Selon les chercheurs de l’IRD, l’abaissement du niveau du fleuve est dû au prélèvement excessif de sable et de gravier pour les besoins de l’extension de la ville de Bamako
L’ensablement du fleuve Niger est une préoccupation essentielle de l’État. Depuis plusieurs années, des efforts soutenus sont déployés pour empêcher le déversement de quantités importantes de sable dans le cours du fleuve et qui peuvent entraver la navigation à certains endroits. Sur son parcours en aval, le Niger est encadré sur une longue distance par des dunes de sable. La présence de ces dunes constitue un danger pour la vie du fleuve. C’est pourquoi, l’État a mis en ouvre différents programmes et projets en vue de fixer ces dunes de sable dans la partie septentrionale de notre pays. Dès lors, la meilleure façon de lutter contre l’ensablement du Niger ne serait-elle pas d’extraire le sable de son fond ? Certains experts soutiennent que cette solution est incorrecte. La thèse défendue par les scientifiques de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) est de ne pas extraire le sable. Ils affirment que l’équilibre du fleuve Niger est perturbé par les « pêcheurs de sable ». Selon eux, le lit du Niger se creuse d’année en année. Les chercheurs de l’IRD décrivent ce phénomène, contraire à l’idée établie d’un ensablement du fleuve. Cet abaissement du niveau du fleuve est dû, selon eux, au prélèvement excessif de sable et de gravier pour les besoins de l’extension urbaine de la ville de Bamako et les grands travaux d’aménagement aux alentours (barrages, ponts, etc.). En effet, les statistiques ont répertorié 60 sites d’extraction et de stockage du sable le long du fleuve. La filière emploierait aujourd’hui 15 000 personnes. L’ablation annuelle du lit serait aujourd’hui de l’ordre de plusieurs centimètres. Les conséquences de cette activité se résument à la déstabilisation des ponts et autres aménagements, la baisse du niveau du fleuve, la difficulté d’accès à l’eau, la réduction de la productivité de la pêche. A en croire les chercheurs de l’IRD, si rien n’est fait, dans les années à venir, la construction de nouveaux ouvrages sur le Niger fait craindre une accélération du phénomène. Si en aval de son delta intérieur, le fleuve est effectivement soumis à la progression de cordons dunaires sous l’effet de la dynamique éolienne, le phénomène n’est pas avéré sur le cours supérieur. Au contraire, les travaux de recherche menés depuis 2007 par des hydrologues de l’IRD et leurs partenaires viennent de révéler que le lit en amont du Niger se creuse, du moins sur sa partie malienne. Les témoignages de riverains, l’évolution de la courbe de tarage de la station hydrométrique de Koulikoro, l’une des plus anciennes d’Afrique de l’ouest, ainsi que les observations topographes mettent en lumière un abaissement du profil. Cette incision dans le lit du fleuve, toujours selon les scientifiques de l’IRD, est liée au prélèvement excessif de sable et de gravier servant de matériaux de construction, notamment pour l’extension urbaine de la ville de Bamako.
Diminution de l’apport en sédiments. De fait, la population de la capitale malienne a plus que décuplé en un demi-siècle. Elle est passée de 130 000 habitants en 1960, à 1 million d’habitants en 1988 et à 1,8 million d’habitants en 2009. Ceci favorise la pression des activités le long du fleuve Niger sur environ 150 kilomètres à proximité de Bamako. La possibilité d’exporter le sable et le gravier prélevés, par des routes et des pistes proches du fleuve, ont facilité le développement de cette activité. En période d’étiage, lorsque les berges sableuses sont émergées, des camions bennes effectuent des prélèvements par chargement direct, manuel ou mécanique. Ainsi, entre 15 et 20 millions de mètres cubes de sable auraient été extraits du fleuve de 2000 à 2006 entre Kangaba et Koulikoro, en amont et en aval de l’agglomération de Bamako. Soit une ablation annuelle de l’ordre pluri-centimétrique. A ces prélèvements s’ajoute une baisse des apports sédimentaires liée à la présence de barrages en amont de la capitale, véritables « pièges à sédiments », de digues et de routes. Tous ces aménagements entravent le cheminement de l’eau. Ils font obstacle ou freinent les écoulements. Ils ont un impact sur le régime hydrologique du Niger et par conséquent, sur les flux de matière solide des affluents du fleuve, indiquent les chercheurs. Ainsi, avec le barrage hydroélectrique de Sélingué sur le Sankarani, près d’1/4 du bassin versant ne participe plus à l’alimentation du fleuve en sédiments. Or, cet apport est déjà naturellement très faible du fait d’une végétation dense, d’une faible densité de population et donc, d’une tendance modérée au déboisement qui limite le ruissellement. Par ailleurs, les prélèvements sur les berges et dans les plaines de débordement ont un coût écologique et agricole important. Le sapement et l’incision peuvent aussi mettre en péril des ouvrages d’art comme les ponts, les digues, les quais, etc. Du point de vue hydrologique, le creusement du lit entraine, à débit égal, un abaissement de la ligne d’eau du fleuve. D’où, à terme, une moindre fréquence des débordements dans les plaines alluviales, avec des conséquences importantes en termes d’agriculture, une diminution de la recharge des nappes phréatiques et accès plus difficile à l’eau de pompage lors des étiages. Sur le plan écologique, les pratiques de collecte de sable et de gravier augmentent la turbidité des eaux et perturbent les peuplements de poissons. Ils ont de fortes répercutions sur la productivité piscicole. En outre, la ressource en sable, bien qu’économiquement facile à exploiter, n’est pourtant pas inépuisable. Tôt ou tard, l’industrie du bâtiment devra prendre en compte cette donnée. L’impact des profondes modifications de la morphologie du Niger supérieur sur la piscicole et sur l’agriculture et plus généralement sur l’écosystème fluvial est préoccupant dans un pays comme le notre, dont les ressources économiques sont faibles. L’expansion urbaine qui se poursuit, et la réalisation de nouveaux aménagements sur le Niger supérieur tel que le barrage de Fomi en Guinée (d’un réservoir 3 fois supérieur à celui de Sélingué) font craindre une accélération du phénomène.
