Au cours de la réception, Sa Majesté la Reine Béatrice et le président Touré ont salué, chacun dans son style, les mérites et les atouts de l’un et l’autre pays
Après la cérémonie officielle d’accueil, la deuxième rencontre entre le président et Sa Majesté la Reine Beatrice a eu lieu mardi soir à la faveur d’un dîner de gala offert par la souveraine dans une des salles du Palais royal. La réception a réuni près de 200 convives. Les échanges de toast entre les deux chefs d’Etat ont été des plus chaleureux. A l’image des relation humaines entre les deux pays. C’est sa Majesté la Reine qui a donné le ton. « C’est de tout cœur que je souhaite à vous et à Mme Touré la bienvenue dans notre pays. La visite d’un président du Mali est un événement qui témoigne des excellentes relations entre nos deux pays. J’apprécie très hautement qu’à la suite du terrible incident de la semaine passée, vous avez exprimé personnellement votre horreur devant cette action odieuse et votre sympathie pour les victimes. Nous voulons tous croire à un dénouement heureux », a témoigné la Reine. Avant de souligner que le Mali est connu pour sa longue et riche histoire. Un carrefour des cultures qui dans maints domaines a contribué à la civilisation mondiale. « Les Maliens en sont fiers à juste titre. Cette histoire se prolonge jusqu’à nos jours par d’impressionnants lieux de mémoire qui attirent nombre de visiteurs. Quatre d’entre eux figurent d’ailleurs sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. C’est avec admiration que le monde voit le Mali comme l’exemple d’une société qui s’épanouit dans le brassage des peuples et des cultures. Dans un passé récent, vous avez vous-même rétabli la démocratie au Mali en vous inspirant dans un certain sens de la tradition. En effet, l’ancienne constitution de l’Empire du Mali (la Charte de Kurukan Fuga NDLR) accordait déjà un statut juridique à ses citoyens. A présent, le temps est aux contacts animés entre les habitants, à l’émergence d’organisations sociales, aux échanges et à l’information. Ces développements illustrent la renaissance de la démocratie et de ses valeurs », a constaté Sa Majesté. La souveraine a relevé que l’économie malienne traverse une phase difficile. « Ma belle-fille, la Princesses Maxima m’en a parlé après sa visite au Mali en mai dernier. Elle était enthousiasmée par l’accueil positif réservé dans votre pays à la finance inclusive pour le développement. Les importants travaux d’infrastructures réalisés actuellement malgré les difficultés que connaît votre pays, ouvrent fort heureusement de nouvelles perspectives d’avenir. Le nombre croissant de jeunes Maliens qui suivent une formation professionnelle est lui aussi source d’espoir. Conscient de la position importante que l’agriculture et l’élevage occupent au Mali, votre gouvernement s’efforce de promouvoir la bonne gestion de l’eau. Le grand projet d’irrigation en cours de réalisation par l’Office du Niger occupe une place centrale dans la coopération qui existe depuis plus de 30 ans entre nos deux pays », a poursuivi La Reine. La recherche scientifique s’inscrit elle aussi dans le cadre de la coopération bilatérale. « Dans les domaines tels que l’archéologie, l’anthropologie, la sociologie et l’agronomie, le Mali est très populaire auprès des chercheurs néerlandais. Des dizaines d’entre eux ont choisi pour leur thèse de doctorat des sujets typiques du Mali -et coopèrent avec succès- avec leurs collègues maliens. Par ailleurs, votre Musée national et notre Musée d’ethnologie œuvrent en commun pour le maintien de la culture et procèdent à l’échange d’expositions. Toutes ces formes de coopération témoignent chacune à sa façon de la fascination qu’exerce votre pays sur tant de Néerlandais » ajouté la Reine. Et de poursuivre : « Le Mali a été un des piliers de l’Opéra du Sahel dont mon mari, le Prince Claus a été l’initiateur. La Fonds qui porte son nom a soutenu la réalisation et plus tard, la tournée de cette de cette grandiose œuvre musicale qui regroupe tant de talents de divers pays du Sahel. C’est en 2006 qu’a eu lieu à Bamako la première représentation, un honneur justifié pour le pays qui dans le domaine de la musique se fait entendre d’une manière impressionnante à travers le monde ».
UNE SOURCE D’INSPIRATION. En réponse à cette intervention de la Reine, le président de la République s’est dit particulièrement touché par la qualité de l’accueil. « Au Mali nous sommes impressionnés par le chemin parcouru par votre pays. Le modèle néerlandais de développement qui assure aujourd’hui à votre pays un grand rayonnement au sein de l’Union européenne est une source d’inspiration pour de nombreuses nations dans le monde. « Le Mali se réjouit des liens privilégiés d’amitié et de coopération qui unissent nos deux Etats depuis plus de 35 ans. Cette visite donne l’occasion de les renforcer davantage », a assuré le chef de l’Etat en rappelant que la coopération entre les Pays-Bas et le Mali remonte au début des années 70, période des pires sécheresses au Sahel qui ont durablement affecté l’économie de notre pays. Le partenariat se caractérise par la diversité des domaines de coopération, a ajouté le chef de l’Etat en citant des projets phares que les Néerlandais accompagnent dans les secteurs de la gestion de l’eau, l’agriculture, la sécurité alimentaire, l’éducation, la santé, la culture. Notre pays a choisi de reposer son développement sur les fondement que sont la bonne gouvernance, le respect des droits de l’homme et le renforcement de la démocratie, la participation et la responsabilisation des populations sans discrimination (notamment à l’égard des femmes), la promotion des services sociaux de base, la consolidation de la paix et de la sécurité. Revenant sur la situation dans l’espace sahélo-saharien, il a souligné qu’au début des années 90, le défi politique majeur en Afrique était celui de la démocratisation. 20 ans après, les questions de sécurité sont devenues une préoccupation majeure, notamment dans la bande sahélo-saharienne. Les menaces dans cette bande sont le trafic de cigarettes, les réseaux de passeurs de candidats à l’émigration clandestine vers l’Europe, la drogue et les groupes terroristes. Face à cette situation, le Mali a inscrit son action dans deux directions : d’une part s’engager résolument dans la coopération avec les Etats voisins pour les mesures de sécurité collective et d’autre part, mettre en place une politique nationale de lutte contre l’insécurité dans la bande. Dans la phase d’urgence, le Programme spécial pour la paix, la sécurité et le développement du Nord du Mali est en cours d’exécution. Fondé sur le binôme sécurité-développement, le PSPSDN apportera des réponses concrètes aux besoins des populations en matière de santé, d’éducation, d’accès à l’eau potable de soutien à l’activité économique locale. Le retour de l’administration et des forces de sécurité affirmera une présence de l’Etat indispensable au succès du Programme. « Au moment où nous engageons ces efforts soutenus avec l’appui de nos partenaires au développement dont les Pays-Bas, la bande sahélo-saharienne fait face à de nouveaux risques sécuritaires liés à la situation en Libye. Le Mali a enregistré un important mouvement d’hommes et d’armes en provenance de ce pays. Nous sommes mobilisés pour faire face à l’accueil et à l’urgence humanitaire qu’il implique. Dans un second temps, l’Etat s’attèlera à la question de l’insertion et de la réinsertion des populations concernées. Toutefois, nous demeurons vigilants sur les conséquences sécuritaires du phénomène des retours en relation avec les autres pays concernés », a conclu le président de la République sur ce chapitre.