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PostHeaderIcon Forum des chefs religieux : ARGUMENTS CROISÉS SUR L’EXCISION

L’Islam ne condamne ni ne prescrit la pratique, les hommes de foi demandent à être édifiés sur ses méfaits

Forum des chefs religieux : ARGUMENTS CROISÉS SUR L’EXCISION

L’excision, cette mutilation génitale féminine, continue de faire débat dans notre pays. Le forum des leaders religieux qui s’est tenu à Mopti du 29 au 31 mai sur « l’Islam et l’excision » était annoncé comme explosif du fait de l’extrême sensibilité de la question. L’impressionnant dispositif de sécurité déployé tout autour du site de l’événement accréditait cette prévision. Mais le clash tant redouté n’aura pas lieu et la raison a prévalu durant les longs et passionnants débats (parfois houleux) entre les hommes de foi. La cérémonie d’ouverture, présidée par le ministre de la Promotion de la Femme et de l’Enfant, Mme Maïga Sina Damba, s’est déroulée en présence de Mamadou Gaoussou Traoré, le conseiller aux Affaires administratives du gouverneur, et de grands érudits notamment Saïd Mohamed Mahamoud Zaïd de l’université d’Al-Alhazar d’Egypte, l’imam El Bachir Ball de Mauritanie, l’imam Abdoul Afèze Ambekema du Bénin également secrétaire aux relations extérieures du Réseau des leaders religieux africains contre les mutilations génitales féminines. Les débats ont fait apparaitre deux opinions nettement différentes. Les uns plaident pour l’abandon d’une pratique assimilée à une atteinte à l’intégrité physique de la personne dont l’inviolabilité est consacrée par la constitution. Pour ceux-ci, c’est une violation des droits de la personne humaine. Le Saint Coran, notent-ils, n’en parle pas explicitement même si la pratique n’a pas été condamnée par le prophète Mohamed (paix et salut sur lui). Les défenseurs de l’excision puisent leurs arguments et leurs références dans le Coran notamment les sourates sur l’abeille (verset 123) et sur les animaux (verset (161) et des hadith comme le "Boukhari", ceux de "Anibal" et de "Hanbal" qui font autorité dans le domaine. Certains érudits de l’islam font de l’excision une obligation, d’autres assurent que la pratique est une "sunna", c’est-à-dire tolérée par le Prophète (PSL). Un troisième groupe lui donne un caractère facultatif (qu’on la pratique ou pas l’islam n’en tient aucunement rigueur). Mais aujourd’hui tous les hommes de foi s’accordent sur la nécessité d’abandonner la pratique dès qu’elle présente des conséquences néfastes sur la santé. Selon le ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, ces assises ambitionnent d’éclairer les participants et l’opinion sur le lien entre l’excision et l’islam. Mme Maïga Sina Damba a rappelé que la sagesse africaine nous enseigne qu’il n’y a pas de mal à chercher la vérité par la preuve et l’argument. Et de préciser que le forum doit élucider définitivement le lien entre la pratique de l’excision et l’islam. Par ailleurs, elle rappelle que l’islam libère l’esprit et attribue un rang élevé à la science et aux savants. Dans leurs communications, Saïd Mohamed Mahamoud Zaïd, El Bachir Ball et Abdoul Afèze Ambekema, s’accordent à dire que le Coran ne fait nullement allusion à la pratique de l’excision même si celle-ci a été tolérée par la religion. Ils soulignent la nécessité d’aller vers l’abandon de la pratique compte tenu de ses conséquences préjudiciables sur la santé de la femme. Pourquoi l’excision est-elle préjudiciable à la santé humaine ? Le Dr Boureïma Maïga, chef du service de gynécologie-obsétrique de l’hôpital du Point G, est catégorique. Elle peut engendrer des infections pouvant conduire à l’infertilité, les hémorragies, la rupture du sphincter urétral, les dystocies obstétricales, des fistules vésico-vaginales (communication anormale entre la vessie et le vagin) entre autres. Selon le Dr Lamine Traoré, socio-anthropologue citant Réné Nelli, l’auteur de "Érotique et civilisation", l’excision était présente dans l’Égypte antique dès 5 000 ou 6 000 avant Jésus-Christ. Chez nous la mythologie bambara stigmatise la femme non excisée et l’assimile même à un porte-malheur. Celle des Dogons stipule qu’une femme non excisée n’est pas fertile. À en croire la socio-anthropologie, l’excision était aussi pratiquée par les communautés afin d’initier la jeune fille à la vie d’épouse mais aussi de lui enseigner le savoir-vivre et le savoir-être. Selon des études récentes, 84 % des femmes ont été excisées avant d’atteindre 19 ans. Le forum de Mopti a brisé le tabou sur le lien entre l’islam et l’excision. Une déclaration dite de Mopti a sanctionné les travaux. Dans ce document, les hommes de foi se félicitent du climat serein qui a prévalu dans les débats et rappellent les trois appréciations de l’islam sur l’excision. Ils reconnaissent que l’islam prône le respect du corps, de la religion, des biens de l’âme aussi bien pour l’homme que pour la femme. La religion ne tolère donc pas les pratiques traditionnelles et initiatiques qui portent préjudice à la santé humaine. La déclaration invite au dialogue constructif sur la question de l’excision, condamne les formes sévères d’excision et recommande la modération dans les prêches et conférences sur la question. Rappelons que le forum de Mopti a été organisé par le Programme national de l’abandon de la pratique de l’excision (PNLE) en collaboration avec des partenaires techniques et financiers notamment l’Unicef, Plan Mali, Population service international (PSI), l’Aide à l’église norvégienne (AEN), Helvetas, etc.