Situé à 60 kilomètres de Bamako, le village de Baala a abrité samedi dernier sur sa place publique ce qu’on pourrait appeler une très originale journée de réflexion sur l’excision. Organisée par l’AMSOPT (Association malienne pour la sauvegarde et l’orientation des pratiques traditionnelles), l’initiative consistait en fait en une action de sensibilisation et de formation tournée vers plus d’une trentaine de participants représentant les chasseurs des villages de Baala, de Solosanancoro, de Kandjan, de Sonkoréa et de Niéguencoro.
La séance s’est déroulée en présence du représentant du maire de la commune de Sanankoroba, Youssouf Fané, des responsables locaux de l’AMSOPT et des notabilités du village de Baala. Baala qui relève de la commune de Sanankoroba, compte 730 habitants répartis entre 42 familles. Cette localité dispose d’un Centre de santé communautaire et d’un premier cycle de 6 classes. L’AMSOPT qui a démarré ses activités dans les villages de la commune de Sanankoroba depuis 1996, s’efforce d’impliquer les leaders traditionnels aux prises de décision concernant la santé de la procréation en général, et les pratiques néfastes à la santé de la femme et de l’enfant en particulier. L’avis de ces décideurs communautaires (chasseurs, chefs coutumiers, religieux) est pris en compte dans la mise en œuvre des stratégies de lutte contre les pratiques néfastes à la santé de la mère et de l’enfant. Aujourd’hui, l’excision est abandonnée par cinq villages, à savoir Baala, Makono, Solosanancoro, Sicoro et Touréla, selon le décompte fait par l’animatrice de l’AMSOPT Mme Diallo. Ce résultat est celui d’une sensibilisation réussie sur les séquelles de l’excision, parmi lesquelles les infections et la stérilité ont été les maux les plus évoqués. Désormais, toute personne qui pratique l’excision payera, selon notre interlocutrice, une amende de 20.000 FCFA à la communauté traditionnelle, complètement ralliée au combat de l’AMSOPT. Celle-ci pour pérenniser les avancées obtenues aide les anciennes exciseuses traditionnelles à s’orienter vers d’autres activités rémunératrices, tels que le petit commerce, l’exploitation du karité. Il est en effet important de fournir à cette catégorie sociale des revenus en substitution de ceux que lui rapportait son ancienne fonction. La président de l’AMSOPT, Mme Sylvain Kadidia Aoudou Maïga compte sur l’implication des leaders communautaires dans les autres villages pour obtenir là bas aussi l’abandon de l’excision. Lors de la cérémonie, elle a reçu l’appui inconditionnel du chef des chasseurs, Baala Guimba. L’Association, qui sait s’adapter aux réalités du terrain, montre bien que dans la lutte contre l’excision patience, longueur de temps et doigté "font plus que rage, ni tapage médiatique".