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PostHeaderIcon Disparition de Moussa Keïta « Tati » : LE DERNIER VOYAGE DE L’EXILE

La notoriété s’acquiert de plusieurs manières. Celle de Moussa Keïta « Tati », qui vient de disparaître brutalement en France à l’âge de 85 ans, s’était construite dès le milieu des années 50, à l’ombre de son illustre aîné, Modibo Keïta, le premier président du Mali.

Disparition de Moussa Keïta « Tati » : LE DERNIER VOYAGE DE L’EXILE

Nous parlons de construction parce que l’homme s’était distingué au départ comme un… footballeur émérite au point de fonder l’Espérance avec feu Fousseïny Diarra dit Binkè. L’Espérance au sein duquel évoluaient, entre autres, Bakary « Djan » Samaké et Doudou Diakité, s’allia en 1960 avec la Jeanne d’Arc pour fonder le Stade malien de Bamako. Moussa Keïta que l’on appelait affectueusement Tati, était avant tout un sportif très impliqué (football, athlétisme) qui se retrouva plus tard, « par amitié » confiait-il volontiers, au sein du Foyer (un des clubs parrain du Djoliba). Et s’il n’avait pas réussi à attirer les suffrages populaires sur sa personne, il bénéficia d’une longévité sportive exceptionnelle. Moussa Keïta a toujours éprouvé une certaine fierté à affirmer, à qui voulait l’entendre, qu’il a marqué son dernier but à l’âge de… 55 ans. Il dut cependant observer un intermède politique très actif en remisant, à son corps défendant, ses chaussures de sport pour suivre fidèlement son aîné dans son accession au sein de l’Union soudanaise RDA dans les années 50. Après son baccalauréat obtenu à Dakar, « Tati » mena des études en sciences à l’Université de Montpellier en France. Il fit parfois office de discret contact de son frère Modibo dans certains milieux politiques français. Il géra quelques fois les relations de l’Union soudanaise avec les socialistes et les communistes. A la proclamation de l’indépendance, si son aîné jugea bon de mettre sous sa propre tutelle le département qui semblait lui être dévolu « naturellement » - en l’occurrence la Jeunesse et les Sports - il se ravisa quatre mois plus tard en le nommant dans le gouvernement du 25 janvier 1961 - Haut commissaire général à la Jeunesse et au sport. Il sera reconduit dans le gouvernement du 17 septembre 1962 - Commissaire général à la Jeunesse et au Sport, un département rattaché à la présidence. Moussa Keïta redeviendra Haut commissaire à l’issue des remaniements ministériels de 1964 avant que son département ne soit érigé en ministère, le 15 septembre 1966 sous l’appellation de ministère chargé du Haut commissariat à la Jeunesse. Le mot « sport » avait disparu et cela se passait, moins d’un mois, après la « Révolution active » conduite par les mouvements de la Jeunesse RDA. Celle-ci avait mené à la création du « Comité national de défense de la révolution » (CNDR) le 22 août 1966. Il fut reconduit dans le gouvernement suivant, celui du 7 février 1968 – le dernier du président Modibo Keïta avant le coup d’Etat du 19 septembre 1968. Il se retrouva exilé malgré lui, car l’avion qui le transportait de retour d’une mission à l’Unesco ne put atterrir. L’aéroport était fermé à cause du putsch. Commença alors pour lui une vie de réfugié politique en France notamment d’où est originaire son épouse. Moussa Keïta Tati ne retrouva son pays natal que trois mois après un autre coup d’Etat, celui de mars 91, après… 23 ans d’exil. A son retour, il se garda de s’afficher dans un bureau ou une autre structure de l’US RDA ressuscitée mais en plein déchirement. Mais au-delà de tous les soubresauts qu’aura connus sa vie, Tati était perçu comme un homme très porté sur la camaraderie – lui qui se constitua un groupe d’amis à l’Université de Montpellier avec les Henri Corenthin, Seydou Badian Kouyaté, Mamadou Aw et feu Thierno Diarra entres autres. Cet aspect convivial de sa personnalité s’accordait avec les dons artistiques que ce professeur de sciences naturelles développait. Il fut un caricaturiste talentueux (il en a fait pour certains journaux). L’ancien proviseur du lycée Terrasson des Fougères fut remplacé par Bakari Kamian quand il a été appelé aux fonctions ministérielles. Plus près de nous, Moussa Keïta « Tati » s’était rendu très récemment dans le village d’origine de la famille Keïta à Guiré (cercle de Nara) pour la mise sur pied d’une Fondation dédiée à son aîné, le président Modibo Keïta. C’était à l’occasion des journées culturelles consacrées à feu le président Modibo Keïta, organisées à Nara les 7 et 8 juillet derniers.

Dors en paix Tati.