Les rebelles talibans se sont dits hier "prêts" à avoir un bureau politique hors d’Afghanistan pour des négociations de paix, marquant ainsi un premier pas historique vers la paix après dix ans de conflit avec le gouvernement de Kaboul et ses alliés de l’Otan. Un accord initial a été atteint à ce sujet avec plusieurs interlocuteurs, dont le Qatar, ont indiqué les talibans dans un texte publié sur le site "Voix du djihad", un de leurs canaux de diffusion habituels.
Ils demandent toutefois "en échange" la libération des prisonniers talibans détenus à la base américaine de Guantanamo (Cuba), renvoyant ainsi la balle dans le camp de Washington, qui dirige la force de l’Otan en Afghanistan et plaide avec insistance depuis plus d’un an pour de telles négociations de paix. Le communiqué n’indique pas où ce bureau pourrait être installé. La Turquie ou l’Arabie Saoudite ont un temps été évoquées, mais le Qatar, cité dans le texte, et sa capitale Doha ont été mentionnés avec insistance dernièrement. Plusieurs responsables rebelles ont en outre récemment demandé au mollah Omar de faire preuve de flexibilité et de permettre aux talibans d’ouvrir une représentation dans un pays musulman autre que le Pakistan. Ils espèrent que leur mouvement pourra ainsi s’affranchir de l’influence de ce pays où nombre d’entre eux sont aujourd’hui réfugiés. Jusqu’ici les talibans avaient toujours officiellement refusé de négocier tant que tous les soldats de l’Otan n’auraient pas quitté l’Afghanistan. Au sein de la communauté internationale, l’idée de doter les talibans d’un bureau de liaison dans un pays neutre afin de faciliter d’éventuels pourparlers de paix a été abordée à plusieurs reprises en 2011. "Le taliban en soi n’est pas notre ennemi", a notamment estimé mi-décembre le vice-président américain, Joe Biden, dans une interview au magazine Newsweek, des déclarations approuvées par le président afghan Hamid Karzaï. Ce dernier, qui s’était au départ déclaré hostile à tout bureau afghan à l’étranger, s’est finalement rangé à l’avis de la coalition. Après avoir balayé les talibans en quelques semaines à la fin 2001, les Occidentaux n’ont pu ensuite endiguer leur retour et leur montée en puissance progressive dans une majorité de l’Afghanistan, profitant de la faiblesse du gouvernement central. L’Otan y semble incapable de vaincre définitivement les insurgés, malgré un total de troupes porté en 2010 à un nombre record de 130.000 hommes, pour plus des deux tiers américains. Si le nombre de soldats occidentaux tués en Afghanistan a baissé en 2011, pour la première fois depuis huit ans, il reste à un niveau élevé avec plus de 560 morts, pour un total de 2.847 décès depuis le début du conflit. Pour éviter un enlisement total, la coalition a commencé l’an dernier à retirer des troupes de combat, avec l’objectif d’un retrait total à la fin 2014. Pressés par cette échéance, et pour éviter une guerre civile après leur retrait, plusieurs responsables occidentaux ont plaidé ces deux dernières années pour des négociations de paix avec les talibans.