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PostHeaderIcon Droit et pratiques traditionnelles africaines : POINT SUD OUVRE DE NOUVEAUX CHAMPS DE REFLEXION

Le juge moderne n’est pas armé pour juger la sorcellerie sans preuve dans la mesure où celle-ci n’est déterminée dans aucun texte ou code des Etats africains francophones

Droit et pratiques traditionnelles africaines : POINT SUD OUVRE DE NOUVEAUX CHAMPS DE REFLEXION

Le Centre de recherche sur le savoir local, Point sud, tient depuis lundi un séminaire interdisciplinaire sur le thème « corps, santé et modernité sous le prisme du droit en Afrique ». La cérémonie d’ouverture des travaux qui a lieu au siège de l’Institut national de formation judiciaire (INFJ) a été présidée par le directeur de cette structure, Oumar Bocar. Il avait à ses côtés le co-directeur de Point sud, Moussa Sissoko, le coordinateur du séminaire, Walter Bruschhausen, et plusieurs enseignants et chercheurs d’universités d’Afrique, d’Europe et d’Amérique. Ce séminaire qui doit durer 6 jours, va analyser les rapports entre le droit, la santé publique et tous les aspects qui ont trait à la protection du corps humain par le droit. Par la suite Point sud se propose de réunir les recommandations en une publication destinée aux autorités. Le rapport entre droit et sorcellerie a été largement débattu au cours de cette première journée du séminaire. Une occasion de savoir si le droit peut s’occuper de problèmes de sorcellerie en dehors de l’existence de preuves palpables, de faire le point de la recherche systématique. Moussa Sissoko notera que le thème général de la session est délicat et fondamental car « il y va de la protection et de l’épanouissement de l’être humain qui est et doit être placé au début et au bout de toute action. L’espoir est donc grand de trouver à la fin des travaux des résultats permettant de mieux comprendre le corps dans toutes ses dimensions à travers le monde et spécifiquement à l’Afrique. Cela, afin d’assurer une meilleure prise en charge juridique intégrant tous les éléments de la protection locale ». Moussa Sissoko a estimé que la pensée du droit sur ce sujet en Afrique est en grand défaut, car le droit ne prend en compte que ce qui est matériel. Le coordinateur du séminaire a ainsi relevé que le juge moderne n’était pas armé pour juger la sorcellerie sans preuve dans la mesure où celle-ci n’est déterminée dans aucun texte ou code des Etats africains francophones. Walter Bruschhausen a souligné à ce propos qu’un juge qui a étudié dans les universités occidentales ne peut juger ce qu’il n’a ni vécu ni connu. « Un juge doit appréhender la possibilité de voir la preuve. La plupart des décisions rendues en la matière sont mal rendues par les tribunaux africains car elle ne fait pas partie des infractions modernes ». Il a ainsi souhaité la création de tribunaux traditionnels à même de mieux appréhender ce phénomène dans sa logique et de prendre de bonnes décisions. Le directeur de l’INFJ a salué une rencontre de haut niveau qui revêt une importance singulière et une profonde signification du fait qu’elle constitue un espace de réflexion fondamentale pour l’avancée du savoir en général et particulièrement du droit en Afrique. Pour Oumar Bocar, ce séminaire permettra d’alimenter la réflexion à un moment où l’Afrique, dans bien des domaines comme le droit, se trouve au centre de dilemmes exacerbés par les courants vertigineux des mutations de notre époque. Depuis des décennies, explique t-il, plusieurs juristes et hommes de culture, après diagnostic de la vie du droit et des valeurs qu’il véhicule en Afrique, ont abouti à des conclusions alarmantes relevant des insuffisances sous des vocables tels l’incohérence, l’inadaptation ou l’ineffectivité. Le droit « importé » est souvent en déphasage avec la réalité de la vie en Afrique et les actions volontaristes des politiques n’ont eu pour effet que d’ajouter des difficultés supplémentaires à celles déjà existantes, a estimé Oumar Bocar. Il appelé les participants à beaucoup d’attention, de courage et d’esprit d’analyse durant une rencontre qui permettra de s’interroger sur l’opportunité de décliner une approche multidisciplinaire sur d’autres domaines dans lesquels le droit africain est en train de patauger. L’éclairage de savoirs combinés pourrait aboutir à une solution juridique viable et durable, a-t-il souligné.