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PostHeaderIcon Au Rebond : LE DEBUT DU DEBUT

Il est impossible de reconstruire l’E.N sans mettre fin à certaines anomalies persistantes

Au Rebond : LE DEBUT DU DEBUT

Faut-il une fois de plus reprendre le chantier de l’Equipe nationale ? Malheureusement oui. Cela nous est imposé par le cheminement erratique suivi par les Aigles depuis 2004 et qui les a logiquement conduits dans l’impasse angolaise. A cet égard, la CAN 2010 marque certainement la fin d’une époque. Non pas tant à cause des diverses annonces de retraites internationales qui ont été faites et parmi lesquelles seule celle de Frédéric Oumar Kanouté nous paraît véritablement préjudiciable. Mais en raison du véritable naufrage qu’a constitué le management de la sélection et qui rend désormais indispensable une remise à zéro de certains compteurs. Il serait d’ailleurs plus juste d’évoquer non pas un, mais deux chantiers à entamer. Le premier « technique » et le second sur l’environnement même des Aigles Concernant le premier point, une tâche conséquente nous attend. L’Equipe nationale s’était envolée pour l’Angola dans un climat lourd de doutes qui portaient aussi bien sur le bien-fondé de la préparation que sur les bizarreries contenues dans la liste finale. Cette dernière mettait en opposition le nombre squelettique des défenseurs retenus (5) et l’incompréhensible pléthore des attaquants (8). Les effets de cette lacune (car cela en était une) se sont fait ressentir au troisième match de poule lorsqu’il fallut à l’entraîneur construire une arrière-garde de fortune pour suppléer la suspension de Soumaré et la blessure de Maïga. Nous n’osons même pas imaginer comment aurait été géré ce handicap si le Mali s’était qualifié pour les quarts de finale et se serait frotté à un adversaire offensivement beaucoup mieux armé que l’Angola et l’Algérie. La liste de Keshi laissait aussi apparaître une question sur le nombre élevé de joueurs revenant de blessure et à la forme physique incertaine. Ces joueurs ont constitué une phalange d’autant plus préoccupante qu’elle incluait presque tous les cadres de l’équipe (Kanouté, Djila, Seydou Keita, Momo Sissoko) sans oublier ceux qui avaient fini par se faire une place (El Hadj Mahamane Traoré et Samassa d’ailleurs maintenu de bout en bout sur le banc). Keshi avait sans doute ses raisons pour tenter le pari de la récupération au fil de la compétition de ses pièces maîtresses (ou supposées telles). Mais au moins aurait-il dû gérer de manière plus précautionneuse leur utilisation. En évitant par exemple de monter contre l’Algérie un compartiment médian au souffle court et à la résistance incertaine (Seydou Keita - Momo - Djila). L’alignement de ce trio a été une vraie offrande faite à une sélection maghrébine que la défaite face au Malawi avait plongée dans la crise et dans le doute, mais qui s’aperçut bien vite qu’elle pouvait se relancer aux dépens d’un adversaire moins vaillant qu’elle. Le Mali a donc perdu le 14 janvier la meilleure occasion qui lui était donnée d’assurer à 80% sa qualification. Mais pouvait-il faire mieux alors qu’il s’était lui-même mis en panne d’énergie et de création ? Il n’est pas dans nos habitudes d’accabler l’encadrement technique, mais il serait ridicule de vouloir minorer la responsabilité de Keshi dans ce qui s’est passé. Il y a quelques mois, nous souhaitions voir le coach renouer avec la méthode qui avait été la sienne lors de ses premiers pas et de redonner une vraie identité de jeu à la sélection afin que celle-ci tienne son rang en Angola. Malheureusement, le « tecnico » est resté dans l’à peu près qui caractérise sa démarche depuis la seconde phase des éliminatoires. Cet à peu près, c’est une somme effarante de décisions contestables : la convocation tous azimuts de joueurs au niveau inégal alors qu’il fallait se soucier de fortifier un groupe de base ; le rappel « d’anciens » peu décisifs (Bagayoko, Dissa, Soumaïla Coulibaly, Ténéma N’Diaye, Djibril Sidibé) dont certains furent ensuite abandonnés sans explications ; « l’oubli » d’éléments dont on avait pourtant pu mesurer l’attachement au maillot (Cédric Kanté et Eric Chelle) ; le peu d’attention accordé aux talents locaux révélés par la chevauchée stadiste ; la non concurrence pour le poste de gardien de but et bien sûr les schémas tactiques discutables comme ce 4-3-3 régulièrement ramené sur le tapis alors qu’il n’a jamais fonctionné. Indice symptomatique de cette gestion vagabonde des Aigles, tous les observateurs pour parler de la sélection malienne invoquent sa pléiade de vedettes. Mais jamais son style de jeu. Tout simplement parce que celui-ci n’existe pas. En l’absence d’une signature qui leur soit propre, les nôtres sont capables de très rares moments de grâce (comme celui qui impulsa la remontée face à l’Angola) et de fréquentes séquences d’abattement. Même dans la victoire ils paraissent condamnés à répéter les mêmes lacunes allant de la nervosité défensive au manque de fluidité dans les phases d’attaque. Nous sommes arrivés à ce paradoxe insupportable qui fait que le Mali impressionne par l’énumération de ses talents individuels, mais se comporte trop souvent en compétition comme une équipe quasi inoffensive, susceptible de réussir un coup d’éclat, mais incapable de mettre une pression durable sur l’adversaire.

UNE GESTION PARFOIS ABERRANTE : Tous ces indices accumulés montrent bien que nous nous trompions quand nous pensions possible une résurrection du vrai Keshi, le coach imperméable à la pression qui en 2008 avait bâti un vrai collectif, auteur de cinq matches plus que réconfortants. De fait, l’entraîneur national ne pouvait plus se sortir du piège dans lequel il s’est enfermé lui-même. Tout indique qu’au fil des mois, il a multiplié les concessions et les compromis vis-à-vis aussi bien des joueurs que des responsables de la Fédération malienne de football, écoutant les préférences de certains, se pliant aux exigences d’autres, ménageant un peu tout le monde pour ne finalement contenter personne (Keshi le confirme directement dans l’interview ci-dessous accordée à l’Essor). C’est ainsi que s’expliquent nombre de choix incompréhensibles faits ces derniers mois et le relâchement de la discipline dans le groupe des sélectionnés où ont proliféré les querelles pécuniaires. C’est aussi à travers le prisme de la perte d’autorité de l’entraîneur qu’il faut lire la gestion parfois aberrante de l’effectif lors du tournoi en Angola. Mais si la responsabilité de Keshi en tant que responsable technique est indéniablement engagée, il convient de ne pas négliger la nuisance qu’a constituée un environnement pléthorique autour des Aigles. En 2002, alors que nous organisions la CAN chez nous et que le risque d’invasion de la retraite des joueurs était réel, l’environnement de l’E. N. se limitait à une composante technique (l’entraîneur et son staff) et d’un dispositif administrativo-financier léger, dédié aux problèmes d’intendance. Mais depuis, la planète Aigles a été frappée de surpopulation. L’on y croise désormais de tout : une bonne partie du Bureau fédéral, des administratifs parfaitement inutiles, des proches des joueurs, des bénévoles aux attributions imprécises, des personnalités soit disant intéressées par le football. Le microcosme qui s’est constitué autour de la sélection est non seulement hétéroclite, mais surtout turbulent puisqu’en son sein se multiplient de manière continue les batailles d’influence, les querelles de leadership et les entreprises de lobbying. Ce fut particulièrement remarqué il y a deux ans au Ghana où le nombre des accompagnateurs avait littéralement explosé et d’après ce que nous en savons, les choses n’ont guère été mieux maîtrisées à Luanda. D’autant plus que certains des joueurs ne dédaignent pas non plus d’entrer dans le jeu des intrigues. C’est dire à quel point le chantier du retour à la normale qui passe par le dégraissement du contingent de ceux autorisés à bénéficier d’un accès direct et permanent aux joueurs, s’annonce déjà ardu. Mais il ne faut pas se laisser obnubiler par la difficulté de ce qu’il y a à faire, car nous n’avons pas d’autre choix que celui de la reconstruction. Celle-ci est facilitée par le retrait d’une partie de la génération qui a fait sa meilleure CAN en 2004 à l’époque où certaines têtes n’avaient pas encore enflé et où l’engagement pour le maillot national ne se monnayait pas avec âpreté. Le retrait des anciens ne dépouillera certainement pas l’E. N. de tous ses cadres, mais l’exigence essentielle doit être la suivante, ne retenir en sélection que ceux que cela intéresse de jouer pour le Mali. Ainsi exprimée, cette nécessité parait aller de soi. Mai l’expérience montre bien le contraire. En Angola, on a retrouvé des éléments qui s’étaient comportés en 2006 et 2008 avec désinvolture et même arrogance. Qui ont été réintégrés sans avoir exprimé ni remords, ni repentir. Qui regagneront leurs clubs sans état d’âme pour revenir meubler la sélection si l’humeur leur en dit. Car participer aux campagnes internationales leur sert à organiser leur visibilité, à enrichir leur carte de visite et à augmenter leur valeur marchande. Le prochain responsable des Aigles, quel qu’il soit, ne doit donc pas se tromper dans ses choix. Car en même temps que la reconstruction de l’équipe il lui reviendra la réhabilitation de l’E. N. auprès du public. Les Maliens ont supporté les Aigles simplement parce que pour eux en tant qu’amoureux du football et en tant que patriotes, l’inverse était inconcevable. Mais ils l’ont fait sans jamais réussir à s’identifier totalement à une équipe dont le comportement au niveau moral était aux antipodes de leur attente. Aux antipodes aussi d’une vérité simple : la meilleure preuve qu’on puisse donner de l’amour du maillot, c’est de mouiller ce dernier. La balle est à présent dans le camp de la FMF. Cette dernière a instauré la pratique des évaluations sans toujours indiquer clairement ses conclusions. Aujourd’hui l’esquive n’est plus possible. Les résultats sont très en deçà des objectifs proclamés (qualification au Mondial convertie ensuite en conquête de la CAN). La Fédération saura-t-elle aller très loin dans son autocritique afin de poser un diagnostic vraiment exhaustif, préalable à la recherche de bonnes solutions ? Aura-t-elle le courage de préférer l’option chirurgicale à la formule du bricolage ? L’exercice qui l’attend est très difficile. Mais pas plus que la situation dans la situation dans laquelle se trouve la sélection.