mardi 12 décembre 2017

Header ad
Header ad

Secteur minier : LA STRATÉGIE DES PETITES MINES

Le gouvernement, par l’intermédiaire du département des Mines, ambitionne ainsi de permettre aux nationaux de développer des petites industries minières. Ce qui aura pour résultat de faire briller l’or pour le maximum de Maliens

Producteur légendaire et multiséculaire d’or dans le monde, le Mali est entré dans la production industrielle du métal jaune en 1985. Ce, grâce à l’ouverture, dans le cadre d’un accord d’assistance technique avec l’Union soviétique, de la mine souterraine de Kalana, chef-lieu de la Commune de Gouandiaka, Cercle de Yanfolila dans la Région de Sikasso. De cette date à aujourd’hui, le pays de Kankou Moussa (roi de l’empire du Mali au 14è siècle qui aurait fait le pèlerinage à la Mecque avec 80 dromadaires portant entre 50 et 300 livres d’or en poudre chacun) attend toujours de franchir la barre des 70 tonnes d’or par an.
L’atteinte de cet objectif n’est gagnée d’avance car le secteur manifeste de plus en plus des signes d’asphyxie. Les principales mines en exploitation tendent vers la fermeture. Les sociétés minières découvrent, au même moment, de nouveaux gisements dont la durée d’exploitation varie entre 20 et 30 ans. Mais cela ne saurait suffire « pour faire de l’or le levier de notre émergence économique », comme l’or noir pour les pays du Golf, par exemple.
La réalisation de cette ambition légitime suppose la recherche de solutions alternatives, à la hauteur de l’apport de l’or à notre économie. Le métal jaune, avec une production annuelle tournant autour de 50 tonnes, représente un peu moins de 70 % des recettes d’exportation du Mali. Les recettes de l’or valent 30 % des ressources budgétaires. Ils sont de l’ordre de 7 à 8 % dans le Produit intérieur brut (PIB). Aussi, « si l’Etat a résisté au choc causé par la crise de 2012 et continué à assurer ses missions régaliennes, c’est parce que cette crise a épargné le secteur aurifère », aime à le rappeler le ministre des Mines, Pr. Tiémoko Sangaré.
Ainsi, comme solutions envisagées pour rehausser l’apport de l’or aux recettes de l’Etat, les autorités maliennes veulent booster la production aurifère, en organisant l’orpaillage traditionnel et en cherchant du financement pour la construction des dizaines de petites mines. Afin, espèrent-elles, de doubler la production actuelle qui est de l’ordre de 50 tonnes d’or.
« Activité traditionnelle multiséculaire au Mali, l’orpaillage était bien organisé par le passé », rappelle le ministre des Mines. Il s’agira, explique-t-il, de restaurer les règles qui avaient assuré son bon fonctionnement. « Nous ferons ainsi en sorte qu’à la réouverture, prévue pour le 1er octobre prochain, des sites d’orpaillage (fermés pour raison de sécurité durant l’hivernage) soit installé un dispositif organisationnel basé sur la légitimité des pratiques traditionnelles », préconise-t-il.
En effet, la stratégie en gestation consistera, de l’avis de M. Sangaré, à enregistrer les orpailleurs dans un registre, dans un premier temps. Un comptoir d’achat de l’or produit sur les sites sera, par la suite, installé sur chaque site d’orpaillage. Ce qui permettra, en fin, de répertorier les achats. « A la fin de chaque année, il est ainsi facile de quantifier l’or produit par les orpailleurs », pense le patron du département des Mines. Pour lui, la traçabilité de cette partie de la production nationale est problématique.

L’orpaillage comme levier de l’économie. Comme en témoigne l’écart entre les statistiques officielles et celles officieuses. Au Mali, l’orpaillage produit officiellement 4 tonnes d’or/an. Sa part est, par contre, de 95 % dans les 81 tonnes d’or produites par le Soudan en 2016, classant ce pays troisième producteur d’or loin devant le Mali. Au même moment, les douanes maliennes auraient, grâce à un système de suivi mis en place, enregistré au niveau de l’aéroport 20 tonnes d’or provenant de l’orpaillage. Grâce à ce même mécanisme, cette quantité serait de 16 tonnes d’or, durant la période de janvier à avril 2017.
Combien de tonnes d’or traversent véritablement nos frontières nationales si l’on sait qu’elles sont poreuses ?
Difficile de le savoir. Mais, en y mettant de l’ordre, les pouvoirs publics espèrent savoir avec précision la quantité d’or produit sur les placers. « Ce qui permettra à tous les acteurs d’avoir leur part et rehausser largement la production annuelle d’or. L’orpaillage fonctionnera comme un levier de l’économie », prédit le Pr. Sangaré.
Une vision qui semble trouvé un échos favorable auprès des orpailleurs du Mali. Qui, par la voix du président de leur Fédération nationale, Seydou Keïta, saluent la prise de conscience par les autorités de l’importance de cette forme d’organisation. Dont le but principal est d’assurer la transparence et la traçabilité de l’or produit sur les placers. Pour M. Keïta, les orpailleurs peuvent, en collaboration avec les autorités traditionnelles, coutumières et les propriétaires terriens, s’organiser et sécuriser les sites. Sans, selon lui, compromettre les intérêts de l’Etat, et tout en restant respectueux des textes et règlementations en vigueur. Comme par exemple l’identification des orpailleurs, les inviter à prendre des autorisations légales d’exercice de la profession et à vendre leur or au niveau des comptoirs d’achat…
Membre de la commission des mines à l’hémicycle, Boubacar Sissoko confirme que l’orpaillage doit être mieux organisé. Afin, selon lui, de permettre à l’Etat d’y trouver son compte et se pencher sur la question de la professionnalisation des orpailleurs. En vue de permettre, à long termes, aux opérateurs locaux d’implanter des petites industries.

Développement local et national. Les petites mines sont aussi considérées comme une option pour accroître la production d’or dans notre pays. Pionnière en la matière, la mine de Nampala (Sikasso) de la compagnie canadienne Robex Resources Inc est entrée en production le 1er janvier 2017. Elle a acquis une expérience certaine qu’elle veut mettre à la disposition de notre pays, rapporte son directeur pays. Abdel Kader Maïga apprend que ces mines sont à très faible teneur avec 0,8 g/t et produisent un maximum d’une tonne par an. Pour lui, l’Etat malien peut construire des dizaines de mines de la taille de celle de Nampala. « Nous avons pris conscience de l’importance de la petite mine », rassure le ministre Sangaré. Elles peuvent être un moyen de développement local et national. A cet effet, en développant ce secteur presque inexploité, nous en tirons trois avantages, argumente le Pr. Tiémoko Sangaré.
Premièrement, les Maliens sont préposés dans une position qui leur permettra de devenir à termes de véritables opérateurs miniers. Deuxièmement, il est possible de développer des petites mines sur beaucoup de sites dont une dizaine est déjà connue. Si nous y arrivons, cela fait et autant d’emplois créés, et autant de communautés pour lesquelles il y aura une richesse accessible susceptible de les aider à promouvoir d’autres types d’activités. Enfin, la production issue des petites mines reviendra au Mali. « Si un Malien exploite, par exemple, une petite mine qui produit six tonnes d’or. Ce qui fait environ 150 milliards de Fcfa. Cet opérateur minier investira dans d’autres secteurs de l’économie », analyse-t-il d’un ton optimiste et rassurant.
Cheick M. TRAORE

 

Articles connexes

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *