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PostHeaderIcon Forum de Bamako : LES LIMITES DES ETATS AFRICAINS A LA LOUPE

Avec toutes les crises que connaît le continent, les Africains ont commencé à s’interroger sur des maux communs à de nombreux pays : leur fragilité, leur faiblesse, leur faillite économique politique et sociale

Forum de Bamako : LES LIMITES DES ETATS AFRICAINS A LA LOUPE

Les travaux de la 12ème édition du Forum de Bamako se sont achevés samedi par une audience accordée par le chef de l’Etat aux panélistes au palais de Koulouba (voir article ci-contre). Auparavant, la conférence s’était notamment penchée au deuxième jour de son agenda sur un thème d’une grande actualité : « La faillite des Etats africains, 50 ans après les indépendances ».  Le thème a été développé par Martin Ziguélé (ancien Premier ministre centrafricain), Ousmane Sy (ancien ministre de l’Administration territoriale) et Moussa Mara (maire de Commune IV du District de Bamako). Le premier conférencier, Martin Ziguélé, a lui rappelé que les graves événements que l’Afrique a vécus en 2011, notamment les crises politiques ivoirienne, tunisienne, égyptienne puis libyenne poussées à leurs paroxysmes ont créé des impacts psychologiques très profonds dans notre conscience collective et de la perception que l’Africain moyen avait jusque-là de la chose publique et de son premier gestionnaire : l’Etat post-colonial. Avec ces crises, a ajouté l’ancien Premier ministre centrafricain, les Africains ont commencé à s’interroger ouvertement et publiquement sur des maux communs à de nombreux Etats du continent : la fragilité, la faiblesse, la faillite économique politique et sociale de plusieurs Etats africains postcoloniaux. Comment en sommes-nous arrivés là plus de 50 années après les indépendances ? Que faire pour que les Etats africains sortent de cette situation de fragilité ontologique pour exister, être présents à tout moment et pour répondre aux aspirations les plus légitimes de toute la communauté nationale au bien-être et à la sécurité ? Ce sont là quelques unes des questions auxquelles Martin Ziguélé a tenté de donner des pistes d’éclairages. Selon lui, l’Afrique est le continent où l’on dénombre le plus grand nombre d’Etats défaillants en 2011 de la planète. Le « continent noir » a failli en voulant stéréotyper des modèles de développement qui lui sont totalement étrangers. Ce classement est établi à partir de 12 indicateurs dits de vulnérabilités dont les plus importants sont la pression démographique, les mouvements massifs de refugiés, les cycles de violences communautaires et l’exode chronique et soutenu. Pour sortir du cycle infernal de la pauvreté, Martin Ziguélé pense que les actions à mener doivent être politiques, économiques et géostratégiques. Il s’agira principalement de reconstruire des Etats forts et crédibles dotés de gouvernements légitimes avec l’appui déterminé de la communauté internationale. Selon lui quand un Etat n’est pas en mesure d’assurer la protection de ses propres citoyens, il devient une source d’instabilité et une menace pour ses voisins. C’est pourquoi le conférencier estime qu’il faut construire des Etats légitimement forts pour faire triompher les valeurs démocratiques universellement admises. Il faut aussi aider à créer un environnement économique favorable aux investissements privés et mobiliser les moyens pour faire aux menaces internes et externes comme les intégrismes religieux et les systèmes mafieux. Le second conférencier, Ousmane Sy, a, lui soutenu que notre pays ne manque pas d’atouts pour son développement. La jeunesse de sa population, ses ressources naturelles, son potentiel culturel et sa diaspora présente et entreprenante sur tous les continents sont de ces atouts, a-t-il révélé. Mais l’ancien ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales juge que l’Etat semble désarmer face à sa mission de régulateur de l’espace public et d’organisateur de la délivrance du service public. La faiblesse des administrations publiques et leur incapacité persistante à mobiliser les ressources du pays et à les utiliser judicieusement pour le bien être des populations ont fini par ôter toute crédibilité aux institutions publiques. La persistance, voire l’exacerbation de tous ces faits près de 5 décennies d’indépendance révèle une crise profonde de l’action publique qui implique que nous osions ouvrir un débat de fond sur la question de l’Etat, a dit Ousmane Sy. Selon Moussa Mara, l’Etat trouve son fondement dans la satisfaction des usagers en rapport avec ce qu’ils ont bien voulu abandonner de leur souveraineté individuelle pour le confier à la collectivité et garantir ainsi l’harmonie au sein du groupe. L’Etat efficace est celui qui parvient à remplir convenablement sa part du projet étatique et donc à accroitre le sentiment d’appartenance du citoyen favorisant le renforcement ou l’apparition d’une identité nationale. "Il n’est pas d’Etat plus moderne que celui qui s’organise et fonctionne pour répondre aux attentes des citoyens et qui est pétri dans les valeurs de la société qu’insert sans tourner le dos à ce qui se fait de bien ailleurs", a analysé, Moussa Mara. C’est aussi en cela que la plupart des Etats africains ont failli.