Malgré un contexte difficile avec la rentrée des classes qui est très proche, on fait des bonnes affaires au marché
Dans quelques jours, la communauté musulmane célébrera la fête de Ramadan. Comme l’année dernière, le contexte ne sourit pas spécialement aux ménages. Ceux-ci, après avoir tant bien que mal passé le cap du dispendieux mois de carême se retrouvent face à deux nouvelles échéances aussi onéreuses l’une que l’autre : la fête de Ramadan et la rentrée des classes. En effet, pour la troisième année consécutive, les deux événements se chevauchent. Et comme il y a un an, la « gueule de bois financière » des ménages risque de s’étirer. Pour le moment, le plus urgent pour les chefs de famille semble être les préparatifs de la fête de Ramadan. Cet événement impose deux rubriques budgétaires principales : les vêtements pour la famille et le repas de fête. En cette veille de célébration, comment va justement le marché de l’habillement ? La question est d’autant plus utile que malgré la complainte générale sur la conjoncture économique, nos compatriotes fidèles à leur réputation, sont toujours tentés de se saigner aux quatre veines pour bien marquer le coup. Le plus souvent, sous la pression des enfants, et dans une moindre mesure celle des femmes. À Bamako, la fièvre de la fête est montée d’un cran. Des vendeurs ambulants arpentent les artères avec habits et chaussures pour enfant, mais aussi avec des effets scolaires. Dans le centre-ville, la circulation est sujette à des embouteillages permanents. Pour se rendre au Grand marché, la voiture n’est pas recommandée. Une animation particulière règne dans ce haut lieu du commerce bamakois. Le marché et ses rues adjacentes sont envahis par une marée humaine. Des mères de famille accompagnées de leurs enfants s’affairent autour des vendeurs d’habits ou de chaussures. On cherche des articles de la pointure des petits. Les femmes, elles-mêmes, sont plutôt intéressées par les multiples variétés de tissus à la mode, exposées dans les boutiques ou sur les étals. Quant aux jeunes filles, elles se bousculent devant les boutiques de prêt-à-porter pour s’extasier devant les robes, tailleurs, jupes, pantalons et d’autres « sapes » en vogue chez les branchés. Le choix n’est pas toujours facile, tant le marché est bien achalandé. On y trouve en effet toute sorte d’effets vestimentaires. Comme toujours, les traditionnels marchandages sont serrés.
TENDANCE A LA BAISSE. Au marché Rose où l’affluence est particulièrement forte, Oumar Diawara est grossiste d’habits. Il connaît bien le marché. Il assure que les importateurs de vêtements ont fait venir de grosses cargaisons de marchandises, surtout pour enfants. En cette veille de fête, Oumar Diawara se frotte les mains. Sa boutique est spécialisée dans la vente d’habits pour jeunes. « J’ai importé de Chine de nouveaux modèles de robes et de jupes à la mode. Et la tendance des prix est à la baisse. Je suis bien placé pour l’affirmer, car les commerçants qui vendent au détail viennent se ravitailler ici ». Chez Oumar Diawara, l’écart entre les prix est à la dimension de la différence de qualité des produits. Les prix en gros vont de 2500 Fcfa à … 125 000 Fcfa. Selon notre négociant, la tendance à la baisse des prix s’explique, en plus de la conjoncture, par le fait que beaucoup de jeunes commerçants qui vendaient au détail se sont improvisés importateurs. « N’ayant individuellement pas le moyen de devenir importateur, de nombreux jeunes se cotisent pour envoyer l’un d’entre eux en Chine. C’est pour cela que le marché est inondé et cela joue forcement sur les prix », explique le commerçant. Autre marché, même ambiance. Nous sommes maintenant aux Halles de Bamako sur l’autre rive du fleuve. Ici aussi, la fièvre de la fête s’est installée. L’entrée principale du centre commercial est occupée par de nombreux petits vendeurs d’articles pour femmes. Les coiffeuses installées des deux côtés de l’allée centrale s’affèrent autour des vendeurs de cheveux artificiels. Sidiki Coulibay vend des vêtements ici. Lui aussi assure tirer son épingle du jeu. « Voyez l’affluence dans ce marché qui a longtemps été boudé au profit du Grand marché. Vous voyez que je me cherche moi-même. Les prix sont bas. En fait, on veut profiter de l’occasion pour liquider nos stocks ». Chez Sidi Coulibaly, avec 5 000, 4 000 et même 3 000 Fcfa, on peut se procurer une tenue pour un garçon de 6 à 12 ans. La robe de la jeune fille du même âge coûte entre 1 500 à 10 000 Fcfa, selon la qualité. Si les marchés regorgent de marchandises à bon prix, qu’en est-il du portefeuille des consommateurs ? Déjà pressés par les dépenses du mois de Ramadan, nombre de chefs de famille tirent la langue. « Ces dernières années, les occasions de dépenses se succèdent. Et cela dans un contexte économique difficile. Si ce n’est pas les prix des produits de première nécessité qui flambent, c’est la rentrée des classes qui coïncide avec une fête. On ne peut même plus aborder le problème d’argent avec les chefs de famille. Il faut les comprendre, c’est dur », constate, Mme Aminata Touré. Mme Guindo Rokiatou Diarra, une mère de famille rencontrée dans un coin de marché, reconnaît que les habits sont véritablement moins chers cette année, mais ajoute aussitôt que c’est l’argent qui manque.
PRIORITE A LA RENTREE SCOLAIRE. Mme Kouyaté Dédè Fané, une autre mère de famille, fait remarquer de son côté que si les habits coûtent moins chers, ils ne sont pas de bonne qualité. « Auparavant, les robes des petites filles étaient résistantes. Maintenant, elles se déchirent dès qu’on les lave quelques fois. D’ailleurs, même si les prix baissaient encore plus, en quoi cela nous profiterait si on n’a pas d’argent ? », interroge-t-elle. Compte tenu de la pression sur les bourses, certains chefs de famille ont fait l’option d’accorder la priorité à la rentrée scolaire. C’est le cas de Aliou Badra Cissé. « La situation est plus grave que vous l’imaginez. N’insistons même pas sur le fait que le mois de Ramadan est un mois de dépenses. Nous avons des élèves vacanciers chez nous. Ceux-ci vont faire la fête ici, avant de rentrer chez eux la semaine prochaine. Il faut donc les habiller pour la fête et les prendre en charge pour la rentrée. Or nous avons nos propres enfants pour lesquels il faut faire les mêmes choses. Et tout le monde sait que traditionnellement, l’hivernage est une période financièrement difficile. En tout cas moi, j’ai choisi ma priorité : c’est la rentrée des classes qui est plus importante », lance l’homme sûr de son choix. B. S. est fonctionnaire. Lui aussi doit faire des choix budgétaires. « J’ai trois élèves en vacance chez moi, en plus de mes quatre gosses. Je ne sais pas si je dois financer la rentrée des classes ou préparer la fête ou même tout simplement assurer le quotidien de ma famille. Il est difficile de choisir une priorité. Mais avec l’aide de mon épouse, nous avons décidé d’attaquer l’essentiel : les frais d’inscription, les fournitures et les tenues scolaires. Pour le Ramadan, les enfants se contenteront d’anciens habits de fête », confie le chef de famille. Sage attitude. Mais combien de chefs de famille peuvent résister à la pression des enfants et des femmes pour se concentrer sur l’essentiel ? La grande effervescence qui prévaut dans les marchés est sans doute la meilleure réponse à cette question.