La rencontre de Bamako permettra d’analyser toute la problématique du développement des filières rizicoles en Afrique qui dispose d’un important potentiel en la matière
Les spécialistes du riz venus du monde entier sont réunis depuis hier dans notre capitale pour le deuxième congrès sur le riz en Afrique. La rencontre qui se déroule à l’hôtel Laico Amitié est organisée par le Centre du riz pour l’Afrique (Africa Rice) basé à Cotonou au Bénin. Plus 300 personnes participent à ces assises dont le thème central est « Innovation et partenariats pour atteindre le potentiel rizicole en Afrique ». Les participants viennent d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Amérique. La cérémonie d’ouverture de la rencontre était présidée le Premier ministre Modibo Sidibé et s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités parmi lesquelles le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement, Tiémoko Sangaré, représentant son collègue de l’Agriculture. Le président du conseil d’administration de Africa Rice, Engida Getachew, le directeur général de Africa Rice, Papa Abdoulaye Seck, le directeur général de l’Institut international de recherche sur le riz basé aux Philippines (IRRI), Robert Zeigler, le président du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), Kanayo F. Nwanze, le vice-président de l’Agence de coopération internationale du Japon (JICA), Izumi Takashima, étaient également présents. Les participants de cette importante rencontre vont débattre quatre jours durant, de la problématique de la riziculture en Afrique.
DES STOCKS EN BAISSE : Le ministre Tiémoko Sangaré s’est félicité de la tenue de cette deuxième rencontre sur le riz à l’échelle du continent après celle de Dar-Es-Salam en Tanzanie en 2006. La rencontre de Bamako permettra d’analyser toute la problématique du développement des filières rizicoles en Afrique. Elle offre l’occasion aux hommes de sciences, aux agents de développement, aux producteurs ainsi qu’aux décideurs de discuter des moyens de promotion des filières agricoles. Une analyse des économistes assure que le niveau des stocks mondiaux de riz enregistre une tendance à la baisse alors que la demande s’accroît d’année en année. L’Afrique est particulièrement menacée car sa consommation actuelle dépasse largement sa production avec un écart qui atteignait 10 millions de tonnes de riz marchand en 2008. Africa Rice avait prévu, voilà deux ans, la pénurie de riz en Afrique et les 24 pays membres de l’organisation avaient été prévenus à travers le conseil des ministres. Mais seuls quelques pays comme le Mali, le Sénégal, le Liberia et la Guinée ont réagi en initiant des programmes pour réduire leur dépendance vis-à-vis du riz importé. A ce propos, le ministre Tiémoko Sangaré a évoqué l’Initiative riz qui en est à sa deuxième édition, et qui a prouvé la possibilité d’accroître significativement la production rizicole dans notre pays et à l’échelle du continent. En effet, l’Afrique possède un important potentiel rizicole. Malgré cela, le continent n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise alimentaire si des mesures vigoureuses ne sont pas prises pour inverser la tendance actuelle, a averti le président du conseil d’administration de Africa Rice, Engida Getachew. Le chef du gouvernement Modibo Sidibé a, de son côté, souligné qu’il ne s’agissait plus d’inventer la roue mais d’inverser résolument la tendance négative qui fait que plus d’un milliard de personnes dans le monde sont affectées par la faim. Le Mali s’est engagé résolument dans la voie de l’élimination de la faim avec notamment l’Initiative riz. Cette volonté a permis de réaliser des bonds qualitatifs et quantitatifs en terme de production agricole. Depuis deux ans, a rappelé le chef de gouvernement, l’Etat malien subventionne les engrais, les semences et soutient l’intensification de la production grâce à la mécanisation. Ces subventions ont atteint 15 milliards lors de la dernière campagne agricole. Par ailleurs, l’Etat consacre plus de 10% de son budget à l’agriculture depuis la déclaration de Maputo en 2001 sur cette question. Cela peut paraître peu au regard de l’énorme potentiel agricole du Mali mais c’est un grand pas que le gouvernement a accepté de franchir.
