EDITORIAL

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Les Ivoiriens sont toujours dans l’expectative. Ils ne sont pas encore situés sur la date de leur élection présidentielle.

Toujours dans l’expectative

Sans cesse reportée depuis la fin du mandat de Laurent Gbagbo en 2005, la présidentielle est censée clore la crise née du coup d’État manqué de 2002, qui a coupé la Côte d’Ivoire en un sud loyaliste et un nord contrôlé par l’ex-rébellion de Guillaume Soro. Aucune nouvelle date n’a été fixée depuis l’abandon de la dernière date officielle (novembre 2009) mais octobre 2010, qui verrait le chef de l’État boucler un "deuxième mandat", est la période généralement évoquée. L’organisation de ce scrutin apparaît comme un exercice sujet tabou pour le pouvoir. Lorsque les dirigeants tentent de le traiter, ils se heurtent toujours à des obstacles. Or, la Côte d’Ivoire a besoin d’élections pour consolider la paix et le développement. Cependant, les dirigeants du pays s’efforcent de rassurer leurs citoyens sur la tenue du scrutin, sans être en mesure d’avancer une quelconque date. À l’issue d’une réunion du président Laurent Gbagbo avec ses principaux opposants, Guillaume Soro a souligné mercredi dernier l’urgence du scrutin en ces termes : "Nous avons décidé de nous revoir dans quelques semaines et enfin, sur proposition du président de la Commission électorale indépendante (CEI), de décider de la date de l’élection présidentielle". Guillaume Soro a indiqué avoir été chargé de "s’assurer" que la "vérification" - sur la base de leur état-civil - des inscriptions de quelque 1,7 million de personnes sur la liste électorale, commencée la semaine dernière, s’achèverait bien fin juillet. Cette opération est destinée à répondre à l’exigence du camp Gbagbo d’exclure les "fraudeurs" à la nationalité mais, elle se heurte à de sérieux obstacles techniques. Cette rencontre survient alors que le jeu politique ivoirien est troublé depuis l’ouverture la semaine dernière, sur instruction de Laurent Gbagbo, d’une enquête sur des soupçons de corruption pesant sur le ministre de l’Intérieur Désiré Tagro, un proche du président, ainsi que sur Guillaume Soro. "L’affaire Tagro" a fait l’effet d’une bombe dans le pays, au moment où le pouvoir essaye de franchir les ultimes étapes devant conduire à la présidentielle. Mais si cette enquête suscite des tensions, c’est surtout parce que sont cités Guillaume Soro, chef de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN), et la société française Sagem, opérateur technique du processus électoral. La présidence a en effet évoqué, à la suite d’articles de presse, une commission de "dix milliards de francs CFA" qu’aurait pu percevoir Désiré Tagro, "notamment avec le Premier ministre", de la part de Sagem. Côté présidence, on explique simplement cette enquête par le souci de "bonne gouvernance". Les FN ont tout de même jugé bon de monter au créneau pour crier à "la calomnie" contre leur chef et appeler à ne pas "remettre en cause" le travail de Sagem.