Alors que les affrontements se poursuivent dans le nord de notre pays, la situation humanitaire des déplacés s’aggrave sur fond de crise alimentaire, constate un communiqué du Comité international de la Croix Rouge.
Le CICR estime à au moins 60 000, le nombre de personnes maintenant déplacées à l’intérieur du Mali et à plus de 22 000 celles qui ont trouvé refuge au Niger. « Dans le nord du Mali, toutes ces personnes qui ont abandonné leurs maisons, leurs champs, perdu leur bétail et leurs activités quotidiennes, sont désemparées », explique ainsi Juerg Eglin, le chef de la délégation régionale du CICR pour le Mali et le Niger. « De nombreuses familles vivent sous des arbres ou en plein air, certaines avec des enfants en bas âge, des femmes enceintes ou des personnes âgées. Des femmes et des enfants ont été traumatisés par les combats. De plus, les déplacés ont de la peine à se ravitailler. » Le constat est le même partout où se sont rendues les équipes du Comité international de la Croix-Rouge et de la Croix-Rouge malienne ces derniers jours : Ménaka, Aguelhoc, Tessalit, Inhalid, Niafunké et Léré. Ces déplacements massifs, rappelle le communiqué, interviennent alors que le nord du Mali et l’ensemble de la région sahélienne font face à une situation alimentaire précaire, à cause notamment des mauvaises récoltes. L’approvisionnement des marchés est limité, ce qui provoque une hausse des prix des produits de première nécessité, fragilisant ainsi la situation de dizaines de milliers de personnes (lire la synthèse du premier communiqué du CICR dans l’Essor du 14 février). Particulièrement dans la zone de Ménaka (région de Gao), note le CICR, les populations déplacées sont confrontées au manque d’eau et à la pénurie de pâturages. Cette situation risque de créer des tensions autour de ces ressources, l’élevage et l’agriculture étant les principales activités de subsistance. Le CICR qui dispose d’un bureau à Gao et mène également des opérations depuis Kidal et Tombouctou, indique que dans la région de Kidal et le cercle de Ménaka, les combats l’ont obligée à suspendre une vaste campagne de vaccination et de traitement du bétail démarrée en décembre 2011. Ce programme se poursuit « tant bien que mal » dans les cercles de Gao, Bourem, Ansongo, Tombouctou et Gourma Rharous. Le CICR annonce que les 11 et 12 février, 4 200 personnes qui avaient fui les combats à Aguelhoc, dans la région de Kidal, ont reçu une aide alimentaire d’urgence. D’autres biens essentiels ont également été distribués à 1 200 d’entre elles. Le CICR et la Croix-Rouge malienne s’apprêtent à porter assistance « dès que possible à des dizaines de milliers d’autres déplacés, notamment quelque 26 000 personnes déplacées dans et autour de Ménaka ». Dans le village d’Inhalid, situé à 100 kilomètres au nord de Tessalit (région de Kidal), les équipes de la Croix-Rouge ont trouvé près de 11 000 personnes déplacées par les combats qui se déroulent dans cette région. Par ailleurs, 4 200 personnes ont trouvé refuge à Abanco, 25 kilomètres au sud de Tessalit, fuyant elles aussi les affrontements. Dans le cercle de Niafunké (région de Tombouctou), le CICR et la Croix-Rouge malienne ont encore recensé plus de 11 000 déplacés dans un grand dénuement. La situation n’est pas meilleure dans certaines grandes localités du nord du Mali, estime le CICR en relevant que Gao compte plusieurs milliers de personnes provenant de la zone de Ménaka. Bien que l’afflux de réfugiés vers le Niger ait faibli, le CICR note que plus de 22 000 personnes venues du nord du Mali sont réparties dans 23 villages de la région de Tillabéry, dans l’ouest du Niger, une zone gravement touchée par la crise alimentaire. Le CICR et la Croix-Rouge nigérienne ont fourni à 17 000 d’entre elles une assistance alimentaire d’urgence (mil, riz, huile et sel) et des biens de première nécessité.