Elles sont confrontées aux dures réalités de la nature, à l’absence d’épargne dans le milieu
La battante Tenin Samaké est paysanne et ressortissante de Lèbougou. Cette localité est située à environ 35 km de Bougouni dans la région de Sikasso. Elle juge que la situation de la femme rurale n’a presque pas évolué. Les arguments envers cette thèse sont patents. Ténin commente la situation en des termes passéistes. " Depuis que je suis née, les maux de la femme de ma localité restent entiers. Dans mon village rares sont les petites filles qui sont inscrites à l’école. C’est dommage. La plupart de celles qui vont à l’école n’atteindront pas le secondaire. Elles sont retirées des classes pour raison de mariage" a t-elle soutenu. Les femmes des villages sont encore victimes du mariage forcé et précoce et de l’analphabétisme. Leur épanouissement et leur promotion restent un lointain rêve. Mme Tenin déplore de fait les différentes associations féminines qui sont très généralement présidées dans sa localité par les épouses des autorités politiques et administratives. " Nous autres, les autochtones villageoises, nous assumons le rôle de figurantes. Nous n’intervenons que lors des commémorations solennelles" dit-elle. Elle estime que c’est même mieux ainsi. Jamais leurs époux ne leur permettront d’être leaders dans ces associations. La femme rurale est confrontée aux dures réalités de la nature, à l’absence d’épargne rurale. Elle est handicapée par des pertes de récolte et l’analphabétisme. Les femmes rurales n’ont souvent pas la capacité financière et les aptitudes intellectuelles nécessaires pour jouer convenablement un rôle prépondérant dans la satisfaction des besoins nutritionnels et éducationnels de la famille. La volonté politique accorde à la femme le droit d’accéder aux terres aménagées. Mais les femmes rurales rencontrent toujours de nombreux obstacles qui empêchent la jouissance de ce droit, surtout en ce qui concerne l’accès au crédit et à l’équipement. Face à une telle situation, les paysannes ne sont pas convaincues de parvenir dans un avenir proche à l’émancipation. Mme Coulibaly Assan Diop est maraîchère. Elle vit dans la commune rurale de Kati coura dans la région de Koulikoro. Elle indique que la femme de sa commune vit de la teinture, de la production et de la vente du savon artisanal ainsi que les petits commerces. Tout comme notre première interlocutrice, Mme Coulibaly Assan trouve qu’il y a encore du chemin à faire pour lutter contre la pauvreté rurale et l’épanouissement de la femme rurale. De l’avis de notre interlocutrice, les différentes associations féminines plaident pour la cause de certaines catégories des femmes. " On nous raconte toujours qu’il y a tel projet qui a financé telle activité pour la promotion de la femme mais on ne voit pas l’impact du projet. A mon avis nous sommes exploitées par les leaders des associations féminines pour qui les femmes rurales n’ont d’autre rôle que de justifier leurs magouilles et autres du genre" dit-elle. Pour argumenter ces propos, Mme Coulibaly indique que depuis quelques années il a été lancé dans leur commune des cours d’alphabétisation. Mais malheureusement depuis le jour du lancement jusqu’à maintenant les femmes de Kati Coura n’ont pas reçu de cour. "Dieu seul sait que nous en avons besoin" lance t-elle visiblement déçue. Mme Coulibaly, ajoute que malgré leur rôle important au sein de la société, la situation des femmes au Mali en général et rurale en particulier reste encore précaire. " Nous participons activement dans l’exploitation, mais nous n’avons aucun contrôle des bénéfices des ménages. Car nous sommes handicapées par l’analphabétisme" explique t-elle.
rôle d’applaudimètre. Sur le plan politique affirme notre interlocutrice les femmes assument toujours le rôle d’applaudimètre. Selon elle la participation de la femme rurale à la vie de la communauté est à l’image de celle des femmes prises dans la globalité. En milieu rural, 5 femmes ont été élues maires contre 696 maires hommes, une seule femme est membre de l’APCAM (Assemblée permanente des chambres d’agriculture du Mali). Il est vrai que la majorité des femmes élues conseillères communales sont issues du monde rural, mais elles restent minoritaires et suivent en général les hommes dans les décisions prises et n’occupent pas de postes stratégiques. Mme Sall Sira Camara une autre femme rurale évoque un autre problème. Celui de l’accès à la femme rurale aux soins de santé. L’obstacle majeur est la disponibilité de l’argent pour le traitement. En outre, les services de santé fournis en milieu hospitalier sont assez distants des femmes. En milieu rural, il y a peu de structures sanitaires. Il faut également noter le poids des us et coutumes. En ce qui concerne la santé maternelle, elle est le reflet du niveau de justice sociale et de respect du droit des femmes dans une société dira Mme Sall Sira. Qui poursuit en disant que le droit des femmes à recevoir des services de santé de bonne qualité est garanti lorsque leurs droits fondamentaux de base (l’éducation, la nutrition, un environnement sûr, l’accès aux ressources économiques et la participation dans la prise de décisions) sont respectés. À la question de savoir si la panafricaine garde encore tout son sens, Mme Touré Djenèbou Samaké dira que Oui. Mais selon elle, c’est encore l’affaire de certaines femmes. Selon notre interlocutrice, les organisateurs doivent changer de concept en mettant l’accent sur la santé maternelle et néonatale, l’alphabétisation. Pour l’autonomisation effective de la femme malienne en général et rurale en particulier Mme Touré préconise de développer des programmes et stratégies. Pour lutter contre la pauvreté rurale et permettre à la femme rurale d’être épanouie, notre interlocutrice pense qu’il faudra plus d’engagement et plus de sensibilisation. Car la majorité des hommes n’ont pas encore compris le sens de l’émancipation de la femme et l’équité genre. M. A. T.