SOCIETE

PostHeaderIcon Transport urbain : POURQUOI PAS UN SYSTEME DE « RAMASSAGE » SCOLAIRE ?

Tout le monde le souhaite, par exemple à travers une solution privée, appuyée par l’Etat et les municipalités

Transport urbain : POURQUOI PAS UN SYSTEME DE « RAMASSAGE » SCOLAIRE ?

Les déplacements des habitants du District de Bamako sont, de nos jours, facilités par les minibus de transport appartenant à des particuliers et quelques bus plutôt poussifs de compagnies privées de transport. Dans cet univers où le moindre débrayage occasionne de grosses perturbations, comme on en a vu lundi et mardi, la question du transport scolaire se pose avec acuité. Exception faite de quelques établissements comme Ecovie ou Les Castors qui assurent le "ramassage" de leurs élèves, le transport spécialisé est inexistant. Des parents sont ainsi obligés de transporter leurs enfants (parfois 2 ou 3) sur une moto pour les déposer à l’école. En utilisant ce système dangereux et illégal, ils peuvent ainsi traverser une bonne partie de la ville en slalomant entre les voitures pour que les enfants puissent arriver à l’heure. Des milliers d’autres élèves sont contraints d’attendre au bord de la route le passage aléatoire de ces minibus brinquebalants ou une bonne volonté pour se faire transporter. Massama Kéita, un responsable de la fédération nationale des syndicats des conducteurs routiers, adhère pleinement à l’idée de créer un système de transport des tout-petits dans le District de Bamako. Concret, le syndicaliste propose la mise en service de minibus pour les tout-petits, les élèves et les étudiants. Le montage pourrait s’opérer avec le concours de l’Etat qui subventionnerait le secteur afin que le ticket soit vendu à la clientèle-cible à 50 francs par exemple. El Hadj Sékou Soumano, le secrétaire aux relations extérieures de la Fédération nationale des associations de parents d’étudiants du Mali (FENAPEEM), confirme le manque de structuration du transport scolaire tout en soulignant qu’au niveau supérieur, quelques facilités existent pour le déplacement des étudiants. Lui aussi préconise la création d’un circuit de transport scolaire spécifique et un système d’abonnement à l’instar de certains pays voisins comme le Sénégal où des cartes d’abonnement à tarif réduit permettent aux enfants de se déplacer dans les véhicules de transport. Les pouvoirs publics pourraient tester cette expérience pour aider les enfants démunis. El Hadj Sékou Soumano déplore lui aussi les risques inutiles encourus par des innocents transportés sur des motos en surcharge et préconise des sanctions contre les contrevenants. Yacouba Coulibaly, le directeur et coordinateur du groupe scolaire Bougouba (Zone industrielle) dont l’une des élèves a été tuée en décembre dernier par une "Sotrama", approuve lui aussi l’idée de créer un système spécialisé de transport scolaire. Il suggère en sus la construction de passerelles, la multiplication de passages piétons pour faciliter la traversée des artères denses ainsi que le maintien des enfants dans des écoles de leur quartier. En technicien averti, Bakary Coulibaly, le chef du Transit administratif à Bamako, constate qu’il faut d’abord organiser le transport urbain lui-même. Il relève à ce propos que quelle que soit la subvention de l’État, le règlement des différents problèmes liés aux "Sotrama" apparaît comme un préalable. Concrètement, il se tourne vers les mairies auxquelles il suggère d’organiser le transport scolaire dans leurs communes respectives. A chacun, selon donc ses attributions. Celles de la direction de l’Education de base prévoient aussi d’assurer la sécurité des élèves, rappelle le directeur adjoint, Adama Moussa Traoré. Des actions de sensibilisation sont ainsi menées dans les établissements scolaires pour combattre l’insécurité routière, par exemple en décorant de panneaux de signalisation les fournitures scolaires. Les élèves et les enfants ont alors en permanence sous leurs yeux en classe ces messages de sensibilisation sur les dangers de la route, précise Adama Moussa Traoré. Autre homme de terrain, même point de vue. L’agent de police Amadou Camara se montre tout a fait acquis à l’idée de créer un système de transport scolaire spécifique. Cela faciliterait la tâche des agents chargés de la circulation qui pourraient donner systématiquement la priorité aux véhicules ou à la compagnie qui transporteraient les élèves, indique-t-il, en suggérant en plus des tenues de couleur unique permettant d’identifier les enfants d’un coup d’oeil et de leur faciliter la traversée la route. En Côte-d’Ivoire, cite en exemple Amadou Camara, une compagnie appelée "STRA-BUS" transporte les tout petits à l’école à des tarifs abordables par leurs parents. Le policier condamne naturellement la surcharge des motos. Mon chef, rapporte-t-il, a une fois arrêté une femme en pleine circulation perchée sur une moto "Jakarta" avec ses 3 enfants. Il a sur le champ pris le numéro de téléphone de son mari et l’a appelé pour lui faire prendre conscience du danger encouru par sa famille. Notre policier, décidément séduit par l’idée de lancer un système de transport scolaire, en a souligné les retombées en termes de création d’emplois et de lutte contre le chômage. Il n’a pas tort. Une éventuelle subvention publique à cette activité serait de l’argent utilement dépensé. Ne serait-ce qu’en sécurisant les élèves sur le chemin de l’école et en sauvant de jeunes vies.