L’intervention d’une coalition militaire internationale a fait bloquer la mission de médiation de l’Union africaine
Les membres du Comité ad hoc de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye n’ont pas pu se rendre hier à Tripoli à cause de l’intervention militaire de la coalition internationale dans ce pays qui traverse actuellement une crise sans précédent. Le président de la République, Amadou Toumani Touré, et ses homologues de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdoul Aziz, du Congo, Denis Sassou Nguesso, le ministre de la Défense d’Afrique du Sud, celui des Affaires étrangères d’Ouganda (tous deux représentant leurs présidents) et le président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping étaient réunis samedi à Nouakchott au moment où l’interdiction de survoler la Libye décidée à la veille par la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies entrait en vigueur. Les bombardements de la coalition militaire internationale se sont multipliés dans la journée du samedi au moment où les membres du Comité ad hoc de haut niveau de l’UA se concertaient dans la capitale mauritanienne. Le président mauritanien, dans son discours d’ouverture des travaux, avait d’ailleurs marqué son opposition à toute intervention militaire étrangère en Libye. « Nous devons, d’une manière responsable et efficace, tenir compte dans notre démarche de l’évolution de la situation en Libye et mieux coordonner nos efforts avec tous nos partenaires et toutes les parties concernées pour aboutir à un règlement rapide et pacifique de la crise », avait déclaré Mohamed Ould Abdoul Aziz. Son message est-il venu trop tard ? A Nouakchott, tout le monde suivait minute par minute l’évolution de la situation en Libye et beaucoup de rumeurs sur l’annulation de la mission des chefs d’État en Libye circulaient déjà dans les couloirs de la salle de réunion. Certaines personnalités avaient même discrètement annoncé que les chefs d’État se sont vu « refuser » l’autorisation de se rendre en Libye alors qu’ils avaient la possibilité pour effectuer leur déplacement soit par l’ouverture d’un couloir ou l’arrêt temporaire des attaques menées par les armées étrangères. La rumeur sur l’annulation du voyage en Libye ne tardera à être confirmée lorsque les membres du Comité ad hoc de haut niveau de l’UA, à l’issue de leurs travaux, ont exprimé leur « regret » de ne pas pouvoir effectuer leur mission en Libye pour y rencontrer les protagonistes qui ont, pourtant tous, marqué leur accord pour cette mission. Pourtant, la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies reconnaît le rôle du Comité ad hoc de haut niveau de l’UA sur la Libye dans la facilitation d’un dialogue devant conduire aux réformes politiques nécessaires en vue de promouvoir une solution pacifique et durable dans ce pays.
UNE PERIODE DE TRANSITION INCLUSIVE. Les membres du Comité ad hoc de l’UA ont unanimement condamné les bombardements en Libye. Ils ont, en conséquence, demandé « la cessation immédiate de toutes les hostilités » en Libye et souhaité la protection des ressortissants étrangers et une coopération des autorités libyennes afin de faciliter l’acheminement diligent de l’assistance aux populations dans le besoin. Les émissaires de l’UA présents dans la capitale mauritanienne ont par ailleurs lancé un appel au gouvernement libyen et au Conseil national de transition formé par les rebelles, d’observer sans délai "une cessation totale des hostilités" et de prendre d’autres mesures destinées à « désamorcer » la tension et à assurer la protection de la population civile. Aussi les deux parties ont été invitées à se rencontrer dans les plus brefs délais à Addis-Abeba ou dans tout autre endroit pour discuter de la feuille de route élaborée par le Conseil de paix et de sécurité de l’UA à Addis-Abeba lors de son dernier sommet. Y compris la mise en place et la gestion d’une « période de transition inclusive » qui débouchera sur des réformes politiques répondant aux aspirations du peuple libyen. Il a été également demandé à la Commission de l’UA de prendre l’initiative d’une réunion à Addis-Abeba, vendredi prochain, de hauts représentants de la Ligue arabe, de l’OCI (l’Organisation de la conférence islamique), de l’UE et des Nations unies en vue de s’accorder sur les voies et moyens d’une sortie rapide de crise. Le Comité ad hoc a réitéré l’appel de l’UA aux États membres pour qu’ils apportent leur soutien logistique et humanitaire aux travailleurs migrants africains désireux de quitter la Libye. Il a aussi réaffirmé sa détermination à accomplir sa mission, face à l’évolution préoccupante de la situation et au recours à une intervention armée internationale. Et en appelle à la retenue et s’engage à ne ménager aucun effort pour faciliter une solution pacifique, dans un cadre africain, prenant en compte les aspirations légitimes du peuple libyen. Les membres du Comité ad hoc ont décidé de se réunir très prochainement dans un pays qui sera déterminé après des consultations.
Envoyé spécial
M. KEITA