Cette bâtisse vétuste est un des symboles du cercle de Gourma Rharous. Elle a été construite entre 1926 et 1927, sous la direction du capitaine Mourghes, premier administrateur colonial du cercle.
Selon des témoignages, l’officier aurait investi les lieux après de longs jours de voyage en provenance de Tombouctou. Particularité : il voyageait dans un hamac porté par des hommes. Entièrement bâti en matériaux locaux (briques en terre cuite, argile et bois de rônier), le fort occupe une position stratégique. Perché sur un promontoire au bord du fleuve, il surplombe la ville. Les marches menant à la principale porte d’accès donnaient directement sur le fleuve. A partir de la terrasse du bâtiment à deux niveaux, on peut déceler tous les mouvements sur le fleuve et sa vallée sur plus de 30 kilomètres. Le capitaine Mourghes aurait été dépêché sur les lieux par l’administration coloniale pour mettre fin aux razzias organisées par les communautés touaregs et tamasheqs dans la bande du fleuve où le commerce était florissant. Sa résidence lui servait donc de forteresse et de mirador pour contrôler les activités le long du fleuve Niger. Après le départ des Français, la bâtisse a continué à servir de résidence à tous les administrateurs qui se sont succédé dans le cercle. Lors l’attaque de la ville par les rebelles touaregs en 1994, le fort a été soumis à rude épreuve. Il abritait alors le quartier général de l’armée et servait de refuge à nombre d’habitants de la ville. Aujourd’hui encore, l’impact des balles est visible sur les murs. Après cette période troublée, le fort a été abandonné. Aujourd’hui, il est en ruine. Faute d’entretien, il est en train de s’effondrer comme un château de cartes. Ce pan important de l’histoire mérite mieux que d’être englouti par les sables.
(Photo C.A. DIA)