L’exercice organisé en marge de la réunion de reconstitutions des ressources de l’IDA a été l’occasion d’échanges francs sur les réformes en cours dans notre pays
Ne dit-on pas que la meilleure manière de lutter contre la pauvreté c’est créer de la valeur ajoutée ? La Banque mondiale voudrait faire de cet axiome son credo en initiant un dialogue direct à cet effet avec les pays en peaufinant, ajustant, ou jaugeant les forces et les faiblesses des accords qui lient l’institution aux pays partenaires. La Journée du Mali organisée ce week-end en marge de la réunion de reconstitutions des ressources du seizième cycle de l’Association internationale pour le développement (IDA 16) procède de cette démarche. Elle a regroupé au Centre international des conférences de Bamako autour du Premier, ministre Modibo Sidibé, les membres du gouvernement et les experts de Banque mondiale conduits par la vice-présidente de la Banque mondiale, Afrique Mme Obiagueli Ezekwesili. La Journée du Mali était un échange de points de vue entre le gouvernement et la Banque mondiale sur la façon d’optimiser l’aide au développement en particulier celle de l’institution bancaire en faveur de notre pays. L’enjeu étant d’accélérer la croissance et réduire la pauvreté. Malgré les crises financières énergétiques et alimentaires de ces dernières années, notre pays a engrangé un taux de croissance de près de 5 %. Bien qu’il soit le plus élevé de la sous-région, ce taux s’avère cependant insuffisant pour étendre un bien-être acceptable à la majorité de nos concitoyens. "Notre ambition, a dit Modibo Sidibé, est de bâtir une économie forte capable nourrir les Maliens et d’exporter le surplus de productions vers d’autres pays. À cet égard, a précisé le ministre de l’Économie et des Finances, Sanoussi Touré, il a été conçu sous la direction du président de la République Amadou Toumani Touré une stratégie de croissance accélérée dont le socle est le programme de développement économique et social (PDES) et le Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté. Cette stratégie accorde une place prépondérante au développement de l’agriculture pour faire de notre pays une puissance agro-industrielle. Cette croissance accélérée nécessitera un soutien accru au développement du secteur privé, l’accroissement de l’investissement dans les ressources humaines et la poursuite du vigoureux programme d’infrastructures de base, entamé par le gouvernement. Le ministre Touré a expliqué que le Mali dans sa volonté de s’ériger en une puissance agro-industrielle a entrepris de vastes reformes structurelles, un programme gouvernemental d’aménagement hydraulique. Par ailleurs, le gouvernement a accordé une attention particulière à l’expansion des infrastructures. Ceci a permis de densifier le réseau routier national. Parallèlement, il a mis en place un mécanisme d’entretien routier et développé le réseau électrique urbain et rural. Le secteur de la téléphonie mobile a été ouvert à la concurrence. Des reformes institutionnelles ont été adoptées pour promouvoir l’essor du secteur énergétique et le développement de l’éducation. Le gouvernement a entrepris d’adapter notre université à nos besoins actuels pour en faire un véritable espace d’enseignement et de recherche pour le développement. À ce sujet, les deux ministres en charge de l’Education, Salikou Sanogo et Mme Siby Ginette Bellegarde ont expliqué la nécessité de la formation continue des enseignants et qualifiante des apprenants pour que nos écoles ne soient plus une fabrique de chômeurs. Dans ses observations, le Premier ministre a attiré l’attention de la Banque mondiale sur sa lenteur dans l’exécution de certains engagements pris de commun accord, comme c’est le cas dans le financement pour une diversification des filières agricoles porteuses. Modibo Sidibé a souligné les besoins du pays dans la transformation des produits et la recherche de valeurs ajoutées. Les experts de la Banque mondiale ont pris bonnes notes de ces observations. Toutefois ils ont déploré la multiplicité des acteurs et des approches opérationnelles dans l’agriculture. Ils ont mis l’accent sur la nécessité d’une coordination et une homogénéisation des approches opérationnelles et l’accélération des reformes institutionnelles de l’Energie du Mali. La banque a attiré l’attention du gouvernement sur l’inadéquation entre les coûts de production et le prix d’achat du kilowatt d’électricité à EDM. En outre, elle a suggéré une "subvention croisée" pour faire baisser les tarifs de l’électrification rurale. Le gouvernement s’est dit conscient de la nécessité d’instaurer cette vérité de prix. Mais il a dit tenir compte du faible pouvoir d’achat de nos concitoyens et des risques de tensions sociales. Le chef du gouvernement a promis que toutes les reformes institutionnelles en cours seront menées à terme. Mais il a demandé à la Banque mondiale d’honorer ses engagements en faveur de notre pays notamment en ce qui concerne la diversification des filières porteuses. Il est temps, a dit Modibo Sidibé, d’envisager la promotion de filières autres que celles de la mangue, de la pomme de terre, de l’échalote et de la papaye, entre autres. Le chef du gouvernement a annoncé l’organisation prochaine d’un séminaire qui fera le point des reformes institutionnelles en cours, afin de lever les obstacles éventuels à leur rapide réalisation.