SOCIETE

PostHeaderIcon Fait divers : UNE PASSION MEURTRIERE

Mécontent des interventions du cousin de son adversaire dans une partie de jeu de dame, Ousmane Keita n’a pas hésité à tuer ce dernier

Fait divers : UNE PASSION MEURTRIERE

Tous les jeux, en plus du côté ludique, recèle une forte dose de passion. Elle conduit souvent à l’abandon de la morale, du comportement fair-play qui constitue la règle d’or, la trame de tous les sports et de tous les jeux. Les jeux et les sports ont pour vocation de distraire d’abord et d’éduquer par la suite. Dans nos sociétés, tous les jeux et les sports ont longtemps servi à cimenter les rapports entre générations, à former l’homme sur le plan physique et moral, à l’aider à donner un sens à sa vie. Mais de nos jours, les sports et les jeux sont petit à petit détournés des objectifs premiers pour laisser place à une overdose d’adrénaline. Ce qui nous servait à tuer le temps autrefois s’est transformé en une source de gain. Nos contemporains, au lieu de « jouer le jeu » comme il se doit, n’hésitent pas à lui donner un sens différent. Cette déviation conduit à des compétitions où le fair-play (l’étalon or du jeu) laisse place à la haine, à la rancœur, à l’esprit de vengeance. Certaines joutes ludiques débouchent souvent sur un conflit violent entre joueurs. Les conséquences en sont imprévisibles. Notre histoire du jour tourne autour d’une partie de jeu de dames. Elle s’est terminée par un meurtre. Les jeunes lycéens d’une école privée de Korofina-Nord se retrouvent pendant leur temps libre, non loin de l’établissement, pour jouer au damier. Les parents comme les enseignants ont toujours perçu ce regroupement des jeunes gens autour d’un jeu cérébral, comme un comportement sain. Certains enseignants et même des parents n’hésitaient pas, de temps en temps, à aller jeter un coup d’œil sur le groupe pour tester les performances des adversaires. Mais personne n’avait prévu la tragédie qui allait survenir le 9 décembre dernier. Il était 18 heures ce jour. Les classes étaient fermées. Tout le monde s’apprêtait à renter chez soi ou à faire une dernière course avant la nuit ferme. Malgré une fraîcheur pénétrante, un groupe de lycéens se rassembla sur quelques bancs laissés en rade sous l’arbre qui se dresse derrière la cour. Les jeunes débutèrent une intéressante partie de jeu de dame. En effet, deux des meilleurs joueurs s’étaient affrontés dans une partie captivante. Ousmane Keita et Fassara Kouyaté tous deux en classe de terminale entendaient jauger leurs connaissances réciproques avant de rentrer à la maison. Parmi les curieux et les supporteurs se trouvait un cousin de sang de Fassara Kouyaté, un certain Makan Kouyaté. Ce bon connaisseur des arcanes du jeu de dames avait un grand défaut. Il ne pouvait jamais assister à une partie sans influencer le jeu des joueurs. Ce jour, la partie se jouait entre Ousmane Keita et Fassara. Le bavard Makan comme à ses habitudes, fut tenté de donner un petit coup de pouce à son cousin, qui était sur le point de perdre le match. Cette intrusion ne fut pas du goût de Ousmane. Il n’hésita d’ailleurs pas à le faire savoir à Makan qui ne prit pas au sérieux la remarque faite par Ousmane. Des camarades accoudés sur des bancs ou prostrés conte les murs de la cour de l’école firent le même reproche à Makan. « Il était têtu comme une mule. Il était intervenu à plusieurs reprises dans la partie. Tout le monde avait tenté de lui faire raison garder et de le dissuader de ne plus intervenir dans les phases décisives. Ses commentaires intempestifs feraient sûrement perdre Keita », a rapporté un témoin de la scène. Malgré tout, le jeune homme continua à influencer la partie en faveur de son cousin qui finira par avoir le dessus sur son adversaire et challenger. A la troisième manche, au moment même où Fassara voulut pousser un pion qui aurait donné l’avantage à Ousmane, Makan intervint et le fit faire changer de décision. Il lui indiqua un autre pion qu’il estimait être le meilleur à déplacer. Cette fois c’en était trop pour Ousmane. Il perdit son contrôle et faucha les pieds de Makan qui tomba lourdement à terre. Ousmane dont la rage monta brusquement, sauta sur lui et se mit à lui donner des coups de pied sur toutes les parties de son corps. Il a fallu toute l’énergie des spectateurs pour extraire Makan des charges violentes du furieux Ousmane. Ce dernier bavait de rage et proférait des injures à l’endroit du cousin de son adversaire. Lorsque Makan avait été extrait de la poussière et des griffes de Ousmane, il respirait à peine. Il avait des boursoufflures sur tout le corps et visiblement il souffrait d’une hémorragie interne. Le proviseur était intervenu pour séparer les deux combattants. Il comprit très vite que Makan se sentait très mal. Le responsable du lycée le conduisit à l’hôpital Gabriel Touré de Bamako. Sur les lieux, les spécialistes réalisèrent la gravité du cas et envoyèrent le malade aux urgences. Makan reçut des soins très intenses. Malgré tout, toute la nuit il n’arrêta pas de se plaindre de douleurs atroces qu’il ressentait à l’estomac. Au milieu de la nuit, il commença à vomir du sang. Les infirmières de garde signalèrent la dégradation de l’état de leur patient. Le docteur appelé à la rescousse leur fit remarquer que le cas était désespéré. Le 10 décembre dernier, vers 11 heures du matin le jeune homme rendit l’âme. Dans le certificat de décès établi par les médecins du centre universitaire Gabriel Touré, il est clairement dit que le jeune homme est mort d’une « hémorragie cérébrale. » Le lendemain, Ousmane Keita a été conduit au commissariat de police du 6e arrondissement de Korofina Nord. Il a été aussitôt pris en charge par l’inspecteur divisionnaire Moussa Diarra, chef de la section brigade de recherche et de renseignements. Devant cet officier de police judiciaire très expérimenté, le jeune lycéen de 20 ans reconnut les faits d’avoir porté de violents coups sur la personne de Makan Kouyaté. Il expliqua qu’il était sous l’effet de la colère. « Makan ne voulait pas me laisser gagner contre son cousin. Il intervenait sans cesse pour le guider. Cela m’a mis hors de moi-même et je regrette de mettre mis en colère. Je me mets à la disposition de la justice. Je ne veux plus rien à ajouter ». Puis il signa en bas de son nom la dernière page de son procès verbal d’audition. Le jeune meurtrier a été transféré au tribunal de la Commune I. Il a été mis sous mandat de dépôt.