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PostHeaderIcon Décès de Louis Bastide : L’ULTIME COMBAT D’UN HOMME AUX GRANDES QUALITES

C’est un grand serviteur de l’Etat qui vient de s’éteindre. Il s’agit de Louis Bastide.

Décès de Louis Bastide : L’ULTIME COMBAT D’UN HOMME AUX GRANDES QUALITES

L’ancien président de la Cour suprême est décédé samedi matin à son domicile à la suite d’une longue maladie. Il était âgé de 67 ans. Les obsèques du grand magistrat se sont déroulés hier à la Cathédrale de Bamako en présence du Premier ministre Modibo Sidibé, des anciens chefs du gouvernement, Ahmed Mohamed Ag Hamani et Ousmane Issoufi Maïga, de nombreux responsables politiques et administratifs et d’une foule de parents, d’amis, de proches et d’anciens collaborateurs. Louis Bastide était né le 22 octobre 1943 à Ségou de Paul et de Suzanne Diallo. Il entame ses études primaires dans la Cité des balanzans pour les poursuivre chez les Jésuites à Bordeaux en France. De retour au Mali, Louis Bastide est orienté au lycée Terrasson des Fougères (aujourd’hui Askia Mohamed). Après avoir décroché son baccalauréat, le futur magistrat fait un bref passage à Alger et puis à Dakar, avant de s’envoler pour Strasbourg. Dans la cité alsacienne, il approfondit ses connaissances en droit. De retour au pays natal en 1973, il est affecté à la Cour d’appel de Bamako. Mais il n’y restera pas pour longtemps. Poussé par la soif d’apprendre, il retourne en France pour s’inscrire à l’Ecole nationale de magistrature. Après ces études, il revient au pays. Il sera alors successivement conseiller à la Cour d’appel de Bamako puis conseiller à la Cour suprême. De ce dernier poste, le Premier ministre d’alors Mamadou Dembélé le sollicite pour assurer les fonctions de directeur de cabinet à la Primature. Louis Bastide assumera ensuite les fonctions de directeur général adjoint de l’INPS, de conseiller à la Cour suprême (une nouvelle fois), de président de la Section administrative de cette haute juridiction avant d’en être, quelques années plus tard, le premier président. De juillet 1991 à juin 1999. Il entame alors une carrière diplomatique qui le conduit à Pretoria (Afrique du Sud) où il ouvre notre représentation puis à Genève (Suisse) comme ambassadeur de notre pays. En 2005, il demande et obtient sa mise à la retraite par anticipation. L’homme que le pays vient de perdre était connu pour être un gros travailleur, méthodique, un homme de principe et de rigueur et un magistrat compétent, intègre et courageux (lire l’hommage éloquent de Me Hamidou Diabaté ci-contre). « Il a servi son pays qu’il aimait tant, avec grandeur, honneur, courage, dignité et une grande probité intellectuelle et morale. Il a ignoré superbement l’oisiveté, la paresse et aimait transmettre sa connaissance, son savoir et son savoir faire. Avec Louis Bastide, le temps ne se perdait pas », témoigne son homonyme et ami intime, Louis Auguste. Le témoignage de ce dernier et celui de ses petites filles ont constitué des moments particulièrement poignants de la cérémonie funèbre. Après les obsèques, Louis Bastide a été conduit à sa dernière demeure au cimetière chrétien de Bamako-Coura. Il laisse derrière lui une veuve et 3 orphelins inconsolables. Dors en paix Louis Bastide.

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HOMMAGE A LOUIS BASTIDE, ANCIEN PREMIER PRESIDENT DE LA COUR SUPREME DU MALI

