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PostHeaderIcon Hommes armés rentrés de Libye : MISSION PARLEMENTAIRE DIFFICILE

Les premiers contacts entre une délégation de députés et les ex-combattants de retour de Libye ont été des plus compliqués

Hommes armés rentrés de Libye : MISSION PARLEMENTAIRE DIFFICILE

Comme nous l’annoncions dans notre édition du 15 novembre, une mission parlementaire vient de séjourner dans la Région de Kidal. Elle était constituée d’une quinzaine de députés. Du 13 au 16 novembre, les élus ont rencontré trois groupes d’ex-combattants rentrés de Libye. La mission était conduite par El Hadj Baba Haïdara et comprenait des personnes ressources du Nord. Zakak, une localité située à une quarantaine de kilomètres de la frontière avec l’Algérie a été la première étape de la mission après deux jours de route difficile entre les dunes de sable et les chaines de collines. C’est ici que la délégation a rencontré le premier responsable se réclamant d’un « Mouvement national de libération de l’Azawad » (MNLA). Le premier contact a eu lieu le lundi vers 15 heures, à l’ombre d’un arbre épineux dans un oued. Les parlementaires avaient été guidés à l’endroit grâce au système de géolocalisation (GPS) des téléphones satellitaires. Ils avaient perdu toute la matinée en empruntant de fausses pistes. Mais peut-être que cela faisait aussi partie du jeu.

BONNE DEMARCHE. Quelques minutes après s’être installés sous l’arbre, les membres de la délégation virent arriver un véhicule tout terrain, comme sorti de nulle part. L’on retenait son souffle. Du véhicule débarquèrent deux hommes en uniforme, armés de Kalachnikov. Ils saluèrent de la main les membres de la délégation. Ensuite l’un d’eux s’approcha et salua les membres de la délégation en langue nationale tamasheq. Pendant ce temps, l’autre faisait le tour du site pour vérifier que la délégation était effectivement venue seule, sans escorte. Une manœuvre qui a fait immédiatement réagir le député Mohamed Ag Intallah qui faisait partie de la mission. « Vous avez besoin de quelque chose ? », lui demanda l’honorable élu de la nation. Et l’homme de répondre : « De rien. Nous sommes juste de passage ». Les autres députés, essentiellement élus dans les régions de Tombouctou, Gao et Kidal tentèrent de décrisper l’atmosphère en taquinant les deux hommes. C’était la bonne méthode puisque les deux hommes se levèrent spontanément pour serrer la main à tous les membres de la délégation. Ils prirent ensuite congé. Mais en partant, ils empruntèrent une autre voie que celle par laquelle ils étaient venus. La manœuvre n’échappa évidemment à personne. Quelques minutes plus tard, des bruits de moteur de firent entendre et les membres de la délégation retinrent à nouveau leur souffle. Cette fois-ci, ce sont des hommes vêtus pour certains en tenue militaire et d’autres en civil, qui débarquèrent. Mais les militaires se tinrent à l’écart pendant que les « civils » venaient entamer le dialogue avec la délégation. Il s’agissait en fait de définir l’ordre du jour de la rencontre, un objectif fixé du reste avant le départ de la délégation de la ville de Kidal. De commun accord, l’heure de la rencontre sur le fond fut fixée à 16 heures après la prière et l’incontournable partie de thé. Il avait été également convenu que la mission repartirait juste après la rencontre, probablement vers le petit soir.

DANS LE VIF DU SUJET. Avant 16 heures, deux autres véhicules arrivèrent. Trois jeunes hommes enturbannés, habillés en boubou traditionnel, descendirent complétant le nombre du camp d’en face à cinq. Alors que la délégation s’attendait à discuter directement avec d’anciens officiers rentrés de Libye, elle a dû se résoudre à engager d’abord le dialogue avec les cinq jeunes. Après les préliminaires protocolaires, l’on entra dans le vif du sujet. Les cinq jeunes hommes dont l’âge varie entre 25 et 35 ans, s’assirent côte-à-côte. En face d’eux les députés et les autres membres de la délégation dont la presse. Mais pas de photo, ni de caméra pour la presse nationale. Par contre, à peine les présentations terminées, l’un des cinq jeunes hommes tira de sa poche une mini camera et commença à filmer. La presse nationale pensant qu’il s’agissait d’un feu vert pour tous commença aussi à faire des images. Mais dans l’autre camp, l’on demanda aussitôt d’arrêter de prendre des images. Tout le monde rangea donc son appareil. La rencontre pouvait alors se poursuivre avec une présentation détaillée des uns et des autres. Ce sont les députés qui se présentèrent d’abord. Ensuite ce fut le tour de l’autre partie. Parmi les cinq jeunes gens, quelqu’un se présenta comme Bilal Ag Acherif, « secrétaire général du MNLA ». Il s’exprimera en langue tamasheq pendant toute la rencontre. Un autre déclinera son identité comme Abdoul Karim Ag Matafa, « président du conseil révolutionnaire du MNLA ». Le troisième à se présenter est celui qui avait commencé le premier à filmer. Il serait le cameraman de la « cellule de communication du MNLA ». Les deux autres se présentèrent ensuite comme venant de Ménaka et du Burkina Faso. Le « Burkinabé » est un Tamasheq bon teint. Il a expliqué que ses parents se sont installés dans « le pays des hommes intègres » depuis des années. Apparemment très croyant, c’est lui dirigera la prière du crépuscule (Magrib).

