La première confrontation entre notre pays et l’Algérie a eu lieu à Bamako. Notre voisin du Nord, qui était tout à la joie de sa souveraineté retrouvée un an et demi plus tôt, a eu droit aux fastes de l’hospitalité malienne puisque le Mali à travers ses dirigeants avait fortement contribué à la lutte de libération nationale algérienne.
Hormis le président Modibo Keïta empêché, ce fut tout le "gratin" du Parti (l’US-RDA) et du gouvernement qui se déplaça ce 27 décembre 1964 au stade Mamadou Konaté. Les Algériens présentèrent leur équipe nationale comme une formation olympique, même si les Zitouni, Oucif, Mezziane, Aoussi, Sahraoui, n’avaient d’olympique que le nom. Cet après midi là, plus que la nette victoire de notre équipe nationale (3/1) grâce à des buts de Bakary Traoré "Alliance" Salif Keïta et Sidi Diarra "Sidibléni" contre un but de Oucif, on a eu droit à une célébration démonstrative de "l’amitié des deux peuples". Tout ce monde ignorait que, sept mois plus tard, les deux équipes allaient se retrouver face à face en demi-finale du tournoi de football des 1ers Jeux Africains de Brazzaville. L’occasion de confirmer sa victoire se présentait à nos représentants et celle de la contester à l’Algérie. A l’arrivée cette rencontre fut à marquer d’une pierre blanche pour Cheickna Traoré "Kolo" et ses coéquipiers. D’abord parce que les conditions climatiques furent désastreuses, pluie et terrain boueux par endroit, ensuite par le fait que l’EN a ouvert le score sur un penalty tiré par son gardien Yacouba Samabally. Celui-ci devint ainsi le premier et unique "portier buteur" de l’histoire de notre football, mais ça on l’ignorait en ce moment là. Enfin le match se solda après l’égalisation algérienne par Hachouf à dix minutes de la fin, par un nul (1/1). Il a fallu recouvrir aux prolongations qui s’achevèrent sur le même score. Une seconde prolongation devint nécessaire, les tirs au but n’étaient pas encore de règle. La durée fut ramenée à vingt minutes. On jouait la 138è lorsque l’Algérie, en voulant perdre du temps comme cela deviendra son côté cynique plus tard, vit son arrière central effectuer une retropasse à son portier. La boue freina le ballon et Karounga Keïta qui avait pressenti la manoeuvre, se faufila entre les deux Algériens, récupéra le cuir et le plaça au fond des filets envoyant ainsi nos représentants en finale. Si le caractère homérique du match tint à sa durée (140 minutes) il tenait aussi au talent de Yabouba Samabally qui sera couronné à l’issue du tournoi comme le meilleur joueur des Jeux. On vous l’a déjà dit, à l’époque, seuls les Jeux africains comptaient pour nos dirigeants, le Mali s’était vu confié l’organisation des 2è Jeux Africains pour 1969. Aussi quand notre pays, l’Algérie et la Haute Volta constituèrent une poule de qualification pour une place à la 6è phase finale de la CAN en Éthiopie, notre football, sans doute traumatisé par la défaite du Réal à Abidjan contre le Stade le 25 décembre 1966, n’avait franchement pas le coeur à la besogne. Ce fut dans ce contexte amer que l’Algérie se présenta à Bamako un mois et dix jours plus tard pour livrer le premier match de la poule de qualification. Les "Maghrébins" n’eurent pas à trop s’employer pour battre largement (3/0) l’E N. Par delà ce résultat un joueur se révéla à notre public ce jour là, Hassène Lalmas. Un grand talent du football, brillant, sobre et doté d’une vision de jeu peu commune. D’ailleurs il cueillit les fruits de ses dons en phase finale en étant désigné meilleur joueur du tournoi final en Éthiopie 68. L’Algérie tenait en 1967 sa revanche sur notre pays le temps que, quatre ans plus tard en 1971, l’E N ne reprenne ses droits et ce sont les éliminatoires des J.O. de Munich 72 qui lui ont offert cette occasion. Battus (1/0) à Bamako le 14 mars 1971 (but de Kidian Diallo) ce furent des Algériens, rouspéteurs et vraiment mauvais perdants qui demandèrent et obtinrent un trio arbitral européen pour le match retour. L’Alsacien Robert Wurtz, un des meilleurs "sifflets" français, sera désigné pour officier. Ce 11 avril 1971, au Stade du 11 Juillet d’Alger, les Aigles firent montre de courage de combativité et de talent. Des qualités symbolisées par leur "petit" portier Mamadou Keïta "Capi" et leur avant centre Fanta Mady Keïta. Le (1/2) qui sanctionna la partie à l’issue du temps réglementaire et (2/2) sur l’ensemble des deux rencontres, des prolongations devinrent nécessaires. Alors Fanta Mady Keïa auteur du premier but, inscrit un second, arrachant ainsi un match nul (2/2) qui envoyait les nôtres au second tour. Les Algériens auront leur revanche à l’issue d’une séance de tirs au but le 22 avril 1979 à dans notre capitale, chaque équipe ayant gagné chez elle par le minimum (1/0). Deux ans après cet épisode assez fermé pour les deux équipes, la génération Belloumi, Madjer, Assad se présenta aux nôtres à Oran. Dans une atmosphère passionnelle intense les nerfs de nos Aigles lâchèrent malgré qu’ils aient ouvert le score par Issa Bagayogo. L’expulsion de Abdoulaye Koumaré "Muller" en début de seconde mi-temps n’arrangea rien. Et comme par la suite Rabah Madjer prit très souvent son temps pour "tourmenter" Tidiani Konaté "Konan" sur son flanc droit à l’arrivée les Aigles s’inclinèrent lourdement (1/5). Néanmoins 4 buts à remonter sans en prendre ce n’était pas "la mer à boire" selon une des formules savoureuses de Ben Oumar Sy. Les Aigles se collèrent à cette lâche dantesque ce 19 avril 1981. Ils réussirent quand même à éteindre l’éclat des "perles algériennes" qu’étaient Tedj Bensaoula, Assad, Madjer, Ferghani, Belloumi. Au final l’Algérie frôla la catastrophe mais réussit, après avoir été défait (0/3), à préserver l’essentiel. Puis l’essentiel de la rivalité Aigles/Fennecs s’étiola au fil du temps jusqu’à ces éliminatoires de 1997 pour le Burkina où chacun a eu sa victoire à domicile (1/0). Si la CAN 2002, que notre pays a abritée donna l’occasion de la faire renaître ce 28 janvier, le net succès (2/0) au stade du 26 Mars leur permit de se projeter en quart de final. Mais c’était plus une question d’ambiance.