mardi 21 novembre 2017

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Manuscrits anciens en Afrique de l’Ouest : LES TEMOINS DU PASSE CULTUREL DU SAHARA

Plusieurs bibliothèques privées se sont organisées dans le cadre d’un accord cadre au sein
de l’ONG – SAVAMA – DCI pour la sauvegarde et la valorisation des manuscrits

Ces ouvrages manuscrits mentionnent la production intellectuelle et culturelle au Soudan central et occidental. Ils sont conservés dans les bibliothèques privées, publiques, dans les mosquées et dans les zaouïas

Les manuscrits anciens attestent la présence et surtout l’importance de l’écriture dans les sociétés africaines précoloniales. L’écriture, plus encore le texte manuscrit imprègnent le tissu social africain, et participent aux domaines politique, économique, juridique et religieux de diverses manières.Ils soudent les individus, leurs énergies, leurs besoins et aspirations. Ils inscrivent ces tendances dans un univers de relations possibles avec eux. Ils dominent les articulations d’idées et d’émotions, les signes de personnes et leurs actions. C’est en ces termes que Seyni Moumouni, chercheur à l’Université Abdou Moumouni de Niamey-Niger, introduisait sa conférence sur le thème de « L’état des lieux des manuscrits en Afrique de l’Ouest ». C’était en décembre dernier lors de la Conférence sous régionale sur la conservation et la valorisation des manuscrits en Afrique de l’ouest.
Le conférencier explique que « les manuscrits témoignent de l’importance des sources historiques et offrent des nouvelles pistes de recherche ». Les disciplines qu’ils abordent sont diverses et couvrent tous les domaines de la connaissance. Durant des siècles, un immense héritage s’est mis en place au Soudan Central, celui de la culture écrite, symbolisée par la richesse des bibliothèques des manuscrits anciens qui subsistent de nos jours en Afrique et particulièrement dans sa partie occidentale.
Des villes comme : Tombouctou, Gao, Djenné, Chinguitti, Oualatta, Agadez, Sokoto, furent des centres réputés en matière de pratique d’écriture et de transmission du savoir culturel et historique. Ces centres connurent d’intenses pratiques d’écriture, véritable carrefour culturel. Au fil des siècles, ils ont joué à la fois un lieu de passage, de brassage culturel et d’échange entre les peuples. Les experts distinguent  deux catégories de manuscrits: le manuscrit en langue et écriture arabe et le manuscrit dit « ajami » produit à partir d’un système de transcription des langues africaines par l’adoption de l’alphabet arabe. Ce type d’écriture a permis de fixer des langues jusqu’alors orales : Songhay, Bambara, Wolof, Swahili, Haoussa, Fulfuldé, Gonja, Mampurlé, etc.
Les disciplines qu’ils abordent sont diverses et couvrent tous les domaines de la connaissance : la littérature, l’histoire, la médecine (la pharmacopée), l’astronomie et les sciences politiques, sociales, économiques et juridiques. On retrouve des manuscrits anciens en écriture arabe et ajami dans presque tous les pays ouest-africains. Leur nombre et leur importance varient d’un pays à un autre.
Des pays comme  Mauritanie, Mali, Nigeria, Niger,  Sénégal,  Tchad, Guinée,  Ghana, Cameroun, Burkina, Bénin, Côte d’Ivoire,  Guinée Bissau, Togo, Gambie, Libéria, Sierra Leone,  Cape Vert. Mais, selon le chercheur, les pays comme la Mauritanie, le Mali et le Nigéria,… représentent le berceau de cette  tradition manuscrite.
La production du savoir islamique fut assurée dans un premier temps par des auteurs orientaux et des voyageurs arabes tels que : al-Umarî (1342-1349), Ibn Battûta (1356), Ibn Khaldûn (1374-1406), al-Suyûti et al-Maghili.
Leurs ouvrages mentionnaient la production intellectuelle et culturelle au Soudan central et occidental. Puis, par des générations successives d’auteurs africains parmi eux des femmes (‘Umû hânî, Nana Asmahu (fille Uthmân dan fodio) et des hommes (Ahmed Bâba (1556-1627), Mahmûd Kâti, Abdel Rahmân al-Sâ’di, Uthmân dan Fodio, Mohammad Bello, Abdoullah dan Fodio, Elhaj Omar fûtî, Cheikh Moussa Kamara, Cheikh Marhaba,…). Léon Jean l’africain (1492 – 1552), témoigna dans son ouvrage sur « la description de l’Afrique » de l’intensité de la vie intellectuelle qui animait la cité : « il y a de grandes quantités de juges, et d’autres hommes de savoir, entretenus à grands frais par le roi.
