Le Malien épuisé par les affres de la location se damnerait pour avoir un toit à lui. Mais le coût des parcelles et des matériaux de construction condamnent les revenus les plus modestes à passer leur vie à la merci des propriétaires.
Car jusqu’à présent, les différentes stratégies et expériences initiées par les pouvoirs publics n’ont pas donné de résultats à hauteur des attentes. Depuis quelques temps, des coopératives d’habitat se multiplient et prennent le relais. Parmi elles, celle dénommée "Siso Kanu" et installée à Baco-Djicoroni. Créée en juin 1999, elle a inauguré dimanche dernier 17 logements témoins construits dans le cadre du projet de l’Association pour le développement économique régional (ADER) en partenariat avec la Fondation Abbé Pierre (FAP) pour le logement des défavorisés. Les 17 logements en banco de terre stabilisée qui constituent désormais la "cité Abbé Pierre" sont sis à Baco-Djicoroni Hérémakono. La cérémonie d’inauguration qui s’est déroulée dans une véritable atmosphère de liesse populaire était présidée par le maire central du District Iba N’Diaye. C’était en présence de représentants de la FAP, de l’ADER et des autorités de la Commune V. Il faudrait sans doute dire quelques mots sur le fondateur de la FAP, bien que cet homme soit loin d’être un inconnu. L’abbé Pierre mène depuis 50 ans un combat quotidien en faveur des pauvres. Dans les années 1950 il s’était illustré en France par des actions spectaculaires d’occupation de maisons en faveur des sans-logis. Ces maisons squattées étaient alors appelées "cités d’urgence". Mais il faudra attendre 1989 pour voir naître sous l’impulsion de l’abbé la Fondation qui porte son nom. En 1992, elle est reconnue d’utilité publique. Son objectif est précisément de contribuer à une amélioration durable des conditions d’habitat en général et du logement en particulier pour les populations les plus démunies. Cette action s’inscrit principalement dans le cadre français, mais la Fondation a étendu également son intervention à un petit nombre de pays en développement notamment le Mali, l’Inde, Madagascar et le Brésil. Son premier programme d’action dans notre pays remonte à 1995. Il a été mené en étroite collaboration avec l’ADER. A Bamako, la Fondation œuvre aux côtés des populations de Baco-Djicoroni à travers un dispositif large qui touche le foncier (sécurisation de 82 parcelles), la construction des maisons témoins du type de celles inaugurées, l’appui au développement associatif, l’appui aux initiatives économiques de proximité. Selon le délégué général de la Fondation Michel Carnou, la coopérative Siso Kanu illustre de manière éloquente le fait que l’union des énergies et des volontés peut permettre de réaliser ce qui individuellement n’était même pas envisageable. Selon lui, ce projet établit de manière incontestable que l’on peut construire au Mali des logements de qualité à moindre coût. En effet, l’utilisation des matériaux locaux a permis d’arriver à un coût final par maison de 2,7 millions de F CFA, tout en conservant d’excellentes qualités de confort et de durabilité. Et ce n’est pas les bénéficiaires qui diront le contraire. Barthélémy Daou en est un. La gorge nouée par l’émotion il se confond en remerciement à l’endroit de la FAP et de l’ADER. "Je suis militaire, dit-il, avec ma solde, je ne pouvais même pas rêver à une maison à moi à Bamako ici. Maintenant je peux mourir tranquillement, avec la conscience que j’ai laissé quelque chose à ma famille". Siso Kanu et ses partenaires sont donc bien partis. Créée par 19 personnes, la coopérative compte aujourd’hui 117 adhérents.