Depuis la CAN féminine qui s’est jouée au Nigeria en 2001, la FIFA a décidé que chaque compétition soit officiée par son genre
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il a pris de l’ampleur ces dernières années. Notre pays compte une dizaine de femmes arbitres Fédération Internationale de Football Associations (FIFA). Celles-ci ont vite pris d’assaut le monde masculin de l’arbitrage sportif. Les femmes sont présentes dans toutes les disciplines sportives, football, basket, handball, volley-ball, boxe ou arts martiaux. Hélas ! Les téléspectateurs ont constaté que la 27è édition de la Coupe africaine des nations (CAN) qui se déroule depuis le 10 janvier dernier en Angola, se joue sans l’arbitrage féminin. Et cette absence est déplorée depuis quelques années. Les référées dames sont toujours absentes lors des tournois internationaux FIFA. Pourtant ces arbitres FIFA dames ne cessent de diriger les tournois sous régionaux, les compétitions juniors et cadets, les rencontres des championnats nationaux. En fait, indique Moussa Kanouté le chargé aux compétitions internationales, les compétitions FIFA alternaient à la fois arbitres hommes et femmes. Mais après la CAN féminine, dont la phase finale s’est jouée au Nigeria en 2001, la FIFA a décidé que chaque compétition soit officiée par son genre. Ainsi la CAN féminine, l’Euro dames de foot, la coupe du monde féminine, le tournoi olympique féminin sont désormais du ressort des arbitres dames. L’instance du foot mondial met aussi en exergue un problème de consistance physique. Mais cette décision de la FIFA provoque toujours des grincements des dents. Elle ne fait pas l’unanimité au sein des arbitres FIFA dames. Fatou Sacko, référée FIFA et arbitre de la Ligue régionale de Kayes pense que cette loi est discriminatoire. "Lors des évaluations nous subissons les mêmes tests. Pourquoi ne pas nous laisser diriger les rencontres de la CAN masculine ? Ne dit-on pas que le langage du foot est universel ? Cette loi, loin de nous protéger, nous prive au contraire d’un plaisir, un véritable plaisir. Toutes les raisons évoquées sont des subterfuges. La CAN féminine, le mondial des dames ou le tournoi dame des J.O. n’ont pas la même médiatisation que la CAN des hommes ou la coupe du monde des hommes. Nous, arbitres dames pouvons officier n’importe quelle compétition de football ". Fatou Sacko, pense que c’est aussi "une question de manque de confiance de la part des responsables des instances de ne pas confier une rencontre masculine à une femme-arbitre". La référée régionale poursuit "les tests physiques des arbitres, les positions des arbitres sur terrain, l’utilisation des drapeaux, comment annihiler une occasion de but manifeste, la transformation des coups de pied arrêtés dans la surface de réparation et la position de l’arbitre assistant sont, entre autres, les techniques qui sont dispensées ou rappelées aux arbitres messieurs et dames. Pourquoi alors mettre de côté les femmes dans de telles grandes compétitions ?". Même son de cloche chez Djénaba Dembelé, militaire de son état. Elle exprime sa conviction en ses capacités professionnelles. "En tant que dame et malienne, tout ce que les hommes peuvent faire, les femmes peuvent en faire autant. En sport en général et en foot en particulier, les lois sont les mêmes pour tous les acteurs. Au cours des stages de formation d’arbitrage nous subissons les mêmes tests, les mêmes épreuves physiques. Je propose un mélange d’arbitres, une équipe mixte, dans toutes les compétitions internationales féminines ou masculines. La CAN masculine est beaucoup plus médiatisée que la CAN féminine. Nous femmes arbitres voulons montrer au public, aux spectateurs et aux organisateurs que nous maîtrisons les 17 lois du football aussi bien que les garçons. En tant que malienne, je suis apte à officier les rencontres de la CAN sans aucune pression.
MéTIER UNIVERSEL. D’ail-leurs la femme arbitre affronte la pression au cours de chaque rencontre. L’arbitrage, n’est pas un métier ou un secteur qui doit être réservé aux hommes et un autre aux dames. L’arbitrage est un métier universel. Les collègues dames du reste du monde et les maliennes, peuvent bien mener le bateau à bon port. Tous les stages sont basés sur l’approfondissement des règles régissant le métier d’arbitre. Je me sens fin prête pour diriger des matches aussi bien chez les femmes que chez les hommes" a conclu Djénaba Dembelé. Cette militaire de fonction est une excellente arbitre de touche de métier. Elle vient de réussir avec brio au test FIFA de cette année. Sergent d’aviation, elle compte à son actif plusieurs rencontres de la CAN féminine : deux tournois de Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) tenus à Ouagadougou en 2007 et Bamako en 2009. Elle est omniprésente dans les rencontres du championnat. "En foot le seul péché consiste à ne pas bien appliquer le règlement. Il n’y a pas de demi mesure, de demi faute. Appliquer bien le règlement conduit à être en parfaite harmonie avec nous même, avec notre conscience" poursuit-elle. Elle est convaincue que la FIFA doit revoir ses décisions au niveau de l’arbitrage. En attendant, l’aviatrice se plie aux décisions de l’instance mondiale. Le point de vue du sergent Djénéba Dembelé est aussi partagé par les reporters sportifs. Ousmane Koné alias Puissant de la radio FR3 déclare qu’il appuie "l’entrée des femmes dans le monde du sport, surtout dans l’arbitrage lors des grandes manifestations. Si les responsables veulent que le foot-ball progresse, il faut augmenter le nombre des femmes qui arbitrent les matches des hommes. Je soutiens cette avancée car les femmes arbitres apportent une sensibilité que les hommes n’ont pas. Les joueurs n’hésitent pas à se moquer ou à insulter un arbitre homme. Mais ils font profil bas devant une femme arbitre. Les joueurs ont plus de respect pour la femme arbitre, même s’ils contestent une sanction. Ils viennent les mains derrière le dos et s’expriment poliment. Les femmes sont impartiales mais surtout intraitables constatent les reporters sportifs. Elles sont strictes dans l’application des règles du jeu. Elles ne discutent pas, elles s’imposent par leur esprit d’équité et leur autorité.