Un grand magistrat vient de nous quitter En plongeant la maison Justice dans une immense consternation. Pour ce que tu fus, Bastide, Notre maison commune, la justice, a un devoir de mémoire Et au delà d’elle, tous ceux de ma génération qui ont contribué à la lutte pour la liberté et la démocratie. En effet, tu nous as montré la voie La voie de l’honneur de la justice La voie de la dignité du juge La voie du respect du justiciable. Peut-il y avoir, meilleur enseignement déontologique. Par ton enseignement du cours de contentieux administratif à plusieurs générations d’étudiants, Par tes multiples contributions scientifiques aux revues de droit, certes éphémères, qui ont vu le jour, Par ton engagement à participer à la formation itinérante des magistrats de Kayes à Gao et par temps caniculaire, sous l’égide de l’Institut, Tu fus, Bastide Un Maître au vieux sens du mot « magistère ». Puisse ce travail te survivre ! Par ton engagement à rendre la justice à contre-courant à un moment où les juges tremblaient face à leur responsabilité Tu réussis à rendre une justice objective, saine quand les syndicalistes étaient victimes de l’arbitraire du régime. Tu réussis à rendre une justice saine et objective quand tes propres collèges étaient victimes du même arbitraire pour avoir osé dire le Droit. Pourtant tu risquais toi aussi de perdre ta place avec son cortège d’humiliation. En des temps plus cléments, alors que tu étais devenu Premier Président de la Cour Suprême, Donc chef de l’institution judiciaire, Ta passion de la justice devait te conduire à prendre toi-même la direction du grand travail de reforme de la justice en présidant le comité de pilotage du PRODEJ, avant d’être appelé à d’autres missions. Bastide, Ta résistance, Ton courage, Ton sens de l’honneur, Ton sens de la justice, Ont montré la voie à plusieurs générations de magistrats en particulier, celles des années 70 et 80, Qui furent parmi les combattants de la liberté. Et pourtant quelle leçon d’humilité tu ne cessais de donner Quand tu prétendais n’avoir aucun mérite dans ta résistance à la corruption que l’on dénonçait déjà au sein de notre corps. Tu estimais que la résistance à la tentation de la corruption était l’essence même de la mission du juge. Tu prétendais n’avoir aucun mérite d’autant plus que tu te satisfaisais des revenus dont Dieu t’avait doté. Bastide, le meilleur hommage que les magistrats pourront te rendre aujourd’hui, c’est de faire des arrêts désormais eternels que tu rendis, leur source d’inspiration. En effet, les arrêts Issa N’Diaye, Youssouf Ganaba, Modibo Diarra et Manassa Danioko pour ne citer que ceux-là, resteront à jamais gravés au tableau de l’honneur de la magistrature malienne. A travers les arrêts Issa N’Diaye, Youssouf Ganaba et Modibo Diarra, la Cour Suprême administrative mettait fin à l’injustice qui frappait ces militants syndicaux licenciés dont le seul crime était l’exercice de leurs droits syndicaux constitutionnels. Pour la première fois les arrêts susdits, en annulant les décisions de l’autorité administrative, consacraient sur le plan juridictionnel l’exercice des droits syndicaux et de grève dans le secteur public, ouvrant ainsi la voie à l’élargissement de la lutte des travailleurs. A travers l’arrêt Manassa Danioko, la haute juridiction a administré la preuve que le Droit peut être plus fort que l’arbitraire. En tout état de cause, cette décision a permis de restaurer dans la plénitude de ses droits l’une des meilleurs représentants de notre corps, dont le parcours fait honneur. Quel gâchis si tu n’avais pas été là Bastide, dans la vieille salle d’audience exigüe de la Cour Suprême d’alors, à présider cette audience, dont nous étions venus attendre le verdict, le ventre noué. Pour les militants syndicaux que nous étions, ce furent des moments de délivrance. Bien que magistrats, nous n’en éprouvions pas moins le même sentiment que tout autre justiciable auquel justice est rendue : la reconnaissance vis-à-vis du juge. Au-delà du prétoire, les professeurs de droit devront intégrer cette jurisprudence à leur enseignement et en faire des commentaires dans les revues de droit. Ce sera notre façon de faire pour toi, Bastide nos « mélanges » auxquels les grands juristes ont droit. A Rose Et aux enfants Je présente mes condoléances les plus attristées tout en leur disant, en guise de consolation que leur époux et père n’a pas vécu en vain. Bastide fut un grand magistrat Donc un grand homme. Puisse la jeune génération de la magistrature s’en souvenir. Bamako le 29 août 2010 Maître Amidou Diabaté Ancien magistrat Ancien ministre de la justice