C’est ici également que sont apportés divers manuscrits ou livres écrits depuis la Barbarie, lesquels sont vendus plus chers que n’importe quelle autre marchandise… ».
La situation actuelle des fonds des bibliothèques : Les manuscrits sont conservés dans les bibliothèques privées, publiques, dans les mosquées et dans les zaouïas. Les manuscrits sont les témoins du passé culturel de l’espace saharien. Leurs détenteurs sont les membres des grandes familles religieuses, les descendants des grandes personnalités historiques. Mais on trouve dans presque chaque village de quelque importance un écrit exposant l’histoire de la fondation du village et des débuts de l’islam en ce lieu, avec la généalogie des acteurs de son développement. Il existe de nombreuses bibliothèques publiques et privées où sont conservés les manuscrits. Un nombre important des fonds sont encore dans une phase d’inventaire.
L’installation progressive des centres de centralisation qui a commencé dans les années 60 a conduit plusieurs chercheurs africains et étrangers à contribuer à la gestion du dépôt des manuscrits. Certains ont encouragé les traductions des chroniques, d’autres ont mené une campagne d’acquisition, de reprographie et le microfilmage de nouveaux manuscrits de valeur inestimable.
Les bibliothèques publiques : Le fonds de l’Institut de Hautes- Etudes et de la Recherche Islamique Ahmad Baba  (IHERIAB) de Tombouctou.
De sa création en 1970 sous le nom de CEDRAB à nos jours, le nombre de manuscrits anciens est évalué à 64000 (Soixante quatre mille).
Le fonds du Centre of Arabic Documentation d’Ibadan, crée en 1962  possède des bibliothèques à Sokoto, Kano, Zaria, Ibadan, Kathina, Maiduguri Arewa House. Il collecte environ 2800 manuscrits.     Le fonds de l’Institut Mauritanien de recherche scientifique, gère également « les maisons du livre à Chinguitti, Ouadane, Oualata, Tichitt.
Le fonds de l’Institut de recherche en sciences humaines de Niamey (Mara 1973 Boubou Hama  dénombre 4500 catalogués dont 400 sont récents.  Les fonds de la bibliothèque de l’Institut Français d’Afrique noire (Dakar)  créé en 1970 Gilbert Vieillard, IFAN Dakar recense environ 1000 documents. Le fonds de l’institut des Etudes Africaines de l’université du Ghana (IAS) (1969 Thomas Hodgkin & Ivor Wilks nombre = 500 / 5000 inventoriés dans le pays). Quant aux bibliothèques privées, elles conservent essentiellement des manuscrits issues des grands centres religieux, ou « oyers culturels ». Leurs détenteurs sont les membres des grandes familles religieuses, les descendants des grandes personnalités historiques. Une rapide prospection dans la plupart de ces centres, puis des enquêtes plus longues dans quelques-uns d’entre eux montre la richesse et l’importance de ce patrimoine écrit sur place. Ce qui est accessible à l’observateur extérieur n’est certainement qu’une petite partie de ce qui existe.
Plusieurs bibliothèques privées se sont organisées dans le cadre d’un accord cadre au sein de l’ONG – SAVAMA – DCI pour la sauvegarde et la valorisation des manuscrits. SAVAMA œuvre au service des manuscrits du Mali. + 300 000 Protection, conservation physique, inventaire, numérisation, construction et réhabilitation, mise sous rayonnage, publication.
L’histoire de la lecture s’organise à partir des modalités physiques et corporelles  de l’acte de lecture. Elle met l’accent sur l’importance décisive du passage d’une lecture oralisée, indispensable au lecteur pour la compréhension du sens du texte, à une lecture silencieuse.
La lecture à haute voix reste le fondement des diverses formes de sociabilité, familiales, savantes ou publiques, et le lecteur lit pour d’autres.  La lecture à haute voix est la lecture implicite des genres forts divers : les genres poétiques (chants populaires, chants religieux, etc) en ajami. Le lecteur est plus souvent confronté à un corpus fermé de textes, lus et relus, récités, entendus et parfois sus par cœur et transmis de génération en génération.

Y. DOUMBIA

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