Ce jeune Tunisien avait tenté le mercredi 5 janvier 2011 au soir de faire sauter la chancellerie française à Bamako
Le procès tant attendu de cette 2ème session de l’année 2011 de la cour d’assises de Bamako était sans doute l’affaire Béchir Sinoun, ce jeune Tunisien qui avait tenté de faire sauter la chancellerie de l’ambassade de France à Bamako avec une bonbonne de gaz et des grenades, le mercredi 5 janvier 2011 créant une panique générale dans la capitale. L’incident est inédit dans notre pays qui avait donc suscité beaucoup d’émoi au sein des témoins de la scène en particulier, et de la population en général. Hier, le public avait donc massivement convergé vers le tribunal où siégeait la cour d’assises pour suivre ce procès très spectaculaire. Un imposant dispositif policier était également en place pour sécuriser le procès de l’année. Rappelons que le 5 janvier dernier au soir, muni d’un pistolet automatique, d’un engin explosif et d’une grenade, le jeune Tunisien, du nom de Béchir Sinoun né en 1986 à Tétouan, avait réussi à faire exploser l’engin devant l’ambassade de France à Bamako. Les foules et les agents de la Brigade anti-criminalité et du commissariat de police du 3è Arrondissement de Bamako étaient intervenus pour maîtriser l’homme. Lequel avait été conduit aussitôt au commissariat du 3ème Arrondissement où, il a été rapidement établi qu’entré sur le territoire national à partir de Gao, Béchir Sinoun était arrivé dans notre capitale le 29 décembre et qu’il logeait à l’hôtel Lac Débo. Lors de son premier interrogatoire au commissariat de police du 3è Arrondissement de Bamako, il assurait appartenir à une "katiba" (groupe en arabe) affiliée à Al Qaïda pour le Maghreb islamique. Le chef de ce groupe, selon ses dires, serait basé dans la Région de Kidal et se nommerait "Yéhia l’Algérien". Les enquêteurs avaient accueilli avec circonspection les premières déclarations de l’homme notamment car personne n’avait jamais entendu parler d’un "Yéhia l’Algérien". De plus le mode opératoire utilisé semblait plus le fait d’un illuminé que d’un apprenti terroriste. Cependant, Béchir Sinoun fut conduit dans les locaux de la sécurité d’Etat pour des besoins d’enquête plus approfondie. Dans ces locaux très sécurisés, le jeune homme est parvenu à s’évader le 28 février à la surprise générale. Cette étonnante évasion est survenue la veille de son passage devant le juge d’instruction du tribunal de la Commune III du district. Selon des sources au département de la Justice, cette audition prévue lundi par le substitut du procureur, Youssouf Traoré, devait permettre d’abord à qualifier le délit et ensuite à maintenir ou non l’intéressé dans les liens de l’accusation. Le juge a donc attendu en vain dans la matinée de lundi, qu’on lui présente Béchir Sinoun avant d’apprendre que celui-ci avait disparu de sa geôle. Ainsi les structures des forces de sécurité ont été mises en alerte pour rechercher activement le fugitif qui fut rattrapé deux jours plus tard à Gao. Cette étonnante évasion avait fait un tollé dans la capitale. Hier, il s’agissait donc pour le prévenu de s’expliquer sur les raisons qui l’ont poussé à cette extrémité, mais surtout de clarifier devant les jurés les circonstances de son action. C’est donc sans surprise que le jeune Tunisien avoua les faits mais nia tout contact avec un groupe terroriste au moment des faits. Il expliquera que les aveux contenus dans le dossier ont été extorqués sous la torture. Selon lui, son action visait la France seulement, c’est pourquoi il a attendu les soirs après le départ des usagers pour perpétrer son attaque. “ Je regrette pour les Maliens qui ont été blessés. Mais je ne regrette pas d’avoir attaqué l’ambassade de France. Je voulais donner une leçon à la France qui persécute les Musulmans ”, a-t-il affirme sans ambages Le ministère public représenté par le procureur général, Souleymane Coulibaly, dans son réquisitoire essayera de démontrer que l’accusé serait en complicité avec d’autres personnes au moment des faits et qualifiera son acte de terrorisme. Les témoins et victimes constitués en partie civile défileront tour à tour pour témoigner des faits. Cependant, parmi les témoins figuraient les militaires qui étaient chargés de garder les locaux de la sécurité d’Etat le jour de l’évasion de Béchir Sinoun. Au grand dam de tous, ceux-ci affirmeront n’avoir jamais su qu’un homme était détenu dans les locaux de la maison qu’ils étaient censés garder. Il a fallu qu’un militaire qui passait derrière la cour de ce bâtiment constate une présence suspecte (la couverture qui a aidé le prévenu à s’évader) sur le mur d’enceinte. La défense représentée par l’étude de maître Waly Diawara tentera d’abord de dénoncer les violations des droits de l’accusé, lors des différentes procédures notamment la torture. Selon la défense, Béchir Sinoun est loin d’être un terroriste, il s’agit plutôt d’un individu déboussolé qui a décidé de se faire une notoriété en explosant une bonbonne de gaz. Car, ajouteront-il, un terrorisme aurait agi à une heure de pointe où l’affluence est grande. Ce qui à leur avis constituait une circonstance atténuante pour l’accusé. La défense dans sa plaidoirie expliquera que sa tâche du jour s’avère très ardue car, il s’agit de défendre une cause perdue, un jugement déjà fait. Cependant en retraçant les faits, elle réussira à démonter, qu’il s’agit d’un acte isolé d’un individu déboussolé. Cette plaidoirie très bien structurée n’a pas convaincu les jurés qui reconnurent Béchir Sinoun coupable de terrorisme et d’évasion et le condamna à la peine de mort et 10 millions de francs cfa de dommages. Les victimes sans doute réconfortées par cette décision ont porté plainte au civil et réclameront près de 200 millions de francs pour dommage. Il faut rappeler que l’un des blessés de l’incident a succombé à ses blessures.