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LE PROJET « NIGER -LOIRE » ET L’IRD METTENT EN GARDE CONTRE LA MENACE SUR L’EQUILIBRE du fleuve Niger
Les hydrologues du projet << Niger –Loire » gouvernance et culture, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et leurs partenaires mènent depuis 2008 des études sur l’extraction de sable dans le cours du fleuve Niger. Cette activité risque d’aboutir au dysfonctionnement du légendaire Djoliba. Les responsables de ces deux structures ont organisé, vendredi dernier, une conférence de presse. La causerie s’est déroulée dans la salle de conférence du bureau multi pays de l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) à Hamdallaye ACI 2000. Les animateurs ont présenté les résultats de leurs travaux aux journalistes. La conférence de presse était animée par Bandiougou Diawara, coordinateur du Projet" Niger-Loire" et Luc Ferry, directeur de recherche à l’IRD et hydrologue. Le bureau multi pays de l’UNESCO, était représenté par Mme Rokia Bâ. Les études posent la problématique de l’équilibre du fleuve Niger menacé par les exploitants de sable dans notre pays. Elles ont pour objectifs de promouvoir la connaissance et les pratiques de sauvegarde du fleuve Niger. Le budget des travaux de recherche sur les dommages causés au Niger au Mali se chiffre à environ deux milliards Fcfa (03 millions d’euros). Il est cofinancé par l’Union européenne à hauteur de 75%. Le coordinateur du projet" Niger-Loire" a situé la rencontre avec la presse dans le cadre d’une meilleure connaissance du fleuve Niger. Ce fleuve est un patrimoine culturel du Mali et de l’Afrique. Selon, Bandiougou Diawara, la connaissance des risques liés au désensablement du fleuve permet d’anticiper sur les travaux d’aménagement du fleuve. Le directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, Luc Ferry a reconnu que la moitié des concessions de Bamako est sortie de la terre, singulièrement du sable. L’activité d’extraction du sable, a-t-il précisé, continue à s’accentuer et prendra de l’ampleur. Depuis 1982, des levées topographiques, des observations hydrologiques ont été menées. Ces études, a affirmé le conférencier Luc Ferry, montrent que la construction des digues, des barrages aggravent l’écoulement du sable dans le fleuve. L’extraction du sable entre Bamako et le Sankarani a changé toute la diversité du fleuve. C’est un problème suffisamment grave qu’il faut prendre en compte. L’absence de solution peut provoquer l’érosion et changer la morphologie du fleuve du Niger a précisé, le directeur de recherche de l’IRD. Luc Ferry a soutenu que l’urbanisation et l’accroissement de la population du district de Bamako en sont les principales causes du désensablement du Fleuve. Le projet " Niger-Loire" est né en 2005 par la charte Loire-Niger signée à Angers en France. Il s’appuie sur une coopération de" Fleuve à fleuve". Au Mali, le projet lie le fleuve Niger, 4200kms dont 1700 au Mali ( 3ème plus grand fleuve d’Afrique, après le fleuve Nil et Congo) et la Loire, 1020kms (le plus long fleuve de France ) d’où son nom projet" Niger -Loire". Il s’est fixé comme mission de contribuer à la sauvegarde du fleuve Niger à travers la mobilisation, la sensibilisation, la formation des collectivités locales et les populations riveraines du fleuve Niger. Sidi Y. WAGUé