Ce malfrat file toujours, comme une anguille, entre les doigts des agents sur le point de l’arrêter
Les policiers d’une patrouille sectorielle du commissariat de police du XIIe arrondissement sont tombés, dans la nuit du mardi à mercredi dernier, sur un groupe de délinquants. Les hors-la-loi étaient en train de piller une grande boutique au marché de Boulkassoumbougou (voir l’Essor n°16730 du 8 juillet 2010). Une fusillade a éclaté entre les forces de l’ordre et les malfaiteurs. Les gangsters au nombre de six gaillards, selon nos sources, avaient tenté de prendre le large emportant leur butin de marchandises diverses. L’échange de tirs a fait un blessé parmi les bandits. Nous rapportions dans notre parution du lundi 12 juillet que l’un des membres de la bande avait été touché grièvement à la tête. Il avait été arrêté et était entendu dans les locaux du commissariat du XIIIe arrondissement. Ce marginal se nomme, Souleymane Papa Diarra. Il n’a pas été avare en révélations. Il a vite tourné casaque comme tous les malfrats : il n’allait pas tomber seul. Aussi, a-t-il dénoncé ses complices. Ils sont au nombre de quatre. Le "Diarraké" bandit a dévoilé le modus operandi du gang et les adresses respectives des mauvais garçons. Des renseignements obtenus de Papa Diarra, il ressort que Bassidiki Touré est sans doute le cerveau de la bande. « C’est lui qui nous livre les armes avant chaque opération. C’est chez lui aussi qu’est stocké le butin. (...). Nous avons opéré plusieurs fois depuis son retour de Bla d’où il s’est échappé de la prison locale ». Dans édition du lundi, nous avions aussi rapporté que Bassidiki Touré " était en prison à Koulikoro avant d’être transféré à Bla. Pourquoi ce transfert d’un grand malfrat dans une localité où la prison est en banco et dont le service de sécurité est rudimentaire ? C’est la question que se pose un policier qui a bien connu le bandit. « Au niveau de la police et certainement de la gendarmerie, nous ne trouvons pas logique le transfert de ce bandit de Koulikoro à Bla. La prison de Koulikoro est l’une des mieux sécurisées du pays. Tous les bandits qui s’y trouvent n’ont aucune chance de s’évader ». Mais pour le policier qui a requis l’anonymat, il y a une raison inavouée dans ce transfert. « Tout le monde sait que là-bas (Koulikoro, ndlr) il ne peut pas s’échapper, même si c’est un bandit protégé. Pour s’en convaincre attendons son arrestation. Ce jour-là une pluie de coups de téléphones va tomber de partout pour demander de lui trouver une porte de sortie. Quelle autre solution existe-t-il pour neutraliser un bandit aussi dangereux ? », s’interroge notre inspecteur. Un autre agent qui a participé à une opération policière au cours de laquelle le caïd avait été mis hors d’état de nuire se rappelle : « le lendemain, notre téléphone n’arrêtait pas de sonner. Et à chaque appel, on nous demandait de voir comment "arranger l’affaire". « À l’époque témoigne un autre inspecteur, notre commissaire avait dit niet. Il nous a demandé de vite finir la procédure et de déférer le nuisible Bassidiki au parquet. C’est ce que nous avons fait et Bassidiki s’est retrouvé en taule ». Mais pas pour longtemps. En effet, les agents sur le terrain l’ont reconnu lors de deux opérations : la bande a abandonné deux véhicules. Tous les policiers de la capitale connaissent cette anecdote. « Nous pouvions mettre la main sur lui. Mais certains chefs ne voulaient pas coopérer. Chacun cherchait à réussir le coup d’éclat qui fait avancer en grade ou qui donne droit à une médaille », explique l’inspecteur. Le policier est convaincu qu’au sein même du corps, il y a des agents qui sont de mèche avec le bandit. « Je refuse d’accepter l’échec d’une opération policière bien mûrie. Je me demande si au sein de la police, il n’y a pas eu sabotage ». En clair, Bassidiki posséderait, selon cet officier de la police nationale qui jouit de plusieurs années d’expérience, de solides complicités parmi les policiers. Pour étayer ses affirmations ce policier raconte une anecdote suffisamment révélatrice. « Au cours d’une patrouille, des jeunes nous ont indiqué une maisonnette abandonnée. Bassidiki s’y trouverait avec une fille de joie ramenée de la ville. Mais au moment où nous arrivions sur les lieux, il s’était volatilisé. La fille surprise dans sa tanière a révélé que l’oiseau s’était envolé après avoir reçu un coup de téléphone. Le truand était parti précipitamment. Elle ajouta que le truand avait payé ses services sans la consommer. Cette nuit nous avions tous la conviction qu’il y avait une taupe parmi nous. Mais qui accuser ? » Nos trois interlocuteurs du jour sont unanimes que le bandit bénéficie d’un autre genre de complicité. La population refuse de dénoncer des individus suspects qui vivent en son sein. Il est évident qu’une personne qui passe la journée cloîtrée dans sa chambre pour ne sortir que la nuit est suspecte. À moins d’avoir, un travail de nuit connu de tous. Une telle personne est un bandit, un revendeur ou une prostituée. « Les gens peuvent dénoncer des cas de ce genre. Nos services vont s’employer à identifier la personne et l’activité qu’elle mène. Si cette activité n’est pas illicite, la personne reviendra chez elle sans se faire de soucis. Dans le cas contraire, nous allons l’entendre sur P.V. et l’envoyer devant le procureur de la République. Nous pouvons aussi surveiller le suspect de loin pour savoir exactement ce qu’elle fait », a expliqué l’officier. Le protecteur de la loi a conclu en ces termes : « Bassidiki et sa bande vivent parmi nous. Si nous ne faisons rien, ils frapperont encore. Mais où ? ».