Les bons exemples ne manquent pas dans la Région en matière de lutte contre l’ensablement et pour la protection du fleuve Niger
La Région de Gao, comme les autres régions du Nord est confrontée d’énormes défis environnementaux. La désertification s’apparente à une gangrène qu’il faut soigner. Le fleuve Niger, sa mère nourricière, est aujourd’hui menacé dans son existence à cause de l’ensablement. Au même moment, la démographie galopante engendre des besoins alimentaires et énergétiques croissants. Or le bois de chauffe reste la seule source d’énergie domestique. D’où une équation compliquée à résoudre. A cet effet, les services techniques régionaux ont initié différentes actions à travers des programmes et projets. Pour mesurer les résultats obtenus sur le terrain, le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement, Tiémoko Sangaré, s’est rendu du 6 au 10 janvier dans les communes de Gao et Ansongo. Il était accompagné d’une délégation comprenant le gouverneur de la région, Kalifa Keïta, le maire de Gao, Sadou Harouna Diallo, le directeur régional des Eaux et Forêts, Idrissa Maïga, et le coordinateur du Programme de lutte contre l’ensablement dans le bassin du Niger, Modibo Coulibaly.
UNE DES DERNIERES RESERVES DE FAUNE. Ce programme a été initié pour freiner, voire enrayer le processus d’ensablement qui menace directement le bassin du fleuve Niger en restaurant de manière pérenne le potentiel agro-sylvo pastoral, à travers la fixation des berges du fleuve et des dunes. Le programme vise également à développer une meilleure maîtrise des divers facteurs de dégradation et à améliorer les conditions de vie et les revenus de la population locale. La forêt classée de Monzonga était la première étape de la tournée du ministre. Après l’avoir inspecté, Tiémoko Sangaré a rencontre les autorités municipales et les populations des communes d’Ansongo et de Bara, riveraines de la forêt. Ce patrimoine est d’autant plus précieux qu’il constitue l’une des dernières réserves de faune de la région. Il se trouve que la forêt est victime de multiples agressions humaines dont l’urbanisation. Sans doute inspirées par l’adage qui voudrait que « la nature a horreur du vide », certains habitants de la zone ont entrepris de construire des infrastructures immobilières et de créer des exploitations agricoles dans la partie de la forêt arrosée par le fleuve. C’est ainsi qu’un particulier a pu aménager une exploitation agricole de plusieurs hectares. Une école, les bureaux pour la mairie et une mosquée ont été bâtis sur le même site. Certaines familles, jadis nomades, se sont sédentarisées en s’installant en plein cœur de la forêt. Une situation que les autorités régionales notamment les services des Eaux et Forêts n’ont pu que constater. Lors de leur rencontre avec le ministre, les occupants de la forêt ont tenté de justifier l’occupation du site, en soutenant que la localité a besoin d’infrastructures pour son développement économique et social. Prenant en compte les arguments avancés par la population, le ministre Tiémoko Sangaré a indiqué que des solutions idoines seront recherchées pour protéger obligatoirement cette forêt classée tout sauvegardant les intérêts de la population. Selon des experts du département, en pareil cas, la seule solution envisageable est de déclassifier la partie occupée de la forêt tout en trouvant une surface équivalente pour l’aménager et la protéger en conséquence. Cette éventualité est à l’étude par le département. A l’opposée de la forêt classée de Monzonga, une bonne surprise attendait la délégation à Gouthine, un village situé à quelques kilomètres d’Ansongo. Ici, le travail réalisé par le village est louable. Avec l’appui du programme de lutte contre l’ensablement du bassin du fleuve Niger, les villageois ont planté 30 hectares d’eucalyptus sur les berges du fleuve. Sur l’espace qui sépare la plantation du fleuve, ils pratiquent la riziculture. « Nous vivons bien de cette activité », a confié le chef du village, Soumaguel Maïga, qui préside aussi le comité de gestion de la plantation.
