Elle a été publiée mais si confidentiellement qu’elle s’est révélée introuvable pour les 24 679 élus et tous les autres qui espéraient en être
Dans le passé, le « trousseau » était alloué à tous les étudiants réguliers de l’Université de Bamako. De ce fait, la rentrée universitaire suscitait un engouement chez tous les nouveaux inscrits. Cet enthousiasme a été douché en 2012 avec la mise en application de nouveaux critères par le Centre national des oeuvres universitaires (CENOU). N’ayant réussi à nous faire communiquer ces critères par la direction du centre, nous avons juste pu constater que tous les étudiants ne figuraient pas sur la liste officielle des bénéficiaires et que la mesure suscitait de longues files d’attente et des déambulations vides de sens. Pour éviter de violentes bousculades devant les tableaux d’affichage des établissements, les responsables du Centre national des œuvres universitaires ont fait publier la liste des bénéficiaires exclusivement dans les colonnes du « Katois », un journal jeune et peu connu jusqu’ici. Désorientés, les étudiants passent la journée à sillonner les rédactions de différents organes de presse écrite dans l’espoir de pouvoir consulter la fameuse liste. Certains sont venus à l’Agence malienne de presse et publicité pour vérifier si L’Essor avait publié la liste. Bref, consulter celle-ci semble s’assimiler à la quête du Graal pour nos infortunés étudiants. Du coup, ils accusent le CENOU d’être incapable de respecter ses engagements et plusieurs d’entre eux que nous avons interrogés assurent, furieux, n’avoir reçu aucune explication de l’administrateur du centre. Le colonel major Mamadou Idrissa Coulibaly, directeur du Centre national des œuvres universitaire, que nous avons rencontré, s’efforce de démêler ce méli-mélo. La liste des bénéficiaires du trousseau a été publiée dans un seul journal car le « Katois » est simplement l’unique organe à avoir accepté de le faire gratuitement. Mamadou Idrissa Coulibaly indique avoir demandé, au cours d’une conférence de presse qu’il a animée en novembre dernier, à tous les journaux présents de publier gratuitement la liste des bénéficiaires du trousseau. Mais en vain. Seul le « Katois » avait accédé à sa demande. Ce journal a publié la liste dans un numéro spécial et à « zéro franc », insiste le colonel Coulibaly. Quid de la nécessité d’effectuer la diffusion le plus large possible de cette liste et de la responsabilité du CENOU de s’en assurer ? Il semble que le responsable du centre ne perçoit pas clairement cette dimension du problème car il rapporte avoir refusé la liste à une personne chargée de communication au rectorat, qui voulait l’afficher dans son département. « J’ai refusé car c’est une mission qui incombe à ma structure et non à une autre », précise Mamadou I. Coulibaly. « Avant de lancer l’opération j’ai payé 100 000 Fcfa à l’ORTM pour la bande annonce. L’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) s’est procurée la liste et exige 500 Fcfa à tous ce qui veulent la consulter sur place et à la minute. D’autres groupes ont préféré s’installer dans et devant la cour du CENOU pour servir les clients que constituent les nouveaux bacheliers. Les gens ont profité de cette situation pour vendre le journal dans la cour du CENOU. J’ai été obligé d’afficher la liste dans ma cour. Elle comporte 24 679 étudiants », explique le colonel Coulibaly Le jeune Abdoulaye Maïga a passé son bac au lycée Yana Maiga de Gao. Il est venu à Bamako pour déposer une demande de bourse. Il a fait un tour à l’AMAP et à l’ORTM pour trouver la liste puis il a cherché l’adresse du « Katois » dont le siège serait à Kati. Après deux jours de va-et-vient infructueux, Abdoulaye a été contraint de laisser tomber. Koumba Diawara qui a passé son bac au lycée Kankou Moussa, a été plus chanceuse : elle a retrouvé son nom sur la liste affichée au CENOU. Contrairement à Zeinabou Maiga qui a passé son bac au lycée public de Kalabancoro. Pour beaucoup d’autres, la chasse à la liste continue même si officiellement celle-ci a été publiée. Après, il faudra comprendre comment celle-ci a été constituée. Mais cela est déjà une autre histoire qui peut attendre.