Les choses se sont brusquement accélérées ces derniers jours en Côte d’Ivoire voisine.
Et il semble que la fin du régime du président sortant, Laurent Gbagbo, n’est plus qu’une question d’heures. Le tournant décisif dans la crise aura sans doute été la prise mercredi de Yamoussoukro par les Forces républicaines, des combattants partisans d’Alassane Dramane Ouattara, reconnu comme président par la communauté internationale. Quatre mois de tension, de violences et de médiations sans succès, et depuis lundi une offensive éclair : la crise née de la présidentielle du 28 novembre 2010, s’est subitement accélérée, et le pouvoir de Gbagbo n’a jamais été aussi ébranlé. Si l’éventualité d’une opération d’envergure des Forces républicaines (FRCI), regroupant essentiellement les ex-rebelles qui tiennent le nord du pays depuis 2002, avait acquis de plus en plus de consistance jusqu’à la semaine dernière, la rapidité de leur avancée a créé une immense surprise. Une fois que courant mars la voie du dialogue a paru abandonnée et que les FRCI se sont renforcées en hommes - elles compteraient à présent entre 5.000 et 10.000 combattants - et en armes, pour lesquelles le soutien du Burkina ou du Nigeria est souvent évoqué, l’offensive a été lancée. D’ouest en est, les Forces de défense et de sécurité (FDS) fidèles à Gbagbo ont été mises en déroute. Et à l’exception de Duékoué, carrefour stratégique de l’ouest, et de Daloa (centre-ouest), importante ville militaire située en plein "pays bété", région natale du président sortant, elles ont offert assez peu de résistance. Surtout que le président sortant a été lâché par une bonne partie de son armée. A commencer par le chef d’état-major de l’armée, le général Philippes Mangou qui s’est refugié à l’ambassade de l’Afrique du Sud avec sa famille. La bande sud contrôlée par le camp Gbagbo se réduisait hier au fil des heures, avec en particulier la chute hautement symbolique, mercredi, de la capitale politique Yamoussoukro, alors que le camp Ouattara a lancé un ultimatum. "Gbagbo a encore quelques heures pour partir, sinon ce sera la marche sur Abidjan. Et ce sera beaucoup plus compliqué pour lui", a déclaré Guillaume Soro, Premier ministre de Ouattara. L’entourage de Laurent Gbagbo avait attribué l’avantage écrasant des forces du camp adverse par un "repli" des Fds. Mais l’annonce d’un discours - capital, en ces circonstances - de Gbagbo dans la soirée, reporté sans explication quelques heures plus tard, a renforcé l’incertitude. Pour les observateurs, le président sortant n’avait plus d’autre choix que de se retirer ou de livrer une bataille d’Abidjan que chacun envisage et redoute. Gbagbo comptait sur des milliers de "jeunes patriotes", ses ardents partisans qui ont tenu la rue au prix de violences, notamment contre les Français, aux heures chaudes de la crise de 2002-2004, et que son armée a commencé à incorporer. Mais, ces jeunes ne peuvent nullement tenir tête aux insurgés pro-Ouattara, comptant de nombreux ex-rebelles. Dirigés par un "commando invisible", les forces de Ouattara ont commencé à maîtriser depuis la mi-février une partie d’Abidjan : Abobo et d’Anyama. La situation se débloque donc malheureusement grâce à l’action militaire des Forces républicaines. Fallait-il en arriver là ? Pas forcement. Mais il n’y a pas grand monde à se plaindre de ce dénouement proche qui sonne comme un frémissement.