L’espacement des naissances n’enfreint aucun interdit du Coran ou de la tradition du Prophète
Quelle est la position de l’islam vis-à-vis de la planification familiale ? Les musulmans ont-ils le droit d’user de la planification familiale ? Quelles sont les circonstances dans lesquelles, on peut recourir à cette méthode de contraception ? Ces questions ont fait l’objet d’un atelier de plaidoyer, de sensibilisation et d’information sur le planning familial, organisé, mardi, par l’Association malienne pour la paix et le salut (AMPS) en collaboration avec le Fonds des nations unies pour la population (UNFPA) au Carrefour des jeunes. La cérémonie d’ouverture était présidée par le Dr. Mountaga Bouaré, conseiller technique au ministère de la Santé, en présence du président de l’AMPS et imam de la mosquée de Torokorobougou, Mamadou Diallo, du représentant du Haut conseil islamique, El Hadj Sidi Konaké, du Fonds des nations unies pour la population, le Dr Mariam Cissoko, de la présidente de l’Ordre des sages femmes, Mme Kéïta Oumou Kéïta, et de nombre d’invités. La rencontre qui a regroupé une centaine d’imams de la capitale avait pour thème " Espacement des naissances : point de vue de l’Islam". Elle se voulait un cadre de concertation et d’échanges sur le point de vue de la religion en rapport avec les différentes méthodes de contraception. Le président de l’AMPS a rappelé que cette rencontre d’échange et de plaidoyer sur l’espacement des naissances est la troisième du genre tenue cette année, après celles destinées aux imams de Tombouctou et aux femmes des différentes associations musulmanes de Bamako. Mamadou Diallo a souligné que l’islam a une vision globale sur les différents aspects de la vie et considère la famille comme une unité sociale. Il a reconnu que l’épineuse question de l’espacement des naissances, continue de diviser notamment les religieux. En effet, certains ulémas condamnent la pratique, contraire de leur point de vue, aux principes de l’islam. Ils estiment que personne n’a le droit de modifier à sa guise le cours de la procréation qui est du seul ressort de Dieu. Pour Mamadou Diallo, l’espacement des naissances est un moyen qui aide à préserver la santé en permettant d’avoir des enfants à des intervalles plus ou moins souhaitées. Il ne saurait donc y avoir d’incompatibilité entre l’islam et la planification familiale. L’espacement des naissances et la limitation du nombre d’enfants améliorent le bien-être de la mère et maintient l’équilibre de la famille, notamment dans la mesure où cette pratique n’enfreint aucun interdit du Coran ou de la tradition du Prophète (PSL). Il a invité ses frères et soeurs musulmans à plus d’ouverture et de clairvoyance pour faire la part des choses. Les représentants de l’UNFPA et du ministère de la Santé ont salué cette initiative de l’AMPS qui témoigne de l’importance que les leaders religieux accordent à la santé de la reproduction, et engage leur responsabilité commune dans la promotion de la santé maternelle qui intègre la lutte pour la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. Mountaga Bouaré a indiqué que la planification familiale joue un rôle majeur dans la réduction de la morbidité et de la mortalité néonatale et infantile et a été définie comme une composante essentielle des soins de santé primaires. Il a rappelé que la problématique de l’espacement des naissances est une situation qui interpelle tout un chacun, surtout dans un pays comme le nôtre où l’indice de fécondité reste assez élevé avec 6,6 enfants par femme et un taux d’accroissement de la population estimé à 3% par an. Au Mali, la mortalité infantile est de 96 pour 1000 naissances vivantes et la mortalité maternelle affiche 464 décès pour 100.000 naissances vivantes. Les représentants de l’UNFPA et du ministère de la Santé ont réitéré l’engagement de leurs structures respectives à soutenir toutes les initiatives visant des actions concertées, afin de promouvoir la santé de la reproduction.