Kyoto célèbre pour le protocole international sur le climat qui porte son nom, son statut d’ancienne capitale impériale, ses 400 temples et sanctuaires (dont le superbe Temple d’or) et sa trentaine d’universités publiques et privées, possède aussi un élément de notoriété que les Maliens apprécieront : un de nos compatriotes totalement intégré dans cette cité historique située à un peu plus de 2 heures en Shinkansen (le train à grand vitesse japonais) de Tokyo.
Oussouby Sacko a posé sa valise d’étudiant en master d’architecture à Kyoto. Il venait alors de passer 6 ans à étudier cette discipline en Chine et venait approfondir ses connaissances dans l’empire du Soleil levant. Un professeur japonais rencontré en Chine, le désir d’aborder l’architecture par un autre versant et il arrive au Japon sans filet de sécurité. 20 ans plus tard, le tour de taille s’est épaissi, la carrure a forci, l’étudiant est devenu architecte, professeur et directeur des études au département d’études d’art et de culture de l’université Seika de Kyoto. Il enseigne en japonais, corrige les copies rédigées en japonais et, suprême hommage à ce savoir bien digéré, a été nommé responsable du programme « connaissance de Kyoto » que suivent les étudiants de son université. Oussouby Sacko a épousé une Japonaise dont il a eu deux grands garçons de 16 et 12 ans aujourd’hui et s’impose comme un exemple achevé et rare d’intégration dans une société dont il a su si bien apprivoiser la langue et les codes que la télévision publique nippone lui a consacré une émission. Ses interlocuteurs louent la fluidité de son parler et y notent même le léger accent chantant des natifs de Kyoto. Lui est visiblement habitué à ces compliments qui soulignent indirectement la difficulté de s’intégrer dans une société plus profondément codifiée que ne laisse croire le modernisme échevelé du mode de vie quotidien. Oussouby Sacko confirme le choc provoqué chez l’étranger par le décalage entre l’image véhiculée par un pays super industrialisé et un système de valeurs de références et d’attitude relevant de traditions anciennes. « On m’a accepté dans le système sans couper ma relation avec le Mali », explique avec simplicité notre compatriote pour résumer ces années de dur apprentissage de la langue, du savoir et des codes. Aujourd’hui, ce bon vivant, au grand rire très africain, se meut à l’aise parmi ses étudiants qu’il contribue en retour à « malianiser ». Grâce à l’université, souligne notre compatriote, un fonds a été créé pour financer des recherches sur l’habitat au Mali. Les étudiants de Seïka, encadré par le professeur Sacko, viennent au Mali, logent chez l’habitant, s’y font baptiser d’un nom malien (nous avons ainsi rencontré une Hadja Kéïta à Kyoto), nouent des contacts avec principalement des étudiants de l’ENI, suivent des cours d’art et de culture. A la fin de leur séjour, en guise d’échange de bons procédés, ils offrent à leurs hôtes une fête japonaise. De retour à Kyoto, ils produisent des rapports et une exposition sur le Mali. Le fruit de leurs observations des concessions maliennes alimentent des recherches sur l’amélioration de l’habitat urbain au Japon surtout dans le sens de l’ouverture, la sociabilité et la circulation de la communauté. Le circuit est en place depuis cinq ans, indique Oussouby Sacko qui en dehors de ce programme, vient à Bamako une ou deux fois par an, parfois dans le cadre de Tokten, parfois pour d’autres projets qu’il caresse de lancer au Mali. Car, résume-t-il joliment, il se considère « en apprentissage sur le chemin du Mali ». La boutade n’est qu’apparente car notre architecte est réellement d’une grande disponibilité pour le pays natal. Nombre de délégations officielles et mêmes présidentielles peuvent témoigner de précieux services rendus pour la traduction ou la mise en relation. Les quelques étudiants maliens de l’archipel savent pouvoir compter sur ses conseils et son entregent. Seydou Ditié, aujourd’hui responsable informatique du Ritz-Carlton, le plus sélect des hôtels de Tokyo, témoigne avoir été couvé par l’Ancien durant ses premiers années à Nagoya. Très japonais, toujours malien, Oussouby Sacko préfère rire des quiproquos occasionnés par cette double appartenance et son nom de famille phonétiquement très nippon. Lorsqu’après avoir entendu au téléphone son japonais impeccable, ses interlocuteurs le rencontrent en chair et en os, la surprise est totale. Tout comme lorsqu’il présente son passeport japonais (il a acquis cette nationalité, il y a quelques années) lors de ses transits parisiens. Au souvenir des yeux écarquillés et des questions bredouillées, Sacko part d’un rire franc dont la sonorité dissipe toute confusion.
*Monsieur Sacko en japonais