La situation d’insécurité liée qui prévaut dans le nord du pays ne laisse aucun patriote indifférent. Il en est ainsi d’un groupe d’intellectuels, hommes et femmes de culture qui se sont retrouvés jeudi au centre Amadou Hampaté Bâ pour analyser la situation.
Ces intellectuels, au nombre desquels on peut citer, entre autres, Aminata Dramane Traoré, ancien ministre, Adama Samassékou, linguiste et ancien ministre, Ismaël Diabaté, artiste-peintre, Jean Bosco Konaré, historien, Kaourou Doucouré, universitaire, ont concrétisé leur démarche dans une déclaration. Dans ce document, ils s’interrogent : « Comment comprendre la rébellion armée qui, aujourd’hui, endeuille le Mali et condamne des dizaines de milliers d’innocentes et d’innocents à l’insécurité et au déplacement forcé, lorsqu’on ne veut pas s’en tenir au schéma réducteur du conflit ethnique ? » Pour ces intellectuels, « les reformes structurelles mises en œuvre à partir de la décennie 80 en vue de corriger les dysfonctionnements du modèle néolibéral, n’ont pas atteint les objectifs visés en terme d’amélioration des conditions de vie des populations, notamment l’accès à l’alimentation, l’eau, l’éducation, la santé et l’énergie domestique. Ce constat, qui est valable pour l’ensemble du pays, revêt des conséquences particulières au Nord. » Dans leur analyse, ils pointent du doigt, la mauvaise gestion, le clientélisme et la corruption dans la gestion des affaires publiques, exacerbant les frustrations et le sentiment d’exclusion à l’échelle du pays sans pour autant « justifier la violence armée dans les autres régions. » La manière de gérer la libération des otages occidentaux, selon le groupe d’intellectuels hommes et femmes de culture, a « conforté AQMI dans la création au Mali d’un sanctuaire en liaison avec le terrorisme international ». Les intellectuels estiment que « nous sommes dans un processus programmé de désintégration de l’Etat et de cristallisation des identités ethniques et régionales. De ce point de vue, nous nous questionnons même sur la genèse de l’appellation « régions du Nord ». Ce n’est pas tout. Ils suggèrent une « volonté d’affaiblir des Etats de la CEDEAO…pour s’acheminer vers une résurgence du vieux projet de l’Organisation des Etats riverains du Sahara (OERS). Après le découpage du Soudan, nous sommes en droit de nous interroger sur l’intention des pays de l’OTAN de procéder à une nouvelle Balkanisation de l’Afrique… » Les signataires du document considèrent que l’intégrité du territoire, l’unité nationale et la cohésion sociale du Mali sont sacrées. La paix s’impose d’autant plus que les femmes et les enfants sont pris dans l’étau d’un conflit qui n’est pas le leur. L’organisation des élections de 2012 a également été évoquée. Pour eux, elles sont une « occasion historique de renouveler la réflexion sur un projet de société adapté à nos réalités, davantage fondé sur la culture de l’être et des relations humaines à même de garantir la prospérité, la paix, la stabilité et la sécurité pour tous ». Le document « condamne le recours à la violence armée comme mode de revendication dans un contexte démocratique et déplore les pertes en vies humaines avant de soutenir résolument nos forces armée et de sécurité dans leur mission sacrée de défense du territoire national ». La déclaration déplore aussi le déficit de communication et de dialogue, surtout quand il s’agit des questions majeures qui « engagent le destin de la nation ». Avant de lire le document, les initiateurs ont sollicité la contribution positive des hommes de médias dans le traitement de l’information concernant la crise du nord.