Deux bureaux se réclament aujourd’hui de la légalité et de la légitimité sur fond d’accusations diverses
À la faveur des évènements de mars 1991 et de l’instauration de la démocratie, la police nationale a été démilitarisée en 1993. Ce nouveau statut de corps paramilitaire lui confère le droit syndical, d’où la création de la section syndicale de la police nationale affiliée au Syndicat national des travailleurs des administrations d’Etat (Syntade), elle même affiliée à l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM). L’unité syndicale de la police se trouve aujourd’hui confrontée à une division qui prend les allures d’un interminable feuilleton avec d’un côté l’élève commissaire Tidiane Coulibaly, le leader incontesté de l’ancien bureau aux commandes depuis 1999, et secrétaire administratif du Syntade, et de l’autre, le tout nouveau patron, l’adjudant de police Siméon Keita. Comment en est-on arrivé là ? Les deux protagonistes s’accordent pour tout faire partir de la mauvaise interprétation d’une décision de l’Union nationale des travailleurs du Mali qui, lors de son 11è congrès ordinaire tenu à Bamako du 1er au 4 août 2006 et conformément à ses nouveaux, statut et règlement, a prolongé le mandat de ses organes de trois à cinq ans. Tidiane Coulibaly, le secrétaire général de l’ancien bureau de la section syndicale de la police nationale (SPN) joint au téléphone a donné son analyse d’un certain nombre de préoccupations parmi lesquelles, le statut particulier des fonctionnaires de police, la décision du 11è congrès et l’implication de la direction générale de la police nationale dans les affaires syndicales. Evoquant le statut des fonctionnaires de police, le syndicaliste note positivement l’extension de la couverture des risques à travers la gratuité des soins médicaux de consultation dans les structures sanitaires de la police, l’indemnisation d’un agent de police tué en service commandé. Autre acquis au compte de son groupe, Tidiane Coulibaly cite l’adoption de deux paliers d’intégration dans le corps des commissaires de police. Un fonctionnaire intégré dans le corps des commissaires de police avec le niveau de la maîtrise est automatiquement reclassé au premier échelon, et, le détenteur du doctorat au deuxième échelon. Au total, le statut des fonctionnaires de police a connu treize innovations, précise-t-il avant d’estimer le moment mal choisi par les cinq dissidents pour casser l’élan de la section. La section, assure-t-il, a souverainement suspendu les cinq réfractaires. L’élève commissaire Tidiane Coulibaly accuse aussi le contrôleur général de police Niamé Keita, le directeur général de la police nationale, d’avoir pris fait et cause pour ses adversaires en mettant à leur disposition les moyens logistiques nécessaires à leurs prises de contact à Bamako et à l’intérieur du pays. Or, fera remarquer Tidiane Coulibaly, la direction du syndicat a saisi le patron de la police par une correspondance en date du 15 avril 2010 qui demandait aux dissidents de surseoir à leur tournée et de prendre attache avec le bureau exécutif national. Ceux-ci ont refusé, note l’élève commissaire. Autant d’éléments qui attestent, de son point de vue, l’implication de la direction aux côtés de l’adjudant Siméon et de son groupe. La dernière « preuve » selon Tidiane Coulibaly est qu’en dépit de la correspondance du syndicat, la direction de la police a adressé un message radio fax le 1er juin 2010 aux directeurs régionaux de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, et Mopti. Dernière accusation formulée par le syndicaliste : les dissidents ont défoncé les portes des bureaux de la section et les ont illégalement occupés. La version de l’adjudant Siméon Keita est radicalement différente. L’élève commissaire Tidiane Coulibaly, soutient-il, profite de son poste au sein du Syntade pour tordre le cou aux dispositions statutaires de la SPN. Ainsi, rappelle Siméon Keita, le 19 août 1999, Tidiane Coulibaly a été porté à la tête de la section pour un mandat de 3 ans renouvelable une fois. Pour le nouveau « patron », ces six ans maximum ont pris fin en principe. Le bureau syndical, constate-t-il, est resté dans un flou total jusqu’au 15 juin 2005 qui a vu la reconduction de Tidiane Coulibaly en violation des textes. Dès lors, assure-t-il, ce dernier refuse la tenue de toute assise provoquant délibérément le blocage. Siméon Keita va plus loin en évoquant le principe de la légalité. De son point de vue, le secrétaire général de l’UNTM et ses alliés ont décidé la modification des mandats, s’arrogeant ainsi une prérogative de la conférence de section. Suite au blocage, Siméon Keita explique avoir saisi par écrit au secrétaire général de l’UNTM, Siaka Diakité, pour une solution de sortie de crise. Celui-ci aurait alors proposé un règlement interne. L’adjudant et son groupe indiquent s’être alors référés aux statuts et règlement de la section qui stipulent : « A la demande des deux tiers du bureau une conférence extraordinaire peut être convoquée ». C’est à l’issue de cette conférence, j’ai été porté à tête du bureau syndical, précise Siméon Keita. Il assure devoir son élection aux militants du SPN et non aux grâces d’une quelconque direction. Sinon, fait-il remarquer, sa mission à l’intérieur n’aurait pas être sabotée à Kayes. Enfin, précise-t-il, sa tournée à Bamako a été effectuée dans sa propre voiture. Le patron de la police nationale, le contrôleur général Niamé Keita, qualifie d’allégations mensongères les accusations portées contre lui par Tidiane Coulibaly. « Ce n’est pas au crépuscule de ma carrière que je ferais du syndicalisme », indique-t-il, ajoutant avec une pointe d’ironie : « J’en aurais plutôt fait lorsque j’ai passé neuf ans au grade de commandant et douze ans en détachement ». Soulignant le caractère incontestable de la liberté syndicale, Niamé Keita a assuré qu’il ne pouvait rien face à la mobilisation syndicale. Ni dans un sens, ni dans l’autre.