Le comité ad hoc de haut niveau de l’UA réaffirme la nécessité d’une cessation immédiate des hostilités et l’entame d’une transition démocratique
À quelques jours du Sommet de l’Union africaine de Malabo, le Comité ad hoc de haut niveau de l’Union africaine (UA) sur la Libye s’est réuni dimanche à Pretoria à la demande de Jacob Zuma, le président sud-africain, certainement agacé par la nouvelle tournure prise par l’application de résolution 1973 du conseil de Sécurité des Nations Unies et l’escalade sans précédent de la violence en Libye. La disposition onusienne avait été adoptée au début de l’année par le Conseil de sécurité pour protéger les populations civiles des armes lourdes des forces gouvernementales libyennes. Mais au fil des mois, la campagne alliée s’est écartée de sa vocation première pour développer l’idée d’un départ des Kadhafi des affaires en Libye même au prix de bombardements des infrastructures civiles du pays. C’est donc dans l’urgence que ce mini sommet a été convoqué par le président Zuma dont le parti (ANC) se sent moralement redevable au colonel Kadhafi pour ses innombrables efforts en faveur la lutte contre l’apartheid et l’instauration de la démocratie dans une Afrique du Sud multiraciale. La rencontre se tient de surcroit à la date symbolique du 26 juin qui commémore la signature, en 1955, de la charte de la Liberté qui a inspiré la lutte du peuple noir d’Afrique du Sud contre l’apartheid et marqué le point de départ d’une Afrique du sud démocratique et non-raciale. Le sommet qui s’est réuni au « Presidential Guest House » de Pretoria, non loin du palais présidentiel dans le quartier huppé de West Pretoria, a débattu pendant près de six heures d’horloge de la situation en Libye marquée par la recrudescence des frappes aériennes des forces occidentales sous la bannière de l’OTAN. Les débats auxquels ont pris part le président Amadou Toumani Touré, Yuweri Museveni d’Ouganda, Jacob Zuma d’Afrique du Sud, le ministre des Affaires étrangères de la république du Congo représentant le président Denis Sassou Nguessou et le Commissaire de l’Union africaine en charge de la paix et de la sécurité, Ramante Lamamra, étaient dirigés par le président Mohamed Ould Abdel Aziz de Mauritanie. L’hôte du sommet a, dans une adresse liminaire à ses pairs, rappelé les efforts entrepris par le Comité ad doc de haut niveau dans la résolution de la crise libyenne. Un mois plus tôt à Addis Abeba, a-t-il rappelé, le Comité avait interagi avec les représentants du gouvernement de la Jamahiriya arabe libyenne et ceux du Conseil national de transition (CNT) de la Libye sur la base de la feuille de route de sortie de crise élaborée par le sommet des chef d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine. Au cours de ces réunions, le Comité ad hoc avait informé ses interlocuteurs des efforts de l’UA dans le règlement de cette crise. Le Comité avait également reçu des éclaircissements sur les positions respectives des deux parties libyennes sur la Feuille de route de l’UA, et ce dans le prolongement de l’engagement pris par elles lors de la réunion ministérielle du Comité à Addis-abeba, le 26 avril 2011, de soumettre des observations écrites sur cette feuille de route à toutes les parties impliquées dans ce conflit. Les représentants du gouvernement avaient présenté dans le détail le document soumis précédemment par Tripoli à la Commission de l’UA sur les « Mécanismes et moyens de mise en œuvre de la Feuille de route de l’Union africaine ». Le document couvre les aspects suivants : le cessez-le-feu, y compris les mesures de confiance et le mécanisme de surveillance, l’assistance humanitaire à la population libyenne et aux travailleurs migrants africains, le dialogue politique, et d’autres mesures connexes Les représentants du CNT avaient, eux, présenté un document sur le « Cadre général des négociations visant à satisfaire les demandes légitimes du peuple libyen en vue de la mise en place d’un ordre constitutionnel démocratique ». Le document avait fait l’objet d’un échange de vues approfondi avec les membres du Comité ad hoc. Le comité avait fait un rapport de ses efforts à la session extraordinaire de la conférence de l’Union tenue à Addis-Abeba le 25 mai passé. Laquelle avait alors adopté une décision sur le règlement pacifique de la crise libyenne. Elle avait réaffirmé son attachement à sa Feuille de route et approuvé les recommandations contenues dans le rapport du président de la Commission sur les défis actuels à la paix et à la sécurité sur le continent. Jacob Zuma a aussi informé ses hôtes du jour qu’il s’était rendu le mois dernier en Libye dans le prolongement des délibérations du Comité ad hoc, pour poursuivre le dialogue engagé avec les parties, notamment en ce qui concerne un cessez-le-feu immédiat. Sur cet aspect, le Comité a soumis au Conseil de sécurité des Nations Unies un document détaillé. La délégation ministérielle qui s’est rendue à New York où elle a détaillé la Feuille de route de l’UA et les actions qui devraient être menées par la communauté internationale pour le règlement rapide du conflit en Libye. La rencontre de Pretoria participait donc d’une dynamique d’intensification des efforts du Comité ad hoc de haut niveau pour obtenir un cessez-le-feu crédible et vérifiable, étape prioritaire de l’exécution de toutes les modalités de la feuille de route. Dans ce contexte, le Comité a lancé dimanche à Pretoria un appel au gouvernement de la Jamahiriya libyenne et au Conseil national de transition pour la cessation immédiate des hostilités. Il invite les parties à « entamer un dialogue national dans la perspective d’un cessez-le-feu généralisé et la réconciliation nationale ». Le comité préconise une transition démocratique et la formation d’un gouvernement intérimaire avec le concours des Nations unies et de l’Union africaine. Ce processus conduirait à la démocratisation des institutions du pays. Le Comité ad hoc de haut niveau de l’Union africaine se féliciterait de l’engagement du colonel Kadhafi de ne pas prendre part au processus. Aussi, le comité a demandé l’arrêt des bombardements tous azimuts de l’Alliance atlantique et le respect d’une trêve humanitaire. À cet égard, le Comité ad hoc de haut niveau en appelle à la clairvoyance des Libyens eux-mêmes pour permettre aux Africains de résoudre leurs propres problèmes sans ingérences extérieures. Le président Zuma convaincra-t-il ses pairs de la faisabilité de ce projet lors du Sommet de Malabo ? La question mérite d’être posée, tant sont grandes les divergences de vues sur la question et les pressions exercées par les pays occidentaux.