En cette période de forte chaleur, il n’ya pas que les hommes qui ont besoin d’eau. Les animaux aussi.
Ainsi à Kidal, on voit des ânes, à longueur de journée, sillonner la ville à la recherche d’une source pour s’abreuver. Ces centaines de baudets n’ont plus de maîtres pour la plupart car ils ont été remplacés par les pick-up japonais et les motos chinoises pour les corvées auxquelles ils étaient affectés. Le sort de ces animaux désormais « inutiles » est le cadet des soucis de leurs propriétaires d’antan. Dure condition que celle des ânes abandonnés de Kidal. C’est, en effet, à la force des ruades que les plus forts réussissent à s’assurer quelques gorgées d’eau souillée autour des fosses septiques. Ces scènes de combats mortels se passent sous les yeux impuissants des citadins. Les ânes s’attroupent parfois dans la cour de la douane (hors des heures de travail) pour profiter des gouttes d’eau qui fuient du robinet. A une centaine de mètres du point de regroupement des animaux se trouve une école primaire. Les parents d’élèves qui viennent déposer ou récupérer leurs enfants en doivent prendre leur mal en patience car les ânes ne réagissent plus depuis longtemps aux coups de klaxons des automobilistes et motocyclistes. Pour se frayer un chemin, conducteurs de voitures, motocyclistes et mêmes piétons, sont obligés, soit de faire un détour, soit de se faufiler entre les équidés assoiffés à leurs risques et périls. Une ruade est, en effet, vite assénée. L’inquiétude vaut également pour ces écoliers imprudents qui se plaisent à provoquer les baudets en les tirant par la queue. Il y a quelques jours, l’ancien directeur régional des douanes a eu la bonne idée de faire construire un bassin en ciment pour désengorger les abords du robinet. Les ânes venaient s’y abreuver et poursuivre leur chemin. Mais en cette période de canicule, cette eau ne suffit plus et certains animaux ont repris le guet devant le robinet en attendant une eau hypothétique. D’autres préfèrent tourner en ville pour trouver à se désaltérer. Les fuites d’eau ou les fosses septiques sont leurs cibles préférées. Gare aussi à ceux qui laissent leurs portes ouvertes. En dépit des coups de bâton, ces pauvres « hères » sont prêts à tout pour une gorgée d’eau. Que celui qui n’a jamais eu soif, leur jette la première pierre.