LE DECLIC ? La production rizicole nationale a connu un bond significatif et tout laisse à penser que l’objectif d’atteindre les 10 millions de tonnes de céréales toutes spéculations confondues à l’horizon 2012 est réalisable, a indiqué Modibo Sidibé. Et le chef du gouvernement de rappeler que le récent Forum de Bamako organisé par l’Institut des hautes études en management (IHEM) était consacré à la problématique agricole notamment la sécurité alimentaire vers laquelle les pays africains doivent tendre pour espérer inverser la tendance négative des importations de riz. Modibo Sidibé a aussi rappelé que les pays africains déboursent 2 milliards de dollars, soit environ 1000 milliards Fcfa par an pour importer des quantités importantes de riz représentant 40% des besoins de consommation. Le congrès sur le riz de Bamako doit servir de déclic pour inverser cette tendance, en faisant de l’agriculture une affaire économique lucrative et non un sacerdoce, a jugé le Premier ministre. Pour sa part, Izumi Takashima, le vice-président de l’Agence japonaise de coopération, s’est félicité de la collaboration entre cette agence et les pays africains pour le développement de la riziculture en Afrique. Le Japon dispose de plus de 2000 ans d’expérience en matière de culture du riz et a accumulé des expériences intéressantes en matière de promotion du riz Nerica qui est le fruit du croisement du riz japonais avec un riz africain. La JICA a appuyé la coopération dans la diffusion des technologies avancées, de la culture irriguée de riz et la diffusion du Nerica, la gestion post-récolte (conservation et transformation) et des technologies adaptées à chaque région. Izumi Takashima a rappelé que la IVè réunion du TICAD (Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique) qui s’est tenue en mai 2008 a mis en route la Coalition pour le développement de la riziculture en Afrique. Cette coalition va s’investir pour doubler la production de riz sur le continent. Une dizaine de pays africains sont impliqués dans ce programme qui vise à améliorer la promotion des filières de riz (riz irrigué, riz des bas-fonds, riz des plateaux). Pour cela, la JICA qui est le principal bailleur de fonds bilatéral du Centre du riz en Afrique (Africa Rice), a mis à sa disposition deux experts japonais pour promouvoir la diffusion du riz Nerica. Le responsable japonais a jugé inacceptable d’importer du riz à des coûts aussi exorbitants que ceux pratiqués actuellement : 500 dollars la tonne, soit plus de 200 000 Fcfa. Dans le cadre de la mise en œuvre du projet de semences d’urgence financé par le gouvernement japonais, Africa Rice met à la disposition de notre pays 35 tonnes de semences certifiées pour les producteurs vulnérables, a annoncé, Izumi Takashima. La cérémonie d’ouverture du congrès a été marquée par des remises de distinctions par Africa Rice au président de la République, Amadou Toumani Touré, à Jacques Diouf, le directeur général de la FAO, à Kanayo F. Nwanze, le directeur du FIDA et à Eugène Terry, l’ancien directeur de Africa Rice (voir encadré).
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CONSTATS D’EXPERTS
Le Centre du riz pour l’Afrique (Africa Rice) a saisi l’opportunité de la rencontre de Bamako pour décerner des distinctions. Le prix dédié au président de la République est constitué d’un diplôme et d’une houe sculptée en bois. Le Premier ministre Modibo Sidibé a reçu la distinction des mains de Engida Getachew, le président du conseil d’administration de Africa Rice. Ce dernier a également remis les autres distinctions aux récipiendaires présents : le directeur du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), le Dr Kanayo F. Nwanze et Eugène Terry, ancien directeur de Africa Rice. Le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, s’est fait représenter à la cérémonie par le chef de la division infrastructures rurales et des agro-industries du département de la protection, de la production agricole et du consommateur à la FAO, Geoffrey Mrema. Premier récipiendaire à prendre la parole, Kanayo Nwanze, a confirmé s’être investi pour amener la recherche agricole africaine au niveau mondial. Disponible pour épauler les jeunes chercheurs dans le domaine rizicole, il a demandé à Africa Rice à créer des alliances stratégiques avec des partenaires viables afin de transformer les petits producteurs en entrepreneurs agricoles, en suscitant des opportunités d’affaires en milieu rural. « Les gouvernements africains doivent reconnaître les petits producteurs comme des entrepreneurs. Les déclarations politiques ne suffisent plus pour nourrir les personnes qui ont faim. Elles doivent impliquer la transformation de l’agriculture pour un développement économique durable », a préconisé Kanayo Nwanze. Eugène Terry, un ancien directeur général de Africa Rice, a dédié sa distinction aux nombreux collègues qui ont travaillé avec lui. Au moment où les statistiques attestent que 95% de la pauvreté sévit en Asie et en Afrique subsaharienne, qu’environ 100 millions de personnes supplémentaires vivent dans la pauvreté pour atteindre aujourd’hui un total inquiétant de 1,5 milliard de personnes vivant dans la pauvreté en Afrique et en Asie, Eugène Terry a demandé aux pays membres de l’organisation d’accompagner les innovateurs compétents et performants. Il a évoqué le célèbre chercheur agronome américain Norman Borlaug décédé l’an dernier, qui déplorait le fait que l’Afrique fasse peu pour atteindre les objectifs de la révolution verte. Le représentant du directeur général de la FAO, Geoffrey Mrema, a lu un message de Jacques Diouf au congrès de Bamako. Le patron de l’organisation onusienne s’y félicite de l’existence d’une organisation africaine de recherche sur le riz. Il suggère aux Etats africains d’augmenter les investissements dans les ressources humaines et les infrastructures agricoles. La FAO, promet-il, va continuer d’appuyer Africa Rice pour aider à résoudre les problèmes alimentaires en Afrique.