Menacée par son mari de la répudier et de la remplacer par une autre, Maïmouna Djiba n’eut d’autres alternatives que de le tuer. De manière très cruelle
Mme Célestine Dombwa, le commissaire principal du 14e arrondissement peut être satisfaite de son personnel. Une semaine après la découverte d’un cadavre placé dans un double sac en polypropylène déposé entre les ateliers de l’entreprise chinoise Covec et la place CAN, une équipe dirigée par le commissaire Abdoulaye Djiré, chef de la section P.J. a mis la main sur l’auteur de l’assassinat. Il s’agit d’une femme sénégalaise, qui n’est autre que l’épouse légale de la victime. Ce dernier également Sénégalais avait eu le tort de vouloir prendre une seconde épouse de nationalité malienne. L’enquête a été rondement menée par les limiers du commissaire Dombwa. Le 4 octobre aux environs de 7 heures, un informateur avertit la police de la présence d’un sac abandonné devant les locaux de l’entreprise Covec, non loin de la place CAN à Lafiabougou. Selon toutes vraisemblances, le colis contenait un individu, apparemment, sans vie. Une équipe d’intervention dirigée par le commissaire de police Abdoulaye Djiré, chef de la section police judiciaire du commissariat s’est rendue sur les lieux pour constater et avoir le cœur net sur le contenu de l’emballage. Sur place, la découverte macabre était établie. Un homme sauvagement abattu et soigneusement nettoyé du sang écoulé de ses multiples blessures, était ligoté et placé au milieu d’un tas de tissus neufs et de vieux chiffons. L’emballage avait l’aspect d’une balle de friperie confectionnée avec deux sacs plastiques. Ces sacs avaient été savamment cousus pour pouvoir contenir des bagages à déménager. Après le constat d’usage, les policiers ont été rejoints sur les lieux par une équipe de la Protection civile, le médecin légiste du centre de référence de santé de la commune IV du District de Bamako et le président de la délégation spéciale de la mairie de la commune IV du District de Bamako. Dans le colis défait devant une foule de curieux, il a été découvert « un homme de teint clair, âgé d’environ 40 ans, mesurant 1,85 m de taille. Il était ligoté des pieds et des mains et avait une plaie béante au niveau du front et des blessures sur la tête. Selon le médecin légiste, la mort de l’individu remonterait à environ 48 heures », rapporte le commissaire Djiré, dans son compte rendu à sa hiérarchie.
UN MATELAS TACHETE DE SANG. Le constat terminé, la dépouille mortelle a été transportée par le service funèbre de la voirie du District de Bamako à la morgue de l’Hôpital Gabriel Touré pour identification. Le mort a été identifié comme étant Bakary Pathé Mané, né en 1972 en Casamance, dans le sud du Sénégal. De nationalité sénégalaise, marié et père de deux enfants, il était tailleur et résidait, avant sa mort à Banconi-Razel près du marché. Cette identification faite, une enquête a été ouverte au niveau du commissariat de police du 14è arrondissement de Bamako. Le commissaire de police Abdoulaye Djiré a été chargé de la diligenter. À partir du téléphone du défunt, les limiers ont pu retracer le film de ses communications. Des perquisitions menées par l’équipe du commissaire Djiré au domicile de Mané ont permis de reconstituer la scène du crime et de saisir les preuves et indices (un matelas tacheté de sang), de retrouver des objets contondants et un pilon utilisés pour commettre le crime. La femme de Mané ne pouvait plus échapper. De forts soupçons pesaient sur elle que les limiers vont exploiter à fond. Comme un crime n’est jamais parfait, la dame auteur de la mort de son mari a soigneusement lavé, rincé et exposé au soleil les couvre-lits sur lesquels le défunt a trouvé la mort. C’était le dimanche aux environs de 10 heures. Ces informations seront obtenues après une audition des collaborateurs, amis et membre de la famille du mort. L’épouse du défunt au cours de son interrogatoire a reconnu avoir entretenu des relations extra conjugales. Elle a déclaré avoir fait ces révélations à son défunt mari, qui ne cessait d’envoyer des messages violents à ses amants. Cette situation a créé un climat familial invivable. C’est dans ces circonstances que Mané a pris l’initiative d’épouser une seconde femme, de nationalité malienne. Cette dernière lui a donné un garçon. Depuis qu’il a déclaré à sa femme son intention de prendre la mère de son enfant comme épouse, le tailleur a cessé de manger en famille. Il sortait toutes les nuits à partir de 19 heures pour se rendre chez sa présumée fiancée. Il ne rentrait que tard dans la nuit. Dans la nuit du samedi au dimanche 03 octobre, Boubacar Pathé Mané, après avoir pris congé de sa fiancée aux environs de 23 heures 15 minutes est rentré chez lui à Banconi-Razel. Quand il est arrivé chez à la maison, il a appelé sa fiancée pour lui dire qu’il est bien arrivé à destination et qu’il était en train de suivre une émission à la télévision. Cette communication terminée, il se serait mis à faire des remontrances et à proférer des injures grossières à l’encontre de son épouse. Il aurait déclaré à celle-ci avoir obtenu toutes les preuves relatives à son infidélité. Il allait non seulement se remarier et mais il la répudiera. Selon les déclarations de la femme assassine à la police, lorsqu’elle s’était mise à table après 48 heures d’interrogatoire, la dispute avait dégénéré en altercation. Le mari défunt aurait commencé à lui donner des coups. Pour se défendre, elle s’était saisie d’un pilon et d’une machette pour se protéger. Elle avait porté des coups sur sa figure au niveau du front.
