La Guinée-Bissau, qui observe un deuil suit au décès de son président Malam Bacai Sanha, n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise politique.
Une partie de l’opposition de Guinée-Bissau a refusé hier que Raimundo Pereira, président de l’Assemblée nationale, assure l’intérim du président Malam Bacaï Sanha, décédé lundi, affirmant qu’il risque d’empêcher l’enquête sur l’assassinat en 2009 du président Joao Bernardo Viera. Dans un communiqué, le Collectif de l’opposition démocratique (COD) dit "ne pouvoir cautionner une personnalité qui, dans l’exercice de ses fonctions de président intérimaire, a des prérogatives pouvant aboutir au limogeage de l’actuel procureur général". La crainte de ces partis est qu’un tel limogeage permettrait "de ne pas envoyer devant les tribunaux les personnalités suspectées dans l’assassinat en 2009 du président Joao Bernardo Vieira, du chef d’Etat-major général de l’armée Batista Tagmé Na Waïe" et d’autres hommes politiques. Le texte est signé par 14 des 35 partis d’opposition bissau-guinéens. Trois de ces 14 partis ont des élus à l’Assemblée nationale, largement dominée par le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir). L’opposition accuse régulièrement le Premier ministre Carlos Gomes Junior, présenté comme un proche de Raimundo Pereira, d’être le commanditaire de l’assassinat de Vieira. Le chef de l’Etat avait été tué en mars 2009 à Bissau par des militaires, quelques heures après la mort du général Tagmé Na Waïe dans un attentat à la bombe au quartier général de l’armée dans la capitale. Plusieurs marches ont été organisées par l’opposition pour exiger la lumière sur ces assassinats et le jugement de leurs auteurs, complices et commanditaires. Il faut rappeler que Gomes et Pereira sont tous deux responsables du PAIGC. Une enquête a été ouverte en mars 2009 sur l’assassinat du président Vieira mais ses conclusions n’ont pas été rendues publiques et aucun suspect n’a été arrêté. La prise de position anti-Pereira du Collectif de l’opposition démocratique fait craindre de nouvelles tensions dans ce pays à l’histoire marquée par des violences politico-militaires depuis son indépendance du Portugal en 1974. Elle ouvre la voie à un blocage politique, d’autant plus que le camp présidentiel n’est pas prêt à abandonner le principe de la légalité constitutionnelle en faveur d’un COD qui, d’ailleurs, ne propose aucun nom pour assurer l’intérim du président Sanha. Le président de l’Assemblée nationale doit assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir et organiser une nouvelle élection présidentielle dans un délai de 60 jours. Sanha avait été élu en juillet 2009, pour un mandat de cinq ans, à la tête de ce pays lusophone ouest-africain à l’instabilité chronique dans laquelle l’armée joue un rôle prépondérant. Cette instabilité a été renforcée ces dernières années par le trafic de drogue, la Guinée-Bissau étant devenue un des principaux points de transit de la drogue d’Amérique du Sud destinée à l’Europe.