EN HARMONIE AVEC LA NATURE. En plus de la culture du riz, une partie des revenus des habitants du village provient de l’exploitation du bois de la plantation. Bref, à Gouthine, on vit en harmonie avec la nature. Cependant, une rumeur avait circulé insinuant que la plantation d’arbres à côté des cultures favoriserait l’invasion des oiseaux granivores. Le président du comité de gestion a critiqué ces allégations, en constant que jusqu’à présent, aucune trace d’oiseau granivore n’a été signalée dans les champs. Et qu’au contraire, les arbres protègent les cultures contre l’érosion et d’autres formes d’agression. Toujours dans commune urbaine d’Ansongo, le village de Todjel Garguna abrite un bel exemple de la fixation des dunes. Ici sur une base participative, le Programme de lutte contre l’ensablement du bassin du Niger a réalisé de façon mécanique et biologique, la fixation de 6251 hectares de dunes sur une prévision de 6100 ha. Soit un taux de réalisation de 102%. Toujours dans le cadre de la protection du fleuve, le Programme a aménagé 35 hectares de végétation sur une prévision de 10 ha. En repiquage de bourgou, 2 ha ont été réalisés. Pour la production de bois, 3 autres ha ont reboisés. Les 6100 ha de dunes ont été fixés dans les zones les plus menacées. Les travaux de fixation des 5000 ha ont été financés par le Fonds africain de développement (FAD) et celle des 1100 ha restants par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). D’autre part, le programme a créé 30 pépinières villageoises. Des appuis en petits matériels et équipements (70 motopompes) ont été apportés aux populations. Au plan organisationnel, l’on a créé 101 comités villageois de gestion de sites, 16 comités techniques communaux, 2 comités techniques régionaux et un comité national de pilotage. Le programme d’alphabétisation a bénéficié à 2000 personnes dans la zone.
PRISE DE CONSCIENCE. Ces différentes réalisations ont eu un impact environnemental important, a constaté le ministre. Elles ont en effet permis d’améliorer les productions agricoles par une meilleure mobilisation des eaux de ruissellement et de réduire l’érosion sur les pentes fortes. En plus de la réduction des apports de sable dans le lit et la stabilisation des berges du fleuve, le programme a permis la production de la biomasse herbacée et ligneuse dans la zone. L’impact socio-économique se traduit par une prise de conscience des problèmes environnementaux. L’amélioration des conditions sanitaires des populations, le développement de la production agricole et la lutte contre la pauvreté à travers les revenus générés par les travaux de haute intensité de main d’œuvre, ont contribué fortement à la diminution de l’exode rural. La sortie de terrain de la délégation s’est achevée par le site de la pépinière privée de Dramane Traoré et la décharge finale d’ordures de Gao. Avec l’appui technique et financier de la direction régionale des Eaux et Forêts, le pépiniériste a produit 66 623 jeunes plants. Mais Dramane Traoré est confronté à d’énormes problèmes d’écoulement de ces plants. Il était prévu qu’il fournisse les plants pour les besoins de la campagne spéciale de reboisement de 100 000 ha, lancée par le département de l’Environnement en 2010. Mais la population de la région a marqué peu d’engouement pour la campagne spéciale de reboisement, a noté le directeur régional des Eaux et Forêts, Idrissa Maïga. Du coup la campagne a été moins dynamique dans la région et le pépiniériste a été peu sollicité. « C’est lié à une mauvaise information selon laquelle un fonds spécial dans le cadre de la célébration du Cinquantenaire devait être mis à la disposition de la direction pour financer cette campagne », a-t-il expliqué. La décharge finale de Gao est située à environ 3 kilomètres de la ville. Elle vient renforcer le système d’assainissement de la ville en accueillant les déchets solides. Son aménagement a coûté 18 millions de Fcfa obtenus grâce à la coopération avec Thionville, une ville française jumelée à Gao.