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PostHeaderIcon Mariage : LA MARRAINE PERD SON AURÉOLE

Une bande de cotonnade aux coloris particuliers est censée distinguer la maîtresse de cérémonie. Ce symbole, jadis sacré, n’est plus qu’un banal bandeau

Mariage : LA MARRAINE PERD SON AURÉOLE

La tendance semble malheureusement irréversible. Les cérémonies traditionnelles de mariage ont perdu leur solennité d’autrefois. Gabegie, désordre, folie des grandeurs, chamailleries caractérisent la fête du mariage de nos jours. Bref, il y aurait des volumes entiers à écrire sur la cérémonie traditionnelle de mariage de nos jours, ses dérives quotidiennes, les troubles qu’il provoque au sein de la société. En effet, depuis la nuit des temps ces méthodes traditionnelles font la richesse de nos mœurs et nos différences cultures. Dans notre société, une cérémonie de mariage est toujours soumise à un certain nombre de démarches préalables. Pour les "mamans" des mariés, l’étape la plus importante est sans doute le choix de la marraine (demba diala tigui) et de la sœur-coordonnatrice (balima muso Kun tigui) chargée du respect du protocole. Dans nos coutumes, ces deux femmes sont incontournables lors de la fête matrimoniale. Elles sont chargées de l’organisation matérielle et sociale du mariage. Dans le cas du mariage d’une fille, la marraine veille sur la fiancée depuis la réception des dix premières colas des mains de l’émissaire de la belle famille. Cette complicité entre les femmes continue jusqu’à la naissance du premier enfant du couple. Et au-delà. L’octogénaire Mme Traoré Diaminatou Samaké maîtrise parfaitement ce sujet. « J’ai été marraine dans une vingtaine de mariages. Ces couples sont devenus aujourd’hui des grands-parents. En effet, la marraine d’un mariage est également marraine du couple jusqu’à la mort », annonce-t-elle. Le choix de la marraine est du ressort du collectif des épouses de la famille. La plupart du temps, le choix de la marraine se fait à tour de rôle selon l’ordre d’arrivée des épouses dans la concession. La marraine est une femme mûre d’esprit, exemplaire, une épouse pleine de vertus. Elle sera chargée de perfectionner l’éducation de la future mariée. Les principes sont intangibles. Une célibataire ne doit jamais être marraine. Idem pour une femme de mauvaise réputation. C’est un grand honneur et une grande responsabilité pour toute épouse d’être choisie comme marraine. Cette haute charge symbolique resserre les liens affectifs entre les épouses de la famille. Il s’agissait également d’inculquer dans l’esprit de la future mariée qu’elle est chère à l’ensemble des mères du foyer. Elle n’est pas la fille de la seule mère qui l’a mise au monde. Elle pouvait compter pour le meilleur et le pire sur la solidarité du "collectif de ses mères". Elles lui prodigueront des conseils et l’accompagneront tout au long de sa vie. Ainsi, en cas de disputes entre elle et son époux, la mariée vient se confier à la marraine.

Pas par ordre de mérite. Le pouvoir de la grande ville est-il de diluer toutes les valeurs ancestrales et de les fondre dans le moule de la banalisation ? La convoitise et les folies de grandeur ne sont-elles pas des maux typiquement citadins ? Dans une mégapole comme Bamako la course à l’enrichissement a conduit à la matérialisation croissante de la société. Elle a créé de nouvelles habitudes et réalités. La complaisance et l’indifférence des autres aidant la capacité financière de l’individu lui octroient tous les droits de nos jours. Ainsi de fil en aiguille le choix de la marraine ne se fait plus par ordre de mérite, ni par l’âge. Toutes les femmes peuvent désormais porter la couronne de marraine. Même les célibataires ne sont plus frappées d’ostracisme. Il suffit d’avoir les moyens de ses ambitions. Aujourd’hui, le choix de la marraine enregistre beaucoup de dérives et ses règles sont tristement bafouées par les femmes elles-mêmes. Les amies, les simples connaissances, les voisines de quartier sont choisies pour jouer ce rôle au détriment des autres femmes du foyer. Sacrilège ! La mariée elle-même peut contester le choix de la famille en proposant sa propre marraine souvent à l’extérieur de la famille. Tout le monde avale cette couleuvre de l’impertinence sans sourciller. Sous le soleil Mali d’aujourd’hui « l’eau lave une personne, mais c’est l’argent qui rend propre. » La désacralisation du bandeau de la marraine est patente partout sur l’ensemble du territoire. Certaines femmes soutiennent qu’« une femme pauvre ne peut plus être marraine, même si elle est la plus vertueuse de la famille. ». Mme N’Diaye Fanta Traoré, mère de famille est sidérée. Elle explique qu’« aujourd’hui, dès que tu es choisie comme marraine d’une fille, tu ne peux plus dormir tranquillement. Il faut chercher les habits riches de marraine, des parures de marraine, des billets de banques neufs à accrocher aux colliers de la marraine (Demba Kônô) ». Bref, des dépenses lourdes sont liées à cet exercice. Les nouveaux mariés sont l’attraction centrale de la cérémonie de mariage. Mais dans leur sillage c’est la marraine qui est la plus est vue dans la foule. Tout est spécial chez les marraines : la coiffure (demba Kun), le henné de marraine (demba Diabi), le bandeau de tête de marraine (demba Diala). Celle qui porte la haute charge de marraine doit être le centre d’intérêt dans la foule. C’est une occasion d’étaler ostensiblement les signes de sa fortune. La couronne sacrée a subi une mutation remarquable. Autrefois, banderole de tissu tissée sur commande par les tisserands traditionnels ne portait pas d’inscription. Aujourd’hui le bandeau fétiche est frappé des lettres « demba diala ». Actuellement cette étoffe est même choisie dans le lot des tissus riches brodés importés. Chaque invitée grave dorénavant sur son bandeau le nom de son mari et son propre nom. Il n’est plus surprenant de lire sur ces banderoles : « Mme Diallo Nianian Traoré ». Chaque jour apporte sa dose de nouveautés dans cette gamme d’excentricités. Les élégantes n’hésitent pas à imprimer sur les bandeaux : « l’autre moitié de... », « La Chérie de M » ou même « l’Unique », pour montrer à d’éventuelles rivales que le terrain est monogamique. L’ingéniosité des artisans réussit des merveilles. La couronne de la marraine est confectionnée de nos jours en argent et même en or. Désormais, les marraines disposent d’un large éventail de banderoles où chacune choisira selon sa bourse.