Un haut représentant de l’Union africaine va négocier dans un délai de deux semaines, les modalités de mise en œuvre des recommandations du CPS
Ce devait être une réunion pour démêler l’écheveau ivoirien né du second tour de l’élection présidentielle de Côte d’Ivoire. Mais l’actualité brûlante du continent dominée par une insurrection armée en Libye a rattrapé la réunion du comité de paix et de sécurité de l’Union africaine qui s’est tenue le 10 mars dernier à Addis Abeba, la capitale éthiopienne. Ce fut alors un interminable huis-clos pour les quinze membres du Comité de paix et sécurité qui a confirmé les conclusions du panel de chefs d’Etat pour le règlement de la crise ivoirienne, dont la reconnaissance de l’élection d’Alassane Dramane Ouattara et le départ de Laurent Gbagbo. Le Groupe de haut niveau pour le règlement de la crise en Côte d’Ivoire, a été créé au terme du communiqué de la 259e réunion du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine, tenue à Addis-Abeba le 28 janvier 2011.
NOMBRE CROISSANT DE PERTES EN VIE HUMAINES. Au cours de son mandat, le Groupe a procédé à une évaluation approfondie de la situation en Côte d’Ivoire sur la base des interactions qu’il a notamment eues avec Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara, lors de la visite qu’il a effectuée à Abidjan, les 21 et 22 février. Ainsi que des développements intervenus depuis cette date. Il a noté avec une vive préoccupation l’évolution dramatique de la situation en Côte d’Ivoire, en particulier le nombre croissant de pertes en vies humaines, ainsi que l’escalade de l’esprit de confrontation. Il a dans son rapport remis au CPS réitéré l’appel pressant de l’UA aux parties ivoiriennes pour qu’elles fassent preuve de la plus grande retenue, s’abstiennent de tous actes et mesures de nature à saper les efforts en cours, y compris des campagnes médiatiques incitant à la haine et à la violence. Le Groupe demande également l’arrêt immédiat des tueries et exactions, ainsi que des manifestations, marches populaires et autres activités susceptibles de dégénérer en troubles et en violence. À la lumière de ce document la 265e réunion du comité de paix et de sécurité de l’Union africaine a accepté d’écouter les deux parties. Le camp Ouattara était représenté par Alassane Dramane Ouattara lui-même et celui de son rival, Laurent Gbagbo par son ancien Premier ministre, Pascal Affi Nguessan. Devant chacune des deux personnalités trônait un fanion aux couleurs de la Côte d’Ivoire comme l’exigea le camp Gbagbo. Le conclave accéda à cette requête. Au terme de ses travaux qui ont duré plu de 9 heures, le CPS a reconnu l’élection d’Alassane Dramane Ouattara en qualité de président de République de Côte d’Ivoire. Le comité a exprimé sa vive préoccupation face à la détérioration rapide de la situation sécuritaire et humanitaire depuis la proclamation des résultats du second tour de l’élection présidentielle. Il a constaté que faute d’une solution rapide à la crise actuelle, la Côte d’Ivoire risque de sombrer dans une violence généralisée aux conséquences incalculables pour ce pays voisin ainsi que pour la région et l’ensemble du continent. Le CPS a réitéré sa ferme condamnation de toutes les exactions et autres violations des droits de l’homme, menaces et actes d’intimidation ainsi que des actes d’obstruction de l’action de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). L’organisme a déploré « profondément » les pertes en vies humaines et actes de destructions de biens intervenus dans certaines parties de la Côte d’Ivoire.
DES GARANTIES POUR GBAGBO. Le CPS réaffirme sa conviction que la crise post-électorale en Côte d’Ivoire requiert une solution politique d’ensemble qui permette de préserver la démocratie, la paix et favoriser une réconciliation durable entre tous les Ivoiriens. Le Comité de paix et de sécurité fait siennes les recommandations du Groupe de haut niveau créé pour démêler cette crise et entérine les propositions faites en vue d’une solution d’ensemble. Il s’agit notamment de la reconnaissance d’Alassane Dramane Ouattara comme président élu de Côte d’Ivoire, la cessation de toute forme de violences, l’arrêt des tueries et des campagnes de haine, la levée du blocus de l’hôtel du Golf où est reclus Alassane Ouattara et son gouvernement. Le CPS a demandé au président de la Commission de l’Union africaine de nommer un Haut représentant chargé de la mise en œuvre de la solution politique d’ensemble telle qu’entérinée par le Conseil et de mener à bien le processus de sortie de crise par la tenue sous l’égide de l’UA et de la CEDEAO dans un délai de deux semaines maximum de négociations entre les parties ivoiriennes. Il s’agira d’élaborer un schéma de mise en œuvre des propositions du Groupe de haut niveau avec l’octroi de toutes les garanties nécessaires pour tous les acteurs concernés en particulier le président sortant, Laurent Gbagbo. Il s’agira aussi de mobiliser l’appui des partenaires de l’Union africaine en vue de la conclusion rapide de l’accord de sortie de crise, et la soumission à une réunion du Conseil d’un rapport exhaustif sur les résultats de ses efforts. La réunion d’Addis Abeba a demandé aux parties ivoiriennes d’apporter leur entière coopération à la mise en œuvre effective dans les délais impartis des propositions du Groupe de haut niveau et de s’abstenir de toute action de nature à compliquer la situation et le processus de sortie de crise. Le CPS a souligné sa détermination à prendre à la lumière des résultats des négociations à venir et sur la base des instruments pertinents de l’Union africaine, toutes mesures que la situation appellerait. Ces décisions seront transmises au Conseil de sécurité des Nations unies à la demande du Conseil de paix et de sécurité de l’UA. Derrière les sourires, la gravité de la situation n’échappait à personne. Certains, les optimistes dont le président de la Commission de l’UA Jean Ping, veulent bien croire aux vertus du dialogue. Celui-ci a cependant constaté que “c’est compliqué et pas facile”. D’autres diplomates se demandent s’il y a encore la place pour le dialogue. Le CPS veut bien le croire.
Envoyé spécial B. COULIBALY