UN PILON ET UNE MACHETTE. La meurtrière, Maïmouna Djiba, reviendra sur cette première version pour donner une autre plus plausible. Après l’altercation, Mané serait entré dans les toilettes intérieures de leur appartement pour se soulager. Très remontée contre lui, son épouse Djiba, se rendit à la cuisine pour s’emparer d’un pilon et d’une machette. Elle alla se poster à la sortie de la cabine d’aisance. Lorsque son mari sortit la tête, elle l’assomma au moment où l’homme essuyait sa tête avec une serviette. Il tituba un moment avant d’aller s’écrouler sur le lit conjugal. Elle continua à le battre jusqu’à ce que mort s’en est suive. Elle traîna ensuite le cadavre dans les toilettes intérieures avant de nettoyer toutes traces de sang dans la maison. Elle fera appel plus tard à son amant, Roger Kollo Kourouma, pour l’aider à se débarrasser du corps. Ce dernier qui possède un véhicule se serait immédiatement précipité à Banconi-Razel pour attendre la femme adultère à 200 m du domicile conjugal. C’était le dimanche aux environs de 9 heures. Maïmouna et Kourouma se sont rencontrés à leur lieu habituel de rendez-vous. « Je me suis débarrassé de lui une fois pour toutes. Il va falloir que tu m’aides à dissimuler le corps », lui aurait-elle dit. Après un échange d’idées sur la manière de faire, Roger Kollo Kourouma aurait catégoriquement refusé de transporter le corps dans son véhicule. Mais il a suggéré à son amante de faire recours à un taxi. C’était de lui aussi que serait venue l’idée d’enfouir le corps dans des sacs de riz pour le déposer à l’ACI 2000, près de la place CAN. Maïmouna Djiba aurait suivi les conseils de Roger Kollo Kourouma. Elle a fait appel à un tailleur ambulant pour coudre ensemble deux sacs de riz vides. Une fois le corps enfui entre des morceaux de tissus et des vieux habits, la tueuse a chargé un jeune garçon de 14 ans de lui chercher un taxi. Aidé de la femme, le taximan chargea le colis sans douter du contenu. Arrivé à destination, il débarqua Djiba et son bagage, sous l’œil de l’amant qui les suivait à distance. L’épouse assassine, sûrement chagrinée et prise de remords ne parvenait pas à quitter corps de son mari. Elle restera près de deux heures auprès du colis encombrant. L’amant Roger parvint à la convaincre de rentrer à la maison. Il lui aurait promis de s’occuper du reste. Il était 18 heures. Maïmouna Djiba emprunta un minibus pour se rendre au Rail Da. À partir de cette escale, elle prit un autre minibus pour regagner son domicile. Le complice actif Roger quittera les lieux immédiatement après le départ de la femme. Il la retrouva le soir pour se faire raconter le film des événements. Au passage de notre équipe, jeudi le couple était en garde-à-vue au commissariat de l’ACI 2000. Les amants n’auront plus le temps de planifier ensemble un dessein sombre dans un avenir immédiat.