellement en remodelant le règlement ?) en faveur des clubs. La charge, déjà considérable de ceux-ci, est en effet appelée à croitre dans la perspective du professionnalisme qui se rapproche à grands pas. Autant d’enjeux majeurs qui peuvent inciter à la nervosité mais en aucune façon à la bataille de chiffonniers à laquelle se livre en ce moment le monde du football d’élite. La masse d’argent brandie avec pas mal d’agressivité par les sponsors (qui sont aussi des perdants dans l’affaire) n’est pas étrangère à cet affrontement mais sa cause principale tient à un égarement de tous les protagonistes. Tous oublient qu’en mettant le football en danger ils se tirent une balle dans le pied. Comment jouer au football après cela et aussi comment encore intéresser les sponsors ?