Contre toute attente en cette période de l’année, le microcosme politique s’est brusquement emballé
Les chroniqueurs politiques le savent bien, mais difficile de s’y habituer : l’animation politique n’obéit souvent à aucune logique. Avec ou sans événement lié à l’actualité, le microcosme politique peut s’emballer à tout moment. Les développements des dernières semaines sur le front politique confirment ce constat. Pourtant traditionnellement, l’hivernage est considéré comme une période morte pour la politique, sauf en cas d’élection. Il faut dire qu’avec les vacances parlementaires, gouvernementales et même scolaires, la saison n’est pas la mieux indiquée pour l’agitation politique. Mais cette année, il semble que les politiques ont décidé d’inverser cette tendance. Depuis quelques semaines, les événements se succèdent. Il y a eu d’abord cette démission spectaculaire d’une partie de la direction et des militants du CNID FYT. Puis la sortie du RPM à l’occasion de son 9è anniversaire et sa prise de position sur un certain nombre de sujets de la vie nationale. La semaine dernière, c’est le rapprochement entre l’Adema et le PARENA qui revenait au devant de l’actualité. Jeudi, l’on apprenait que le tribunal administratif a annulé les opérations électorales du 16 mai de l’Association des municipalités du Mali. Mais l’événement phare de la semaine aura été sans doute le lancement du nouveau Parti pour le développement économique et solidaire, prévu pour demain. Il n’y a objectivement aucun lien entre ces différents événements, mais ils ont tous le mérite de réveiller une scène politique qui ne s’échauffe que de manière conjoncturelle. D’abord le Parti pour le développement économique et solidaire (PDES) dont l’annonce de la création a fait couler tant d’encre et de salive. Le monde politique et au-delà, le pays retient son souffle. Après s’être gardé pendant 8 ans de créer un parti politique qu’est ce qui a donc finalement décidé les partisans du chef de l’Etat à sauter le pas ? Quel en est l’esprit ? Le président de la République avait répondu en partie à ces questions lors de sa traditionnelle conférence de presse du 8 juin dernier. « Il y a des hommes et des femmes qui me soutiennent depuis de longues années. A un moment donné s’ils décident d’évoluer sous une autre forme, il n’y a rien de plus normal », avait indiqué en substance, le chef de l’Etat. L’un des initiateurs du projet précise : « il ne s’agit pas transformer le Mouvement citoyen en parti politique. C’est un nouveau parti qui est crée. La nuance est importante. Le nouveau parti va rassembler au-delà du Mouvement citoyen, même si celui-ci en constitue l’ossature ». Et notre interlocuteur de rappeler qu’il reste encore deux ans avant la fin du mandat du président Touré. « La création du PDES est une nouvelle forme qualitativement meilleure dans notre soutien à l’action du chef de l’Etat. C’est une nouvelle phase de notre évolution », ajoute-t-il. Pendant que les initiateurs du Parti pour le développement économique et solidaire préparaient activement leurs assises, l’une des grosses pointures de la scène politique célébrait son 9è anniversaire. Il s’agit du Rassemblement pour le Mali, crée le 30 juin 2001 par l’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Kéïta. Lors d’un rassemblement organisé quelques jours plus tard par la section du District de Bamako, le patron du parti, a fait une sortie remarquée avec sa verve habituelle à travers une intervention ponctuée de références à l’esprit républicain et aux principes de la démocratie. Déjà deux fois candidat à l’élection présidentielle, le parton de tisserand a confirmé qu’il faudra à nouveau compter avec lui pour l’échéance de 2012. Deux autres formations, l’Adema et le Parena ont également sans doute les yeux rivés vers cette échéance. La question de leur rapprochement a, à nouveau, fait surface la semaine dernière à l’occasion d’une visite du président du Parena, Tièbilé Dramé dans son fief de Nioro du Sahel. Les deux partis sont de vieux partenaires. Au milieu des années 1990, ils avaient déjà signé une plateforme commune et le PARENA était ensuite entré dans le gouvernement dirigé par l’ADEMA. Le rapprochement entre les deux partis s’est propulsé au devant de l’actualité avec en prime une image forte de Tièbilé Dramé et Mme Sy Kadiatou Sow, figure historique de l’ADEMA, assis côte à côte. En fait les deux personnalités originaires de Nioro du Sahel étaient présentes dans la localité à la faveur d’une conférence organisée par une association locale. Le 11 juillet, interpellé par des militants, Tièbilé Dramé révélait l’historique du rapprochement. Selon ses propos rapportés par nos confrères du Républicain dans leur édition en date du 13 juillet, le projet de partenariat ou de fusion entre les deux partis remonte à 2005. L’initiative serait venue de l’ADEMA dont le président Dioncounda Traoré proposait la fusion tandis que le PARENA penchait pour la création d’un « front politique » dans le cadre du partenariat. Une commission mixte fut mise en place pour analyser la question. Elle se prononça en faveur de la fusion. En 2009 et 1010 l’initiative est entrée dans sa phase active quand le PARENA affirmera au cours de son dernier congrès qu’il est indispensable que les partis qui se ressemblent se rapprochent. Toujours, selon Tièbilé Dramé cité par le Républicain, des rencontres ont eu lieu entre les directions des deux partis. Le 18 mai dernier, ceux-ci devaient se rencontrer pour faire des propositions. Mais cette rencontre sera annulée par l’ADEMA. Dans tous les cas, il semble que le rapprochement des deux partis est en très bonne voie. Les discussions buteraient uniquement sur l’appellation du futur parti en cas de fusion. Revenons au coup de théâtre intervenu mercredi dernier dans l’affaire concernant le bureau de l’Association des municipalités du Mali. En donnant raison à l’ancien président de l’AMM, Abdel Kader Sidibé, le tribunal administratif inaugure sans doute une longue bataille judiciaire qui risque d’aller jusque devant la plus haute juridiction du pays. Rappelons que réunis en congrès les 15 et 16 mai denier, les maires avaient élu le nouveau bureau de l’AMM. Candidat contre l’avis de son parti, le président sortant avait perdu contre le maire de la Commune V Boubacar Bah dit « Bill », officiellement désigné par le parti et soutenu par une coalition de formations politiques. Abdel Kader Sidibé avait alors saisi le tribunal administratif pour contester la régularité des opérations électorales. L’affaire vient de connaître son épilogue provisoire.