Jusqu’où peut-on aller dans l’incivisme et la question vaut-elle encore d’être posée ? Le phénomène donne, en effet, l’impression de croître et de se banaliser au fur et à mesure que la critique persiste à son égard.
Dans cette rubrique, nous avons exposé maints cas d’incivisme comme ces conducteurs qui abandonnent impunément leur véhicule en panne en plein milieu de la voie. En voilà encore cas. Depuis près de deux semaines, à Djicoroni-Para, le conducteur d’un camion tombé en panne, l’a abandonné en plein milieu de l’autoroute qui relie le quartier à l’échangeur multiple. Le poids lourd trône au beau milieu de la chaussée en face d’un service d’accueil d’Energie du Mali et à un point de virage. Les occupants des bâtiments et maisons des alentours ont demandé au propriétaire du gros porteur de le faire tracter pour, au moins, l’amener au bord de la route. Mais celui-ci prétend que le camion ne peut pas bouger avant son dépannage. Il s’est donc contenté de décharger le véhicule des sacs de charbon qu’il transportait, avant de disparaître dans la nature abandonnant sur place l’apprenti. Ce dernier a passé la nuit auprès de l’engin durant toute la première semaine. Mais le jour de la fête de Tabaski, il a disparu à son tour. Il est réapparu, il y a deux jours pour … enlever deux roues du véhicule. Le message semble clair : le camion va prendre racines. A moins que quelqu’un d’autre ne s’assume. Comme peut-être les services compétents de la circulation routière. Le conducteur, lui, n’a plus donné de ses nouvelles depuis les premiers jours de la panne lorsqu’il venait de temps en temps voir le véhicule. Est-il utile de décrire les conséquences de ce stationnement intempestif sur la circulation ? Allez, soyons « maso » : il provoque des embouteillages aux heures de pointe et augmente les risques d’accident en réduisant le champ de vision des usagers de la voie. Surtout des piétons qui traversent la route. Parfois, des conducteurs distraits et n’imaginant pas un camion en panne à cet endroit, torturent freins et volant pour l’éviter. L’apprenti a cru trouver une solution à cette situation en fixant à l’aide de deux gros cailloux, un pneu usagé en guise de signal d’avertissement. Arrêtons là de débiter des évidences familières à tous les usagers de la circulation à Bamako. Et disons aux naïfs qui s’indignent encore de la mansuétude de ceux qui devraient punir les contrevenants, de respirer un grand coup et de rassurer : ils n’ont pas encore tout vu.