AUCUNE LEGITIMITE. Pendant toute la rencontre, les cinq hommes ont parlé au nom du « peuple de l’Azawad ». Une entité qu’ils estiment s’étendre sur les régions de Tombouctou, Gao et Kidal. Ce qui devait tout naturellement estomaquer les députés. « Vous parlez au nom de l’Azawad que vous ne connaissez même pas. Nous les députés, nous sommes élus et sommes originaires des trois régions du Nord. Vous revendiquez quelque chose au nom de tous les habitants du Nord sans être mandatés par ceux-ci. D’où tirez-vous votre légitimité ? Vous avez plutôt intérêt à approfondir vos connaissances sur l’historique de l’Azawad. Les Maliens sont chez eux et se battront jusqu’au bout pour l’intégrité territoriale de leur pays », sermonnera, furieux, le député élu à Ménaka, Bajan Ag Hamato. L’élu a dispensé un petit cours magistral aux jeunes se réclamant du « MNLA » avant d’expliquer que le vrai peuple de l’Azawad s’est toujours battu pour l’unité du Mali et la cohésion entre ses fils. « Un mouvement qui se lève avec l’idée de division en tête n’est pas digne de l’Azawad et n’a même pas le droit de s’exprimer au nom celui-ci », poursuivra le député. Le député élu à Tin-Essako, Mohamed Ag Intallah, connu pour son franc-parler enfoncera le clou : « On ne débarque pas dans un pays pour autoproclamer sa légitimité. Vous n’êtes pas sérieux ! ». Les esprits commencèrent à s’échauffer. Heureusement vint l’heure de la prière dirigée comme indiquée plus haut par le « Burkinabé ». Celui-ci et ses compagnons se retirèrent ensuite pour se consulter. Trois d’entre eux avaient un téléphone satellitaire. Ceux-ci se mirent à téléphoner. La délégation parlementaire profita également de ce temps pour peaufiner sa stratégie. Il était 20 heures quand les deux parties décidèrent de suspendre les discussions pour les rependre le lendemain matin à 7 h 30. Les membres de la délégation passeront la nuit à même le sol, disons à même le sable sous bonne garde d’hommes armés. Entre temps, l’on avait appris l’arrivée imminente d’un « officier » présenté comme faisant partie de « l’aile armée du MNLA ». Il aurait déserté des rangs de l’armée nationale depuis Tombouctou où il était cantonné pour rejoindre les hommes armés rentrés de Libye. Il ne serait d’ailleurs pas à sa première désertion. Arrivé sous escorte de ses hommes, il discutera longuement avec quelques députés à huis-clos. Le lendemain comme convenu, la rencontre commença à 7 heures 30 entre les députés et « l’aile politique » du Mouvement constituée d’hommes armés rentrés de Libye. Après six heures de discussion, aucun accord ne sera trouvé. Alors qu’au début, les deux parties s’étaient entendues pour signer un accord à l’issue des échanges. Issiaka Traoré, l’assistant parlementaire qui faisait partie de la délégation, avait même couché sur papier les termes dudit accord. Mais au moment de la signature, deux hommes du MNLA se sont retirés pour passer un coup de fil. À leur retour, ils annonceront qu’il n’y aura pas de signature d’accord. C’était la surprise générale. Ceux qui disent être les représentants du MNLA ont quand même précisé qu’ils ne mèneront aucune action militaire. Visiblement, ils entendaient être crus sur parole.