Au 18è sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union africaine on attendait le dénouement d’un poker menteur entre une Afrique anglophone un peu trop confiante en elle-même et une Afrique francophone sujette à des crises politiques et des ennuis sécuritaires à répétition.
Mais voilà que l’on est reparti hier d’Addis-Abeba stoïque. Le conclave n’ayant pu départager la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma et le Gabonais Jean Ping, candidat à sa propre succession à la tête de la commission de l’Union africaine, l’organe exécutif de ce regroupement continental. Les deux candidats revendiquent deux postures. Conformément à la tradition de l’UA, Jean Ping présentait une candidature individuelle. Certes, le Gabon soutient sa démarche à 100 % mais Ping mène sa propre politique. La preuve : le 25 mai 2011, à Addis-Abeba, le Gabon a soutenu l’action militaire de l’Otan en Libye, alors que Ping s’est prononcé contre. Dlamini-Zuma, elle, présente la candidature de l’Afrique du Sud, et ne s’en cachait pas. Le 12 janvier, quand le président Zuma est allé au Conseil de sécurité, à New York, pour critiquer durement les frappes de l’Otan en Libye, elle était à côté de son ex-mari. Mais au-delà de ces professions de foi et des postures individuelles de chacun des deux candidats, cet échec n’est que la face visible d’une profonde division qui caractérise l’organisation continentale depuis le sommet d’Accra de l’Union africaine. Les clivages entre les différentes régions du continent sont apparus au grand jour lors de ce rendez-vous à la suite de la proposition de l’ancien guide de la révolution libyenne de faire de l’Afrique des Etats Unis. Ironie du sort, la scission s’est davantage accentuée à cause de cette même Libye en 2011 lorsque l’UA agacée assiste impuissante aux frappes de l’OTAN sur ce pays. En réalité chaque candidat comptait d’abord sur sa région d’origine. Jean Ping avait reçu le soutien officiel de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac). De son côté, Nkosazana Dlamini-Zuma pensait s’appuyer sur les dirigeants de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC. Les deux candidats étaient loin de penser que le vote de cette année serait « plus serré » que celui de 2008, où Ping avait été élu au premier tour. Ils apprendront peut-être à leur dépends que le vote étant secret, les trahisons ont été certainement nombreuses.