SOCIETE

PostHeaderIcon Cours du soir à Bamako : UNE SECONDE CHANCE

Cet enseignement permet aux analphabètes, laissés pour compte, déscolarisés d’apprendre ou d’améliorer leur niveau d’instruction

Cours du soir à Bamako : UNE SECONDE CHANCE

Les cours du soir sont, dans la terminologie officielle, considérés comme des entreprises à but social ayant pour objectif de donner à tous ceux qui n’ont pas pu accéder au système officiel d’éducation l’occasion de bénéficier d’une formation scolaire, et aussi de redonner aux « éliminés » de ce système soit pour insuffisance de travail, incapacité financière ou pour inconduite, une seconde chance de poursuivre leurs études et d’espérer un jour s’insérer dans le monde de l’emploi. Plus simplement, les cours du soir permettent aux analphabètes, laissés pour compte, déscolarisés d’apprendre, ou d’améliorer leur niveau d’instruction. Chez nous, ces cours non formels sont organisés généralement par des ONG ou des associations caritatives. Ils sont ouverts à toutes les catégories de personnes sans distinction d’âge, de sexe, de religion ou d’appartenance politique. Et dispensent un enseignement élémentaire indispensable à l’épanouissement du néo-apprenant. A la différence de l’enseignement formel, ils se déroulent les jours ouvrables de 19 heures à 21 heures, mais comme elle, ils s’étalent aussi sur 9 mois. Et les apprenants passent les mêmes examens que les élèves de l’enseignement classique. Les cours se déroulent en français et en bamanankan dans des salles de classe louées auprès de promoteurs privés ou gracieusement offertes par des directeurs d’écoles publiques. A Boulkassoumbougou-Konatébougou, par exemple, des cours du soir ont été initiés par l’Association des jeunes Maliens pour l’épanouissement de la langue française dans l’espace francophone (AJMELFEF). Son président, Baba Coulibaly, explique que l’AJMELFEF destine ces cours à des enfants défavorisés et en situation difficile du quartier. Elle dispense aussi des cours sur les ateliers de création et d’illustration des comptes en français. Baba Coulibaly souhaite le soutien du ministère de l’Education, de l’Alphabétisation et des Langues nationales et de toute autre personne physique ou morale pour épauler son association et l’aider à redonner espoir aux élèves ayant déjà fréquenté le système scolaire officiel et qui, d’une manière où d’une autre, se retrouvent écartés du cursus scolaire normal. Au lycée" Fily Dabo Sissoko", outre l’enseignement formel, on dispense aussi des cours du soir en français et bamanankan. Tata Touré, 21 ans, suit ces cours. Elle avait auparavant fréquenté la medersa. Pour mieux traiter ses affaires, elle a décidé d’intégrer les cours du soir. Tata Touré se dit très satisfaite du déroulement des cours. Son collègue, Dankourou Doucouré, a lui 36 ans. Cet ancien élève de l’école coranique est aujourd’hui commerçant de son état. Il a abandonné depuis longtemps sa tablette de talibé et regrette de n’être jamais allé à l’école moderne. "Depuis le bas âge, j’ai souhaité aller à l’école du « Blanc », mais mes parents ne l’ont jamais voulu. Ils voulaient que je sois un grand exégète des sciences coraniques", regrette-t-il. Grâce aux cours du soir, Dankourou Doucouré espère pouvoir s’exprimer en français et faire ses comptes au marché sans intermédiaire. Koniba Mounkoro découvre la langue de Molière à 25 ans pour la première fois. "Grâce à ces cours du soir, j’arrive à me débrouiller en français, à lire et écrire mon nom et déchiffrer beaucoup de choses", se félicite-t-il en laissant exploser sa joie. Quant à Mlle Hawa Konaté, une commerçante de 18 ans, elle profite des cours pour apprendre à lire et écrire en bamanankan. Mme Kadia Sissoko, maîtresse chargée de cours du soir au lycée" Fily Dabo Sissoko, dispense ces cours en langue bambara depuis plus de 3 ans. Les cours et le matériel didactique sont fiancés par le ministère de l’Education, de l’Alphabétisation et des Langues nationales et l’ONG Enda Tiers-Monde. Quant aux enseignants, ils sont recrutés par "Enda Tiers-Monde". Mme Kadia Sissoko déplore certaines difficultés dans le déroulement des cours, comme les multiples retards des apprenants, les effectifs pléthoriques, etc. Les cours, faut-il le rappeler, sont supervisés par les centres d’animation pédagogique (CAP), l’Académie de la Rive gauche et "Enda Tiers-Monde".