Le président par intérim du pays est l’homme-clef de la prise du pouvoir par l’armée fin 2008
Surnommé "le tigre", le général Sékouba Konaté, qui dirige la Guinée par intérim depuis la tentative d’assassinat du chef de la junte le 3 décembre, est le militaire le plus puissant du pays et l’homme-clef de la prise du pouvoir par l’armée fin 2008. Lors d’un discours radio-télévisé mercredi soir, dans lequel il s’est déclaré prêt à partager le pouvoir avec un Premier ministre issu de l’opposition, il est définitivement apparu comme le nouvel homme fort du pays. "Le général Konaté a été l’un des éléments moteurs de la prise du pouvoir, pour ne pas dire l’épine dorsale", confirme le colonel Moussa Keïta, ministre secrétaire permanent du Cndd (conseil national pour la démocratie et le développement, junte). Les putschistes avaient alors agi sans effusion de sang, quelques heures après l’annonce de la mort des suites de maladies du général-président Lansana Conté, au pouvoir depuis 24 ans (1984-2008). Le 3 décembre, le chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, avait été grièvement blessé d’une balle dans la tête, lors d’une tentative d’assassinat par son propre aide de camp. Il est hospitalisé au Maroc et n’a fait depuis lors, aucune apparition publique ni discours. Concernant la santé de son ami et chef de la junte, Sékouba Konaté a déclaré : "sa vie n’est pas en danger mais il faut du temps, de la patience et un suivi médical pendant un certain temps pour qu’il se rétablisse totalement". Pourquoi Sékouba Konaté n’a-t-il pas pris, alors, la tête du pays, plutôt que de laisser un capitaine dont il avait été l’instructeur, Moussa Dadis Camara, s’autoproclamer président de la Guinée ? Les avis divergent selon les interlocuteurs. "Même si c’était lui l’homme fort du pays, il n’a pas voulu prendre la place" du président Conté, avance un militaire. "Il préférait le poste de ministre de la Défense, ne pas se trouver sur le devant de la scène", assure un autre. Mais "il n’y a pas d’homme sans ambition, tempère le colonel Keïta, assurant cependant haut et fort que Konaté "ne trahira jamais Dadis", le N°1 du régime, hospitalisé au Maroc après une tentative d’assassinat de la part de son aide de camp. Sékouba Konaté, né en 1964 ou 1966 selon les sources, se montre en tout cas "discret", "indéchiffrable" et "avare de paroles", peut-être faute de qualité d’orateur. Le commandant Boubacar Doumbouya, qui assure avoir partagé sa chambre à l’académie royale de Meknès (Maroc), résume ainsi sa généalogie : "Sa mère était libanaise, enseignante. Son père, guinéen, était un militaire qui avait baroudé avec l’armée française avant de rentrer au pays, après l’indépendance (1958) et avait été formé en Union soviétique". À la mort de son père en 1982, Conté a été son "protecteur", selon des habitants du quartier Boulbinet, à Conakry, où il a grandi. Puis Conté a pris le pouvoir, à la suite du décès du premier président de la Guinée Ahmed Sékou Touré, en 1984. Et l’année suivante, Konaté a fait son entrée dans l’armée. Formé à l’académie royale de Meknès (Maroc), il a plus tard suivi plusieurs formations en France et en Chine. Mais c’est au combat qu’il aurait gagné son surnom : "le tigre". Présenté comme un "grand soldat" par les Guinéens de la rue, il se serait notamment illustré le long des frontières sud et sud-est de la Guinée au début des années 2000, pour repousser des bandes armées venues de Sierra Leone et du Liberia. Ce n’est que quelques mois avant la mort de Lansana Conté, en 2008, qu’il est rentré à Conakry et a été nommé commandant du Bataillon autonome des troupes aéroportées (Bata, unité d’élite). "C’est un guerrier mais il a une bonne autorité sur la troupe et est capable de pondération et de mesure. Ce n’est pas la brute !", estime un opposant, qui le croit capable de "réprimer durement, mais de le faire proprement". Pendant le massacre d’opposants perpétré le 28 septembre à Conakry par les forces de sécurité, le général Sékouba Konaté, ministre de la Défense, était "en mission à l’intérieur du pays", selon des sources militaires. "Et apparemment, il n’était pas du tout d’accord avec la façon dont cette répression sanglante s’est passé", glisse le même opposant.